Libreville, (GM)- La Haute autorité de la communication (HAC) a décidé, ce lundi 10 août, de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » le média en ligne Info241, lui reprochant d’avoir publié des propos jugés injurieux, scandaleux et non étayés visant le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, ainsi que sa famille.
La décision a été prise lors d’une séance plénière extraordinaire de l’organe de régulation, tenue à son siège de Libreville, sous la présidence de Germain Ngoyo Mououssavou.
Un article à l’origine de la sanction
Selon la déclaration officielle de la HAC, Info241 a publié, le dimanche 9 août 2026 à 14h07, un article intitulé : « Lanlaire balance sur Oligui : 150 000 euros offerts, vidéo compromettante, bisexualité, 20 milliards dilapidés ».
La HAC affirme que cet article reprenait les déclarations d’un activiste installé à l’étranger, dont elle dénonce le caractère « injurieux », « scandaleux » et d’une « rare virulence » à l’encontre du chef de l’État et de sa famille.
L’autorité de régulation reproche surtout au média d’avoir choisi de publier ces déclarations alors même qu’il aurait, selon elle, reconnu le caractère infondé des insinuations formulées par leur auteur.
La responsabilité du média mise en cause
Pour la HAC, la publication de propos provenant d’un tiers ne saurait exonérer le média de sa responsabilité éditoriale. L’instance invoque notamment l’article 44 du Code de la communication, qui impose au journaliste de s’assurer de la justesse et de l’exactitude des informations diffusées et de s’abstenir de présenter comme établis des faits non vérifiés.
La HAC se réfère également à l’article 7 de l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026 relative à l’usage des réseaux sociaux et des plateformes numériques au Gabon. Cette disposition prévoit, selon la déclaration, la responsabilité des personnes ayant participé à l’élaboration, à la diffusion ou au partage d’un contenu illicite.
L’autorité considère ainsi qu’en relayant les propos de l’activiste, Info241 aurait lui-même manqué à ses obligations légales et déontologiques, indépendamment de la responsabilité susceptible d’être attribuée à l’auteur initial des déclarations.
La liberté de la presse sous condition de responsabilité
Dans sa déclaration, la HAC rappelle qu’elle se considère comme garante de la liberté de la presse au Gabon. Elle souligne toutefois que cette liberté doit s’exercer dans le respect de la déontologie et de l’éthique journalistiques.
L’institution insiste notamment sur la nécessité de préserver la dignité humaine, la vie privée, l’honneur des personnes et la cohésion sociale.
Cette position place au cœur du débat la question de la responsabilité des médias lorsqu’ils relaient des accusations ou des propos controversés provenant de sources extérieures, notamment lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’éléments permettant d’en établir la véracité.
Une suspension jusqu’à nouvel ordre
Au terme de sa séance plénière extraordinaire du 10 août, la HAC a donc décidé de suspendre Info241 jusqu’à nouvel ordre. La décision intervient dans un contexte où le rôle des médias numériques et des plateformes sociales fait l’objet d’une attention accrue des autorités gabonaises, particulièrement concernant la diffusion de contenus susceptibles de porter atteinte à l’honneur ou à la réputation des personnes.
Au-delà du cas particulier d’Info241, cette décision pose une question plus large : jusqu’où peut aller la responsabilité d’un média lorsqu’il rapporte les propos d’un tiers, et où se situe la frontière entre le droit à l’information, la liberté éditoriale et la diffusion de contenus potentiellement illicites ?
La réponse à cette question déterminera, au-delà de cette suspension, les contours du nouvel équilibre recherché entre liberté de la presse, responsabilité éditoriale et régulation des médias numériques au Gabon.
Paul Nkori

