Ministère de la Communication : une sanction administrative aux motifs flous

Libreville, (GM)- La récente décision du ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, de suspendre «Pour manquement grave » Anasthasie Kengue épouse Pamba, secrétaire générale de son département ministériel, suscite interrogations et spéculations au sein de cette administration, mais aussi dans l’opinion publique.

En l’absence d’explications détaillées sur les faits reprochés à la haute fonctionnaire, plusieurs versions circulent, alimentant une polémique dont les contours restent flous.

Selon certaines sources proches du dossier, la responsable suspendue serait accusée d’avoir favorisé des nominations ou promotions d’agents ne remplissant pas les critères requis, en violation des exigences administratives en matière de gestion des ressources humaines. Une accusation lourde, si elle se confirmait, car elle toucherait à la crédibilité du processus de nomination au moins dans cette administration publique.

Une accusation qui soulève des incohérences

Cependant, cette hypothèse se heurte à plusieurs réalités institutionnelles. En effet, dans l’administration gabonaise, la nomination à certains postes relève de la prérogative exclusive du chef de l’État, qui agit par décret.

Autrement dit, une SG ne saurait, à elle seule, procéder à des nominations relevant du sommet de l’exécutif, même si elle peut participer à la préparation technique des dossiers.

Par ailleurs, les nominations dans un ministère, lorsqu’elles concernent des postes internes, peuvent être décidées par le ministre lui-même via décision ou arrêté. Ce qui signifie que, dans ce cas précis, le ministre reste un acteur central, voire décisif, dans l’acte administratif final. Une situation qui rend la thèse d’une responsabilité exclusive de la SG difficile à soutenir, sauf si l’on parle d’une manipulation préalable du processus.

En réalité, le rôle d’un SG avant tout celui d’un coordonnateur administratif, garant de la régularité des procédures et de la bonne transmission des dossiers. Si une irrégularité s’est produite, elle pourrait effectivement engager sa responsabilité, mais à condition qu’il soit démontré qu’elle a volontairement contourné les mécanismes de contrôle, ou transmis des informations erronées ayant influencé une décision.

Le processus de vérification : un filtre censé prévenir ce type de dérives

Normalement, toute nomination ou promotion doit obéir à un processus rigoureux : vérification du profil, des diplômes, de l’ancienneté, du grade, ainsi que des conditions réglementaires. Cette chaîne administrative implique plusieurs niveaux : direction des ressources humaines, inspection interne, cabinet, voire instances de validation.

Si des agents ne remplissant pas les critères ont réellement été promus, la question centrale est la suivante: comment ces dossiers ont-ils franchi toutes les étapes sans être bloqués ? Cette interrogation alimente l’idée que la suspension pourrait cacher des enjeux plus complexes que ceux publiquement évoqués.

Une sanction administrative… mais un flou qui entretient le soupçon

La suspension pour « manquement grave » est une mesure administrative qui peut être parfaitement légale, dès lors qu’elle s’inscrit dans le cadre disciplinaire prévu par les textes régissant la fonction publique. Elle peut aussi répondre à un impératif de prudence : écarter temporairement un responsable le temps d’une enquête interne.

Mais le problème réside dans la communication autour de la décision. En choisissant de ne pas détailler les faits reprochés, le ministère a laissé la place à toutes les interprétations. Et dans un environnement institutionnel où les rivalités internes sont fréquentes, l’absence de transparence nourrit rapidement l’hypothèse d’un règlement de comptes.

Car au-delà des motifs officiels, certains observateurs estiment que cette suspension pourrait être liée à des tensions internes, à une lutte d’influence ou à un désaccord sur la gestion du département.

 Dans plusieurs administrations, les Secrétaires Généraux, en raison de leur position stratégique, sont parfois perçus comme des acteurs trop puissants, pouvant concentrer informations, décisions techniques et contrôle des circuits administratifs.

Une responsabilité partagée ou un bouc émissaire ?

Si l’affaire concerne réellement des nominations irrégulières, la suspension de la Secrétaire Générale pose une autre question : est-elle la seule responsable ?

Dans un ministère, la décision finale revient soit au ministre, soit au chef de l’État selon le niveau de nomination. Dans ce cadre, la secrétaire générale pourrait être coupable de négligence ou de favoritisme, mais l’existence d’un acte final signé par une autorité supérieure implique mécaniquement une responsabilité élargie.

D’où l’impression, chez certains agents, que la Secrétaire Générale pourrait servir de fusible, afin d’éteindre une polémique ou de protéger d’autres niveaux décisionnels.

Vers une clarification attendue

Pour l’heure, aucune enquête officielle n’a été rendue publique, et la responsable suspendue n’a pas communiqué sur sa situation. Pourtant, compte tenu de la sensibilité du sujet la gestion des nominations dans un ministère stratégique l’opinion attend davantage qu’une formule générale comme « manquement grave ».

Dans un contexte où les autorités affichent régulièrement leur volonté de renforcer la bonne gouvernance et la transparence administrative, cette affaire pourrait devenir un test sur la capacité des institutions à sanctionner sur la base de faits clairement établis, et non sur la base de rumeurs ou de rapports internes non assumés.

Une affaire à suivre

En attendant d’éventuelles précisions, une certitude demeure : la suspension de la secrétaire générale du Ministère de la Communication ne peut être réduite à une simple sanction administrative. Elle révèle les fragilités d’un système où la chaîne de responsabilité est parfois floue et où la transparence reste insuffisante pour convaincre.

Si les accusations de favoritisme sont avérées, elles devront être documentées et assumées publiquement. Si elles ne le sont pas, alors la décision du ministre risque d’être interprétée comme un acte politique ou stratégique, motivé par des raisons non divulguées.

Dans tous les cas, cette suspension pose une question essentielle : dans l’administration gabonaise, qui répond réellement des nominations irrégulières : celui qui propose, celui qui valide ou celui qui signe ?

VYL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *