Libreville, (GM)- Le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural a lancé, ce mardi 16 mars, un vaste Appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour sélectionner 150 fermes avicoles locales à travers le pays. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Plan opérationnel d’urgence de la Filière avicole (POUFA), adopté en Conseil des ministres fin février.
L’ambition affichée est claire : restructurer en profondeur la filière avicole nationale afin d’augmenter la production locale et réduire progressivement la dépendance du Gabon aux importations de poulets de chair, dont l’interdiction est annoncée à partir de janvier 2027. Une échéance qui met une pression considérable sur la capacité du pays à produire localement, dans des délais très contraints.
Un programme ambitieux pour structurer la production
A travers cet appel, les autorités entendent identifier des exploitations déjà opérationnelles, capables de monter rapidement en puissance. Les fermes retenues bénéficieront d’un accompagnement substantiel de l’État : construction ou extension de bâtiments modernes pouvant accueillir jusqu’à 3 000 poulets, fourniture de poussins, alimentation couvrant six cycles de production et appui vétérinaire complet.
Les exploitations les plus performantes pourraient même être érigées en « champions nationaux », appelés à tirer l’ensemble de la filière vers le haut.
Mais derrière cette promesse de modernisation, une question s’impose : 150 fermes suffiront-elles à combler un déficit structurel longtemps alimenté par les importations ? Et surtout, ces appuis seront-ils effectivement déployés dans les délais annoncés ?
Des critères de sélection relativement exigeants
Le ministère cible des exploitants déjà expérimentés. Pour candidater, il faut notamment justifier d’au moins trois ans d’expérience, disposer d’un cheptel minimum de 1 000 volailles et être en règle sur le plan foncier. Un plan d’affaires détaillé est également exigé.
Ce choix exclut de facto une grande partie des petits producteurs informels, pourtant nombreux dans le pays. Une orientation qui peut se défendre en termes d’efficacité immédiate, mais qui pose la question de l’inclusion et du développement à long terme d’une base productive élargie.
Un calendrier serré, des enjeux élevés
Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 1er avril 2026, avec un démarrage de la production prévu dès le 1er septembre prochain. Un calendrier particulièrement ambitieux, compte tenu des contraintes logistiques, techniques et financières souvent observées dans ce type de programme.
En toile de fond, c’est la question de la souveraineté alimentaire qui est posée. Le Gabon peut-il, en moins de deux ans, remplacer des volumes d’importations massifs par une production locale compétitive et durable ?
Entre volontarisme politique et défis structurels
Porté par la vision du président, Brice Clotaire Oligui Nguema, ce programme marque une volonté politique affirmée de transformation du secteur agricole. Toutefois, l’histoire récente des politiques publiques dans la sous-région invite à la prudence.
Sans maîtrise rigoureuse de la chaîne d’approvisionnement (aliments, intrants, logistique), sans encadrement technique continu et sans mécanismes de financement pérennes, le risque est réel de voir cette initiative rejoindre la longue liste des projets ambitieux restés inachevés.
Au-delà de l’annonce, c’est donc l’exécution qui fera la différence. Et sur ce terrain, l’État gabonais est attendu au tournant.
Paul Nkori

