Libreville, (GM)- Le Gabon franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de conservation de la biodiversité. Le ministère des Eaux et Forêts, chargé du Conflit homme-faune, et l’organisation African Parks ont signé un Plan de soutien prioritaire (PSP) destiné à renforcer la gestion du parc national de Moukalaba-Doudou et de la réserve présidentielle de Wonga-Wongué. Ce premier accord officiel entre les deux parties ouvre la voie à une éventuelle collaboration de gestion à long terme.
A l’initiative de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), ce partenariat fait suite à une étude de faisabilité conduite avec les institutions gouvernementales, les acteurs de la conservation, les organismes de financement et les parties prenantes locales. L’objectif est d’évaluer les besoins de ces deux espaces naturels et de déterminer les conditions d’un accompagnement durable, adapté aux priorités nationales.
Un dispositif pour renforcer la gestion des aires protégées
Le Plan de soutien prioritaire prévoit, dans un premier temps, un état des lieux des capacités de gestion des deux sites. L’évaluation portera notamment sur les moyens humains, les infrastructures, les systèmes opérationnels, les priorités écologiques et les modalités d’implication des communautés riveraines.
Il s’agira également d’identifier les actions prioritaires nécessaires à l’amélioration de la gestion quotidienne de ces aires protégées. Le renforcement des équipes, l’amélioration des outils opérationnels et la consolidation des infrastructures figurent ainsi parmi les axes de travail envisagés.
Pour Omer Ntougou Ndoutoume, secrétaire exécutif de l’ANPN, cette initiative constitue une nouvelle étape dans la préservation et la valorisation du patrimoine naturel gabonais. Il souligne l’importance d’une gestion rigoureuse et de partenariats solides, tout en insistant sur la nécessité de prendre pleinement en compte les communautés locales.
De son côté, Peter Fearnhead, PDG d’African Parks, présente cet accord comme une occasion de mieux connaître les deux paysages, d’appuyer leur gestion et d’identifier les besoins futurs. Il salue la confiance accordée à son organisation, tout en rappelant que le travail engagé doit permettre de préparer les prochaines étapes de la coopération.
Deux territoires au patrimoine écologique remarquable
Le choix de Moukalaba-Doudou et de Wonga-Wongué s’explique notamment par leur richesse écologique. Situés à la rencontre de la forêt tropicale équatoriale et de l’océan Atlantique, ces deux espaces abritent une grande diversité d’écosystèmes : forêts, savanes, rivières, zones humides, mangroves, lagunes et plages.
Cette diversité offre un habitat à de nombreuses espèces emblématiques, parmi lesquelles les éléphants de forêt, les gorilles des plaines occidentales, les chimpanzés, les mandrills, les léopards et les buffles de forêt. Les milieux côtiers accueillent également des espèces telles que les lamantins et les tortues marines.
La protection de ces habitats représente un enjeu majeur pour la préservation de la biodiversité, mais aussi pour la valorisation du capital naturel du Gabon.
Les communautés riveraines au cœur du dispositif
Au-delà des impératifs écologiques, le partenariat entend accorder une place importante au développement des populations vivant à proximité des deux aires protégées. Une démarche de diligence raisonnable environnementale et sociale doit notamment permettre d’orienter les décisions futures, sur la base de consultations et de garanties relatives aux droits humains et à la protection sociale.
La question des conflits entre l’homme et la faune sauvage figure parmi les préoccupations prioritaires. Les dégâts occasionnés par les éléphants sur les cultures constituent, en particulier, un défi pour les populations riveraines et pour les gestionnaires des espaces protégés.
L’enjeu sera donc de concilier la préservation des espèces, la protection des moyens de subsistance des communautés et l’acceptabilité sociale des mesures de conservation. Sans cette articulation, la protection de la biodiversité risque de se heurter aux difficultés quotidiennes des populations concernées.
La conservation comme levier de diversification économique
Cette initiative intervient dans un contexte où le Gabon cherche à diversifier son économie au-delà des industries extractives. Des aires protégées mieux gérées pourraient contribuer au développement de nouvelles activités économiques, notamment l’écotourisme, la pêche durable, la recherche scientifique, les mécanismes de financement fondés sur la nature et les entreprises compatibles avec la conservation.
Toutefois, ces perspectives dépendront de la capacité des acteurs à transformer les richesses naturelles en retombées économiques concrètes, durables et équitablement réparties. La création d’opportunités locales, l’amélioration des conditions de vie et la prévention des conflits entre les populations et la faune seront déterminantes pour mesurer les résultats de cette démarche.
Les partenaires ont par ailleurs salué l’engagement des responsables gabonais de la conservation, des institutions publiques et des soutiens ayant contribué à faire avancer le projet. Ils ont notamment reconnu les contributions initiales d’Edith McBean et de la Fondation Rob Walton.
Une première étape, avant un éventuel partenariat de long terme
Il convient néanmoins de souligner que la signature de ce Plan de soutien prioritaire ne signifie pas, à ce stade, qu’African Parks prend officiellement en charge la gestion des deux sites. L’accord constitue avant tout une phase de soutien, d’évaluation et de préparation destinée à éclairer les décisions futures.
Pour le Gabon, l’enjeu sera désormais de tirer parti de cette coopération sans perdre de vue ses priorités nationales, la souveraineté de ses choix de gestion et les intérêts des communautés riveraines.
La réussite de cette initiative se mesurera moins à la signature de l’accord qu’aux améliorations concrètes apportées à la conservation, aux conditions de travail des équipes de terrain et à la vie des populations vivant aux abords de Moukalaba-Doudou et de Wonga-Wongué.
VYL

