Yves Fernand Manfoumbi : « Les agences notent le risque, les nations écrivent leur destin »

Libreville, (GM)- La récente décision de l’agence internationale de notation Moody’s de réviser à la baisse la perspective de la note souveraine du Gabon continue de susciter de nombreuses réactions dans les milieux économiques et financiers.

 Si cette annonce peut apparaître comme un motif d’inquiétude pour certains observateurs, d’autres y voient avant tout un signal invitant le pays à accélérer ses réformes structurelles.

Parmi eux figure Yves Fernand Manfoumbi, qui estime que cette décision doit être analysée avec lucidité et discernement, au-delà de sa portée immédiate sur les marchés financiers.

Selon lui, l’évaluation de Moody’s intervient dans un contexte particulier marqué par la volonté des autorités gabonaises de procéder à un examen approfondi de la situation des finances publiques et des engagements financiers de l’État. Une démarche qui, loin de fragiliser la crédibilité du pays, traduirait au contraire un effort de transparence et de responsabilité dans la conduite des affaires publiques.

« La confiance ne se décrète pas. Elle se construit », souligne-t-il, estimant que la crédibilité financière d’un État repose avant tout sur sa capacité à maîtriser ses finances, à connaître précisément ses engagements et à orienter efficacement ses ressources vers les investissements productifs.

Pour l’ancien ministre, la question centrale ne réside pas tant dans la décision de l’agence de notation que dans la manière dont le Gabon répondra aux préoccupations soulevées. Cette réponse devrait s’articuler autour de plusieurs axes majeurs : la rigueur budgétaire, l’amélioration de la gouvernance publique, la diversification de l’économie nationale et le renforcement de l’efficacité de l’action de l’État.

Cette vision s’inscrit dans le contexte plus large de la transition engagée par le pays depuis plusieurs mois. Une période de transformation qui, selon lui, exige des ajustements parfois difficiles, mais nécessaires pour poser les bases d’une croissance plus durable et moins dépendante des revenus pétroliers.

Malgré les défis actuels, Yves Fernand Manfoumbi rappelle que le Gabon conserve des atouts importants. Il cite notamment la stabilité institutionnelle, l’abondance des ressources naturelles, sa position stratégique en Afrique centrale ainsi que le potentiel de sa jeunesse.

Pour lui, ces avantages comparatifs devront désormais être valorisés à travers des politiques économiques capables de générer davantage de richesses, d’emplois et d’investissements.

Dans cette perspective, la révision de la perspective souveraine par Moody’s ne devrait pas être perçue comme une condamnation, mais comme un avertissement appelant à une accélération des réformes. Un rappel, en somme, des exigences auxquelles sont confrontés les États dans un environnement économique international de plus en plus concurrentiel.

« Les agences de notation évaluent le risque. Les nations écrivent leur destin », résume-t-il.

Une formule qui traduit l’idée selon laquelle la crédibilité financière d’un pays ne dépend pas uniquement des évaluations externes, mais surtout de sa capacité à transformer les contraintes du présent en leviers de développement pour l’avenir.

VYL

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