Gabon/Brett L. Afiwa Tapoyo : une doctorante gabonaise aux États-Unis, en quête d’une piste thérapeutique contre la Covid-19

Libreville, (GM)- A l’approche de la soutenance de sa thèse de doctorat en toxicologie environnementale, prévue le 22 octobre 2026 à la Texas Southern University, à Houston, aux États-Unis, la doctorante gabonaise Brett L. Afiwa Tapoyo travaille sur la caractérisation du composé OJT003, étudié pour son potentiel dans le traitement de l’infection par le SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19. Dans cet entretien accordé à Gabon Minutes, elle revient sur son parcours universitaire, les objectifs de ses recherches, les perspectives de développement de ce composé et son ambition de contribuer, à terme, au renforcement de la recherche scientifique et de la formation au Gabon. Entretien.

Gabon Minutes (GM )  : Vous vous apprêtez à soutenir une thèse de doctorat en toxicologie environnementale à la Texas Southern University. Pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire, les motivations qui vous ont conduite vers cette spécialité et les principales étapes de votre cheminement jusqu’à cette soutenance ?

Brett L. Afiwa Tapoyo (BLAT) : Après un baccalauréat série D obtenu en 2011 au Lycée national Léon Mba de Libreville, après avoir subi une mise à niveau en anglais pendant 2 mois et demi à New York City à LaGuardia Community College (de janvier à mars 2012), mon parcours universitaire a commencé au Grayson College, où j’ai obtenu un diplôme universitaire de premier cycle en biologie, avant de poursuivre mes études à la Texas Southern University, où j’ai obtenu un Bachelor en biologie, avec une spécialisation complémentaire en chimie.

J’ai obtenu ces deux diplômes avec les distinctions académiques cum laude et summa cum laude, respectivement. Ce sont des mentions honorifiques attribuées aux États-Unis pour récompenser l’excellence académique, summa cum laude représentant le plus haut niveau de distinction.

J’ai ensuite obtenu un Master en biologie, avant d’entreprendre un doctorat en toxicologie environnementale, avec une orientation interdisciplinaire en pharmacologie, en biologie computationnelle et en sciences pharmaceutiques.

Depuis mon enfance, j’ai toujours rêvé de devenir médecin, notamment parce que je souhaitais venir en aide aux enfants et contribuer à améliorer leur santé et leur bien-être. C’est cette ambition qui m’a initialement orientée vers des études de biologie, dans un parcours préparatoire aux professions de santé.

Après l’obtention de mon Bachelor, j’ai consacré une partie importante de mon temps au bénévolat dans des hôpitaux, des établissements de santé et des associations venant en aide aux populations défavorisées. J’ai notamment eu l’occasion de collaborer avec des équipes médicales pour contribuer au bien-être des patients, mais aussi de participer à des initiatives de distribution alimentaire, de matériel médical et d’autres ressources essentielles aux personnes dans le besoin.

Ces expériences ont profondément influencé ma vision de la médecine et de la santé. Tout en conservant une grande admiration pour la profession médicale, j’ai progressivement développé un intérêt particulier pour la compréhension des mécanismes biologiques à l’origine des maladies, ainsi que pour la recherche de nouvelles solutions thérapeutiques.

J’ai alors compris qu’au-delà de la prise en charge des patients, je souhaitais également contribuer aux avancées médicales par la recherche scientifique. C’est cette prise de conscience qui m’a conduite à entreprendre des études supérieures, d’abord en Master, puis en doctorat. Dès mes premières expériences en laboratoire doctoral, j’ai découvert une véritable passion pour la recherche expérimentale, et plus particulièrement pour l’étude des maladies, la découverte de nouvelles molécules et le développement de traitements potentiels.

Aujourd’hui, à l’approche de ma soutenance de thèse, je considère ce parcours comme l’évolution d’un rêve d’enfance vers un engagement profond en faveur de la recherche biomédicale et de l’innovation thérapeutique.

GM : Votre thèse porte sur la caractérisation du composé OJT003 en vue d’un éventuel traitement de l’infection par le SARS-CoV-2. Pouvez-vous nous expliquer, dans des termes accessibles au grand public, la problématique scientifique de votre recherche, les propriétés que vous étudiez et l’intérêt potentiel de ce composé dans la lutte contre cette infection ?

BLAT : Mes travaux de doctorat portent effectivement sur l’étude d’un composé que nous désignons par le code OJT003, afin d’évaluer son potentiel dans le traitement de l’infection par le SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19. Pour comprendre l’importance de cette recherche, il faut d’abord expliquer comment le virus infecte notre organisme.

Le SARS-CoV-2 possède à sa surface une protéine appelée « Spike », qui lui permet de se fixer à un récepteur présent sur certaines cellules humaines, appelé ACE2. On peut comparer cette interaction à une clé qui entre dans une serrure.

Une fois que le virus parvient à pénétrer dans nos cellules, il peut s’y multiplier et propager l’infection. L’une des stratégies de recherche consiste donc à empêcher cette interaction, afin de limiter la capacité du virus à pénétrer dans nos cellules.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent nos travaux. Des études précliniques antérieures, dont certains résultats ont été publiés dans la littérature scientifique disponible, ont déjà apporté des preuves encourageantes d’une activité antivirale dans des cellules infectées par le SARS-CoV-2.

En nous appuyant sur ces résultats, mes travaux de doctorat visent à mieux comprendre comment le composé OJT003 agit au niveau moléculaire, notamment sa capacité à perturber l’interaction entre le virus et les cellules humaines. Nous étudions également son comportement face à différents variants du SARS-CoV-2, notamment Omicron. Cette question est importante, car les virus évoluent et certaines mutations peuvent modifier leur sensibilité aux traitements.

Un autre volet de ma recherche concerne les propriétés pharmaceutiques de ce composé. Je travaille notamment sur le développement de formulations adaptées, dans l’objectif de permettre, à terme, une administration efficace du produit. Nous souhaitons poursuivre son évaluation dans des modèles biologiques plus complexes, notamment chez l’animal, afin de mieux déterminer son efficacité thérapeutique et son innocuité, c’est-à-dire son niveau de sécurité.

L’un des aspects encourageants de nos recherches est que les premières observations suggèrent une activité antivirale à des concentrations relativement faibles. C’est un élément intéressant, car nous cherchons à identifier des doses capables de produire un effet thérapeutique tout en limitant les éventuels effets indésirables. Toutefois, des études supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir envisager une utilisation chez l’être humain.

A travers ces travaux, notre ambition est de contribuer au développement de traitements antiviraux efficaces, sûrs et accessibles au plus grand nombre. Pour moi, l’objectif fondamental de cette recherche est de faire en sorte que les découvertes scientifiques puissent, un jour, se traduire en solutions thérapeutiques concrètes, capables d’améliorer la santé et la vie des populations.

GM : Quels sont les principaux résultats obtenus au cours de vos travaux ? Dans quelle mesure permettent-ils d’envisager une application thérapeutique future, et quelles étapes scientifiques, notamment en matière d’efficacité, de toxicité et de sécurité, resteraient nécessaires avant d’éventuelles applications chez l’être humain ?

BLAT : Les résultats obtenus jusqu’à présent sont encourageants, même si certains aspects de nos travaux restent confidentiels pour des raisons de propriété intellectuelle et parce que plusieurs études sont encore en cours de publication. Ce que je peux partager, c’est que nos recherches ont permis d’obtenir des résultats prometteurs concernant l’activité biologique du composé OJT003.

Nous avons utilisé plusieurs approches complémentaires, notamment des simulations informatiques, qui permettent d’étudier les interactions entre les molécules, ainsi que des expériences en laboratoire. Ces travaux nous ont permis de mieux comprendre comment ce composé pourrait empêcher certaines étapes essentielles de l’infection virale.

Nous étudions également son activité contre différents variants du SARS-CoV-2, notamment Omicron. Bien que je ne puisse pas encore dévoiler l’ensemble de nos observations, ces résultats nous permettent de mieux comprendre son potentiel thérapeutique et certains aspects de son mécanisme d’action.

La prochaine grande étape consiste à poursuivre ces recherches à travers des études chez l’animal. L’objectif sera de déterminer si les effets encourageants observés en laboratoire peuvent également se traduire par une efficacité thérapeutique dans un organisme vivant.

Si ces études donnent des résultats favorables, il faudra ensuite approfondir les évaluations de toxicité, déterminer les doses appropriées et satisfaire aux exigences réglementaires avant de pouvoir envisager des essais cliniques chez l’être humain.

Un point sur lequel j’aimerais particulièrement insister est que la sécurité du patient est au cœur de notre démarche scientifique, dès les premières étapes du développement. Notre objectif n’est pas simplement de découvrir une molécule capable d’agir contre un virus. Nous souhaitons également développer, à terme, un traitement qui soit sûr, efficace et accessible aux populations qui en ont besoin.

Par exemple, lorsque nous développons nos formulations pharmaceutiques, nous prenons en compte non seulement les propriétés et la toxicité potentielle du composé actif, mais également celles des autres ingrédients utilisés dans la formulation. Nous veillons notamment à utiliser des quantités compatibles avec les données de sécurité disponibles et les recommandations applicables. Cependant, des études complémentaires restent indispensables pour confirmer la sécurité de la formulation dans son ensemble.

Pour moi, le véritable succès dans le développement d’un médicament ne repose donc pas uniquement sur son efficacité contre une maladie, mais aussi sur sa sécurité et son accessibilité. C’est cette vision qui guide nos travaux et les prochaines étapes de notre recherche.

