Libreville, (GM)- Depuis l’avènement de la 5e République, la question de l’indépendance de la justice s’impose comme l’un des sujets majeurs du débat public au Gabon. Dans une tribune publiée ce mercredi 29 avril, Julien Nkoghe Bekale, magistrat retraité et ancien Premier ministre sous Ali Bongo Ondimba, appelle à une réflexion lucide sur l’équilibre entre indépendance judiciaire, responsabilité des magistrats et protection des libertés fondamentales.
Dans son texte, l’ancien chef du gouvernement rappelle que l’indépendance de la justice constitue un pilier essentiel de tout État de droit. Elle garantit, selon lui, que le juge puisse trancher les litiges « en toute impartialité », à l’abri des pressions politiques, économiques ou sociales. Cette indépendance est présentée comme un rempart contre l’arbitraire, mais aussi comme une condition indispensable à la protection des citoyens et à la consolidation des libertés publiques.
La crainte d’une “République des juges”
Cependant, la tribune soulève une interrogation sensible : comment renforcer l’indépendance des juges sans glisser vers ce que certains qualifient de « République des juges » ?
Autrement dit, comment éviter qu’une justice libérée des influences ne devienne à son tour un pouvoir sans contrôle, susceptible d’abus ou de dérives ? Julien Nkoghe Bekale insiste sur le fait que les magistrats exercent une autorité qui exige « responsabilité et mesure », rappelant que l’indépendance judiciaire doit s’inscrire dans le respect strict des lois et des procédures.
Une perception préoccupante dans l’opinion
L’auteur évoque également des situations récentes, largement commentées dans l’espace public, qui ont alimenté le sentiment que la justice pourrait être utilisée comme un instrument de régulation politique. Sans citer de cas précis, il souligne que même lorsqu’elle n’est pas fondée, une telle perception fragilise la crédibilité des institutions.
Pour lui, la justice ne doit pas seulement être indépendante. Elle doit aussi apparaître comme telle aux yeux des citoyens, condition indispensable à la confiance collective.
Entre indépendance et responsabilité
Dans une approche mesurée, l’ancien Premier ministre estime que la construction de la 5e République représente une opportunité historique pour refonder la justice gabonaise sur des bases plus solides, crédibles et équilibrées. Cela suppose, selon lui, une volonté politique claire visant à empêcher toute instrumentalisation de l’appareil judiciaire à des fins de gestion des rivalités ou dissensions politiques. Mais cela suppose également que l’indépendance judiciaire s’accompagne d’une exigence de rigueur, de discipline et de responsabilité.
Les droits fondamentaux au centre de l’équation
Julien Nkoghe Bekale place au cœur de son argumentation la protection des droits fondamentaux des citoyens. Il affirme que l’indépendance des juges ne saurait justifier des arrestations abusives, des détentions arbitraires ou des condamnations motivées par des considérations étrangères au droit. Il rappelle ainsi que le juge doit rester fidèle à sa mission : dire le droit, dans le respect de la dignité humaine et des libertés individuelles.
Une justice attendue comme “sanctuaire du droit”
Dans sa conclusion, l’ancien magistrat appelle à préserver la justice de toute logique de règlement de comptes ou de pression. Il plaide pour une institution judiciaire indépendante mais profondément attachée à l’État de droit, capable d’inspirer confiance, tant auprès des citoyens que des institutions.
Entre le risque d’une justice instrumentalisée et celui d’une justice perçue comme incontrôlée, il défend une voie intermédiaire : celle d’une justice indépendante, rigoureuse, humaine et responsable.
Un débat incontournable pour la 5e République
Cette tribune relance un débat central pour l’avenir institutionnel du Gabon : la justice, pour jouer pleinement son rôle, doit être protégée des influences mais aussi encadrée par des mécanismes garantissant l’éthique, la transparence et le respect strict des procédures.
Car, comme le souligne Julien Nkoghe Bekale, sans justice indépendante, il ne peut y avoir de liberté. Et sans justice responsable, il ne peut y avoir de confiance durable des citoyens envers l’institution judiciaire.
VYL

