Libreville, (GM)- Cinq jours après le naufrage de la plateforme de forage Prospector 5 au large de Mayumba, dans le sud du Gabon, les opérations de recherche connaissent une avancée aussi importante que douloureuse. Trois corps ont été localisés à l’intérieur de l’épave immergée, tandis que deux personnes restent portées disparues.
Dans son communiqué présenté le 28 octobre 2026 à Libreville, le vice-amiral Bekale-Meyong, Commandant des Opérations de Recherches et de Secours, a fait le point sur les opérations en cours et les prochaines étapes. Le drame s’est produit le samedi 24 octobre 2026, lorsque le Prospector 5, une plateforme de forage appartenant à Borr Drilling et exploitée pour le compte de BW Energy, a sombré au large des côtes gabonaises. Dès l’annonce du naufrage, un dispositif conjoint de recherche et de secours a été déployé, associant le Commandement des Opérations de Secours, les forces de défense et de sécurité ainsi que les équipes de BW Energy Gabon S.A.
Selon le bilan communiqué par l’État-major de la Marine nationale, 110 personnes ont été secourues grâce aux moyens navals et aériens mobilisés par les forces de défense et de sécurité et les entreprises pétrolières concernées. Toutefois, cinq personnes demeuraient portées disparues au moment du précédent bilan.
Trois corps localisés, deux personnes toujours recherchées
L’évolution majeure annoncée le 28 octobre concerne la découverte de trois corps à l’intérieur de l’épave, toujours immergée. Cette localisation a été rendue possible grâce à des inspections sous-marines effectuées à l’aide de robots téléopérés.
Une avancée technologique décisive pour les opérations, mais qui ne signifie pas encore que les victimes ont été récupérées. Les images obtenues ne permettent pas, à ce stade, de procéder à leur identification formelle. Les opérations doivent donc se poursuivre dans des conditions techniques exigeantes, afin de préparer la récupération des corps et de rechercher les deux autres personnes disparues.
Les équipes techniques travaillent actuellement à la préparation des opérations de récupération, avec le concours de personnels qualifiés. Le Commandement des Opérations affirme rester pleinement mobilisé pour poursuivre les recherches et assurer un suivi rigoureux de la situation.
La récupération des corps, un défi technique et sécuritaire
Au-delà de la localisation des victimes, la prochaine étape consistera à organiser leur récupération dans des conditions garantissant autant que possible la sécurité des intervenants et la préservation des éléments utiles aux investigations.
L’intervention sur une épave immergée peut nécessiter des moyens spécialisés, une évaluation précise de sa stabilité et une coordination étroite entre les équipes de plongée, les spécialistes des opérations sous-marines et les autorités chargées des secours. Les modalités exactes de l’intervention, son calendrier et les contraintes techniques propres à l’épave n’ont cependant pas été précisés dans le communiqué.
La récupération des corps devra également permettre, sous réserve des constatations médico-légales nécessaires, de confirmer les identités et d’établir les circonstances du décès des victimes. Dans ce type de drame, la localisation sous-marine constitue une étape importante, mais elle ne saurait être confondue avec l’achèvement des opérations de secours.
Une enquête judiciaire appelée à établir les responsabilités
Parallèlement aux opérations en mer, le volet judiciaire est désormais engagé. Le Commandement des Opérations indique s’en remettre à la discrétion du procureur de la République près le Tribunal de première instance de Tchibanga, qui a ouvert une enquête le 25 octobre 2026.
Cette procédure devra notamment contribuer à déterminer les circonstances exactes du naufrage, les éventuelles défaillances techniques ou opérationnelles et le respect des règles applicables à la sécurité des installations offshore. Plusieurs pistes pourraient, selon les constatations des enquêteurs et des experts, être examinées : l’état technique de la plateforme, ses conditions d’exploitation, les circonstances météorologiques et maritimes, les procédures de sécurité, les éventuelles alertes préalables ainsi que la chronologie des décisions prises avant et pendant le naufrage.
A ce stade, aucune cause précise ne peut être retenue sur la seule base du communiqué. Il serait donc prématuré d’attribuer une responsabilité à Borr Drilling, à BW Energy ou à toute autre partie avant les conclusions des investigations.
Le respect de la procédure judiciaire implique également de distinguer les premières constatations, les hypothèses techniques et les responsabilités qui pourraient éventuellement être établies au terme de l’enquête.
Quelles perspectives après ce nouveau bilan ?
Plusieurs enjeux se dessinent désormais.
Première perspective : retrouver les deux personnes encore portées disparues. Malgré la localisation de trois corps, les recherches ne sont pas terminées. La poursuite des inspections et la préparation des opérations de récupération restent essentielles pour tenter de retrouver les deux autres victimes.
Deuxième perspective : identifier formellement les corps localisés. Cette étape est indispensable pour permettre aux familles d’obtenir des réponses et aux autorités de consolider le bilan humain définitif du naufrage.
Troisième perspective : comprendre les causes du drame. Les conclusions de l’enquête judiciaire et des éventuelles expertises techniques seront déterminantes. Elles devront permettre de reconstituer la séquence des événements, d’identifier les facteurs ayant conduit au naufrage et d’établir, le cas échéant, les responsabilités correspondantes.
Quatrième perspective : examiner les conséquences pour la sécurité des activités pétrolières offshore. Selon les conclusions des investigations, cet accident pourrait conduire à réévaluer certaines procédures de contrôle, de maintenance, de prévention des risques et de gestion des urgences applicables aux installations opérant au large des côtes gabonaises.
Cinquième perspective : assurer la transparence et le suivi humain du drame. Au-delà des aspects techniques et judiciaires, les familles des victimes et des personnes disparues ont besoin d’informations fiables, régulières et respectueuses de leur douleur. La communication des autorités devra concilier la nécessaire transparence publique, la dignité des victimes et les exigences de l’enquête.
Ces perspectives demeurent néanmoins conditionnées par les résultats des opérations en cours et les conclusions des autorités compétentes. Aucune mesure corrective précise ni aucun calendrier supplémentaire n’ont été annoncés dans le communiqué du 28 octobre.
Un bilan encore provisoire, une attente qui demeure
En se conformant aux instructions du président de la République, les équipes engagées poursuivent leurs opérations en mer, avec pour priorité la recherche des deux personnes encore disparues et la préparation de la récupération des corps localisés.
Le bilan communiqué fait état de 110 personnes secourues, de trois corps localisés dans l’épave et de deux personnes toujours recherchées. La récupération effective des victimes, leur identification et l’établissement des causes du naufrage constituent désormais les principales étapes attendues.
Au-delà de l’émotion suscitée par cette tragédie, le naufrage du Prospector 5 soulève une question fondamentale : celle de la sécurité des activités industrielles en mer et de la capacité des dispositifs de prévention et de secours à faire face à de tels événements.
Les prochaines communications officielles sont donc particulièrement attendues, tant pour éclairer les familles que pour permettre à l’opinion publique de comprendre les circonstances de ce drame et les enseignements qui pourront en être tirés.
Raphael Mouissi