GM : Au-delà de la consécration universitaire que représente un doctorat, quelles sont vos ambitions pour la suite de votre carrière scientifique ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes Africains, et particulièrement aux jeunes Gabonais, qui aspirent à poursuivre des études supérieures à l’international et à contribuer au développement scientifique et sanitaire de leur pays ?

BLAT : Mon ambition est de devenir une scientifique polyvalente, capable d’évoluer dans plusieurs disciplines, avec une expertise particulière dans la découverte et le développement de nouveaux médicaments. Au cours de mon travail préparatoire au doctorat, j’ai acquis des compétences qui me permettent d’étudier des cibles thérapeutiques potentielles, de comprendre comment certaines molécules interagissent avec notre organisme, d’explorer leurs mécanismes d’action et de développer des formulations pharmaceutiques adaptées à des objectifs thérapeutiques précis.

Cependant, je ne souhaite pas me limiter à la recherche en laboratoire. L’une de mes prochaines ambitions est d’approfondir mes connaissances en santé des populations, en épidémiologie et en analyse statistique. La recherche en laboratoire nous permet de comprendre les mécanismes biologiques des maladies, tandis que l’épidémiologie nous aide à comprendre comment ces maladies apparaissent, évoluent et affectent différentes populations.

A mes yeux, ces disciplines sont complémentaires, et j’aimerais acquérir les compétences nécessaires pour établir un véritable pont entre elles. Mon objectif est de pouvoir aborder les problématiques de santé sous plusieurs angles, depuis la compréhension des mécanismes biologiques jusqu’à l’étude de leurs conséquences sur les populations et la recherche de solutions thérapeutiques. Bien entendu, je souhaite également poursuivre nos travaux sur le développement de traitements potentiels contre le SARS-CoV-2.

Au-delà de mes ambitions personnelles, l’un de mes objectifs à long terme est de contribuer au développement de la recherche scientifique dans mon pays, le Gabon. Cela fait près de huit ans que j’enseigne les sciences biologiques à l’université et que je participe également à la formation d’autres enseignants. L’enseignement occupe donc une place importante dans mon parcours professionnel. Avec la grâce de Dieu, j’espère qu’un jour, je pourrai mettre cette expérience et mes compétences scientifiques au service de la formation et de l’accompagnement d’une nouvelle génération de chercheurs gabonais.

L’une des raisons pour lesquelles je suis venue poursuivre mes études aux États-Unis était justement d’acquérir des connaissances et une expertise qui pourraient, à terme, bénéficier à mon pays. Je suis convaincue qu’il existe plusieurs façons d’y parvenir, notamment à travers des collaborations scientifiques, le partage de connaissances, la formation et la création de partenariats entre les institutions gabonaises et internationales. Je reste donc ouverte aux différentes possibilités que l’avenir pourra m’offrir pour contribuer concrètement au développement scientifique et sanitaire du Gabon.

Aux jeunes Africains, et particulièrement aux jeunes Gabonais qui aspirent à poursuivre leurs études à l’étranger, je voudrais adresser un message simple : restez concentrés sur vos objectifs, soyez déterminés, mais surtout, apprenez à être flexibles. Il n’existe pas toujours un seul chemin pour atteindre un objectif. Parfois, il faut accepter de changer de direction, de revoir ses stratégies ou de saisir des opportunités auxquelles on n’avait pas pensé au départ.

Je crois profondément que lorsqu’on est trop rigide, on risque de se briser face aux difficultés, au lieu de se laisser transformer par les expériences de la vie pour en ressortir plus fort et mieux préparé. Je leur conseillerais également de construire un entourage solide, de s’appuyer sur leur famille et leurs amis, de s’entourer de personnes inspirantes et de développer intentionnellement leur réseau professionnel. Il faut être curieux, créatif et savoir apprendre des autres.

Sur un plan plus personnel, je tiens aussi à souligner l’importance de ma foi dans mon parcours. Je peux le dire avec conviction : sans Jésus-Christ, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Tout au long de ce cheminement, Dieu m’a guidée, corrigée, protégée et a pourvu à mes besoins. Ma relation avec Lui a été, et demeure, ma plus grande source de force. Mais comme nous le rappelle la Bible, « la foi sans les œuvres est morte ». Il ne suffit donc pas d’avoir la foi ou de croire en ses rêves. Il faut aussi travailler, faire preuve de discipline, persévérer et poser des actes concrets pour atteindre ses objectifs.

Enfin, je voudrais rappeler aux jeunes que la réussite ne doit pas se construire au détriment de leur bien-être. Travaillez avec sérieux, mais apprenez également à vous reposer, à apprécier le chemin parcouru et à célébrer chaque progrès, même le plus petit. Interview réalisée par

Raphael Mouissi

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