Libreville, (GM)- La coopération entre la Fédération de Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) franchit une nouvelle étape.
En audience à Libreville, l’ambassadeur de Russie au Gabon et représentant permanent auprès de la CEEAC, Dmitrii Korepanov, a échangé avec le président de la Commission de l’organisation sous-régionale, Ezéchiel Nibigira. Cette rencontre, à forte portée diplomatique, s’inscrit dans un contexte de redéfinition des partenariats internationaux en Afrique centrale.
Dès l’entame des échanges, le diplomate russe a salué la nomination récente de son interlocuteur à la tête de la Commission, actée en septembre 2025, tout en exprimant sa disponibilité à approfondir les relations entre Moscou et l’organisation. En réponse,Ezéchiel Nibigira, a mis en avant la qualité des relations déjà établies, illustrées notamment par les accréditations diplomatiques réciproques entre la Russie et les États membres de la CEEAC.
Mais au-delà du constat, le président de la Commission a surtout plaidé pour une coopération plus structurante, capable de soutenir concrètement l’intégration régionale.
Un partenariat aux ambitions larges
Au cœur des discussions : la mise en œuvre effective du mémorandum d’entente signé en juillet 2023 lors du sommet Russie-Afrique. Ce cadre de coopération couvre un spectre particulièrement large, allant de la sécurité à l’économie, en passant par l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’éducation, la santé ou encore l’innovation.
Nibigira n’a pas manqué de rappeler que la sous-région regorge d’opportunités économiques susceptibles d’attirer les investissements russes. Il a également insisté sur les six axes prioritaires de la CEEAC, qui structurent son ambition d’intégration : gouvernance politique et sécuritaire, intégration économique et financière, connectivité régionale, développement environnemental et agricole, progrès social et réforme institutionnelle.
Derrière cette architecture, une réalité : la CEEAC cherche des partenaires capables d’accompagner à la fois sa stabilité sécuritaire et sa transformation économique. La Russie, déjà active sur le continent, pourrait y voir une opportunité stratégique.
Du discours aux actes ?
Conscients des limites des engagements purement déclaratifs, les deux responsables ont instruit leurs équipes de revisiter le plan d’action issu du mémorandum. Objectif visé : passer d’une coopération de principe à des projets concrets et mesurables.
Cet accent mis sur l’opérationnalisation traduit une préoccupation récurrente dans les relations entre l’Afrique et ses partenaires extérieurs : celle de l’écart entre les promesses et leur mise en œuvre effective.
L’atout Korepanov
Autre élément notable : le profil du diplomate russe. Fort de plus de quarante années d’expérience en Afrique de l’Algérie à la RDC, en passant par le Sénégal, le Mali ou le Zimbabwe, Dmitrii Korepanov incarne une continuité dans la présence diplomatique russe sur le continent.
Nommé à Libreville en janvier 2024, il entend capitaliser sur cette connaissance du terrain pour consolider les liens avec l’Afrique centrale. Un atout que n’a pas manqué de souligner Ezéchiel Nibigira, y voyant une opportunité d’accélérer la coopération.
Entre opportunité et vigilance
Si les deux parties affichent leur volonté de renforcer leurs relations, plusieurs interrogations demeurent : la Russie peut-elle répondre aux attentes multiples de la CEEAC, notamment en matière de développement économique et de capital humain ? Et la sous-région saura-t-elle tirer parti de ce partenariat sans compromettre son autonomie stratégique ?
En filigrane, c’est toute la question de la diversification des alliances en Afrique qui se pose. Entre opportunités économiques, enjeux sécuritaires et équilibres géopolitiques, la coopération Russie–CEEAC devra désormais faire ses preuves sur le terrain.
VYL

