Suspension des réseaux sociaux au Gabon : le sénateur Célestin Boudjanga tire la sonnette d’alarme

Libreville, (GM)- La récente décision de la Haute autorité de la communication (HAC) de suspendre l’accès aux réseaux sociaux au Gabon a déclenché plusieurs réactions fortes, parmi lesquelles celle du dénateur du département de la Louetsi-Wano (Lébamba), Célestin Boudjanga, par ailleurs président du groupe parlementaire Forces patriotiques au sein de la Chambre haute du parlement.

Dans une déclaration rendue publique ce jeudi 19 février, ce parlementaire, soutien indéfectible du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, exprime ses inquiétudes quant à cette décision considérée par de nombreux observateurs comme aussi radicale que controversée, tant sur le plan démocratique qu’économique et juridique.

Les réseaux sociaux, un espace citoyen essentiel

Pour le sénateur Boudjanga, les réseaux sociaux ne sont plus de simples espaces de distraction. Ils constituent aujourd’hui, à ses yeux, des lieux d’expression citoyenne, d’échange, d’information et de participation à la vie nationale. A ce titre, il considère que leur suspension, même temporaire, représente une mesure exceptionnelle qui ne peut être considérée comme anodine. « Dans une démocratie, la régulation de la parole publique doit toujours primer sur sa restriction », martèle-t-il.

Préserver l’ordre public sans sacrifier les libertés et l’économie

Si la préservation de l’ordre public et la lutte contre la désinformation sont des impératifs légitimes pour lui, le parlementaire insiste sur la nécessité de réponses proportionnées, transparentes et conformes aux engagements démocratiques.

Par ailleurs, le sénateur louvanois met en avant l’impact économique négatif de cette mesure sur de nombreux jeunes entrepreneurs gabonais qui dépendent exclusivement des plateformes numériques pour leurs activités. Selon Monsieur Boudjanga, la suspension des réseaux sociaux entraîne une interruption immédiate de leur travail ainsi que des pertes financières et une précarité certaine. Ces jeunes compatriotes, déjà confrontés à des difficultés structurelles en temps normal, se retrouvent particulièrement vulnérables face à la restriction en cours.

Une question juridique controversée

S’agissant du volet juridique, M. Boudjanga rappelle que les textes pertinents en vigueur confèrent à la HAC des pouvoirs de régulation sur les médias professionnels, mais ne lui permettent pas de suspendre l’accès aux réseaux sociaux des simples utilisateurs. « La décision dépasse manifestement le champ légal et entre en tension avec le principe constitutionnel de liberté d’expression », souligne le Sénateur.

Vers une régulation numérique claire et moderne

Face à cette situation, l’élu de Lébamba préconise la mise en place d’un cadre clair et moderne de régulation numérique, en collaboration avec le ministère de la Communication, le ministère de l’Économie numérique et l’Autorité de protection des données à caractère personnel, afin de traiter efficacement les contenus litigieux sans porter atteinte aux libertés fondamentales ni à l’activité économique.

Le sénateur exhorte par ailleurs, avec insistance, le Parlement à se saisir de cette question afin de renforcer le dispositif légal actuel, notamment par l’adoption d’une loi spécifique qui permettrait de neutraliser efficacement les auteurs de contenus jugés dangereux pour la cohésion nationale et la paix sociale, tout en garantissant un équilibre strict entre sécurité publique et respect des libertés fondamentales.

Appel au dialogue et à la responsabilité

Terminant son propos, le parlementaire appelle les autorités à réexaminer rapidement cette décision dans un esprit de dialogue et de responsabilité partagée. Il avertit qu’une persistance dans la restriction ou l’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux risquerait d’entraîner des conséquences économiques graves pour un tissu productif national déjà fragile.

Une telle orientation, prévient-il, pourrait s’apparenter à un véritable suicide économique, aux effets inévitablement désastreux pour l’emploi, l’innovation et la stabilité sociale. « Le Gabon mérite une démocratie vivante, ouverte et confiante, capable de concilier ordre public, liberté d’expression et dynamisme entrepreneurial », conclut-il.

Simplice Rabaguino

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