Libreville, (GM)- La controverse autour du projet Agropag, lancé durant la période de transition au Gabon, refait surface sous la Vème République. Cette fois, c’est Raymond Ndong Sima, président du Conseil d’administration de la société concernée, qui monte au créneau à travers une déclaration publique sur sa page Facebook au ton offensif, dénonçant ce qu’il qualifie de campagne de dénigrement « coordonnée » visant sa personne et le programme qu’il a conduit.
Dans un contexte où l’opinion publique est devenue particulièrement sensible aux questions de transparence et de gestion des fonds publics, cette sortie sonne comme une tentative de reprise de contrôle d’un récit que d’aucuns estiment lui être hostile.
Une polémique alimentée par un chiffre : 7,2 milliards
Le cœur de la controverse tient dans un montant devenu symbolique : 7,2 milliards de FCFA, somme que Raymond Ndong Sima rappelle avoir reçue publiquement pour conduire ce projet agricole. Depuis plusieurs mois, les critiques se concentrent sur l’idée selon laquelle il y aurait un grand écart entre l’ampleur des ressources annoncées et un résultat considéré comme encore peu visible.
Les accusations suivantes, relayées notamment sur les réseaux sociaux, reviennent de manière cyclique : « élevage invisible », « résultats inexistants », « milliards engloutis », « vaches arrivées sans transparence ». Une rhétorique qui prospère sur un terreau gabonais bien connu, celui des projets publics longtemps perçus comme plus riches en cérémonies protocolaires qu’en impacts concrets.
La défense par l’image et la preuve médiatique
Pour contrer ces soupçons, Raymond Ndong Sima adopte une stratégie fondée sur la preuve visuelle et institutionnelle. Il rappelle plusieurs faits qu’il considère comme irréfutables : l’arrivée des bœufs au port d’Owendo en janvier 2025 retransmise par la télévision nationale, la visite du chef de l’État sur le site de Ndendé, ou encore des images récentes diffusées par Gabon télévision en mai 2026.
Dans son raisonnement, nier l’existence du projet reviendrait à accuser les institutions elles-mêmes de manipulation. Il pousse même l’argument jusqu’à l’absurde en suggérant que ses détracteurs en viennent implicitement à considérer que les images officielles seraient truquées, voire produites par intelligence artificielle.
Une manière de retourner l’accusation en suggérant que si le projet est une illusion, alors c’est l’État qui organise une mise en scène.
Une dénonciation de la mauvaise foi… et une attaque directe
Le texte dépasse toutefois la simple clarification. Raymond Ndong Sima ne se contente pas de défendre un programme : il s’en prend frontalement à ceux qu’il accuse de chercher à « exister » politiquement, parlant « d’intrigants » et de personnes ayant « gâché leur vie en ne faisant rien de sérieux ». Le ton est dur, presque provocateur.
Cette posture révèle un élément essentiel : le débat sur Agropag n’est pas seulement technique ou économique. Il est aussi profondément politique. Ce projet devient un champ de bataille où s’affrontent réputation, positionnement et règlement de comptes.
Sous la Vème République, la concurrence des ambitions et la recomposition des rapports de force rendent manifestement chaque initiative héritée de la transition vulnérable à l’exploitation polémique.
L’argument moral : « je n’ai rien touché »
Le passage le plus sensible de la déclaration est sans doute celui dans lequel Raymond Ndong Sima affirme n’avoir tiré aucun bénéfice personnel du projet. Il assure n’avoir perçu ni salaire, ni prime, ni perdiem, ni dotation en véhicule depuis le lancement de l’initiative.
Cet élément vise à couper court aux insinuations d’enrichissement personnel, qui constituent généralement le cœur implicite de toute accusation liée aux fonds publics. En clair, il tente de déplacer le débat : il ne s’agit plus d’un soupçon de détournement, mais d’une critique injuste, voire malveillante.
Cependant, cette déclaration, aussi forte soit-elle, repose sur une logique de parole et de confiance, dans un pays où la défiance a précisément été nourrie par des décennies de discours officiels non suivis d’effets.
Une réponse efficace… mais à compléter
Si Ndong Sima marque des points en rappelant que le projet existe bel et bien, sa défense laisse ouverte une question centrale : celle de l’évaluation chiffrée et documentée.
Car la polémique ne porte pas uniquement sur l’existence physique du cheptel. Elle porte sur la proportionnalité entre les moyens engagés et les résultats obtenus. Or, son texte ne fournit pas d’indicateurs précis permettant de trancher objectivement : nombre exact de têtes importées, évolution du cheptel, taux de mortalité, reproduction, production annuelle, coûts détaillés, infrastructures réalisées, emplois créés, ou encore impact sur la réduction des importations de viande. En d’autres termes, l’opinion publique gagnerait encore plus plus à savoir ce que les milliards ont produit, en chiffres.
VYL

