Libreville, (GM)- Le ton monte entre le ministère de la Justice et le Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag). Dans un communiqué publié le 22 mai 2026, le syndicat des magistrats a vivement contesté la position adoptée par le ministre de la Justice dans le dossier de la crise judiciaire qui secoue la ville de Mouila depuis plusieurs semaines.
Au cœur du différend : la gestion d’une affaire impliquant des agents de la sécurité pénitentiaire soupçonnés d’être mêlés à un trafic de drogue provenant de scellés judiciaires du Tribunal de première instance de Mouila.
Une réunion tendue au ministère
Selon le Synamag, une réunion s’est tenue le 18 mai au ministère de la Justice, à l’initiative du garde des Sceaux. La rencontre faisait suite à une correspondance adressée par le président du syndicat au président de la République pour l’alerter sur la gravité de la situation à Mouila, après l’échec d’une tentative de médiation conduite par le ministre.
Durant les échanges, le ministre aurait reproché au syndicat d’avoir transmis au chef de l’État une version « incomplète » des faits et d’avoir contourné la voie hiérarchique. Il aurait également estimé que les magistrats de Mouila portaient une part de responsabilité dans l’escalade des tensions.
Le syndicat affirme toutefois qu’aucun élément concret n’a été présenté pour étayer ces accusations.
Le syndicat dénonce une communication « partiale »
Dans son communiqué, le syndicat critique les différentes prises de parole du ministère intervenues après cette réunion, notamment au journal télévisé de « Gabon Première » ainsi que dans plusieurs communiqués officiels. Pour le SYNAMAG, ces interventions n’ont ni démontré le caractère erroné des informations transmises au président de la République, ni établi la responsabilité des magistrats dans la crise.
Le syndicat accuse même le ministre de chercher à « détourner l’attention » et de « jeter toute une corporation en pâture à la vindicte populaire », tout en évitant de condamner les actes reprochés à certains agents des forces de l’ordre.
Des accusations graves contre des agents pénitentiaires
Le communiqué énumère une série de faits jugés particulièrement graves par les magistrats. Parmi eux :
- le refus présumé de certains agents de police judiciaire et de la Direction générale des recherches d’exécuter des instructions du procureur de la République ;
- l’opposition du directeur de la prison de Mouila à la mise à disposition de certains agents poursuivis ;
- l’inexécution d’un mandat de dépôt ordonnant l’incarcération d’agents suspectés de trafic de drogue ;
- des incursions armées et encagoulées au sein du palais de justice de Mouila ;
- des menaces visant des magistrats et greffiers dans l’exercice de leurs fonctions.
Le Synamag affirme également que l’intervention du 6e bataillon d’infanterie des Forces armées gabonaises aurait été nécessaire pour rétablir l’ordre au palais de justice.
Un débat juridique sur l’autorité du parquet
Le syndicat appuie sa position sur plusieurs dispositions légales. Il cite notamment l’article 19 de la loi organique de 2019 sur l’organisation judiciaire, qui prévoit la présence d’unités de sécurité sous l’autorité des procureurs afin d’assurer la protection des juridictions.
Le Synamag rappelle aussi que, selon le Code de procédure pénale, la police judiciaire agit sous la direction du procureur de la République et sous la surveillance du procureur général. A ce titre, les magistrats estiment avoir agi dans le strict respect de la loi en suspendant certains agents de leurs missions de police judiciaire.
Le syndicat rejette par ailleurs toute idée d’immunité pour les agents de la sécurité pénitentiaire, soulignant que leur statut prévoit des sanctions sévères en cas de trafic de drogue, de vol ou d’atteinte à l’autorité de l’État.
Un appel direct au président de la République
Au-delà du cas de Mouila, le communiqué révèle un climat de fortes tensions entre les magistrats et leur tutelle ministérielle. Le Synamag regrette notamment l’absence de réponses aux revendications formulées depuis plus d’un an, malgré la suspension de son mouvement de grève à la demande des autorités.
Estimant que le ministre de la Justice est incapable d’apporter une solution « légale » à la crise, le syndicat demande désormais une intervention directe du président du Conseil supérieur de la magistrature afin de restaurer la sérénité institutionnelle.
A ce jour, le ministère de la Justice n’a pas encore publié de réponse détaillée aux nouveaux griefs formulés par le Synamag.
Paul Nkori

