Fonction publique : pour Pastor Ngoua N’neme « Ancienneté et mérite doivent coexister dans la carrière des fonctionnaires »

Libreville, (GM)- La réforme annoncée des lois portant statut général des fonctionnaires et statut général de la fonction publique continue d’alimenter les débats. Au cœur des discussions figure la volonté affichée par le gouvernement de substituer progressivement l’avancement automatique à l’ancienneté par un système fondé sur le mérite.

Si l’objectif d’une administration plus performante est largement compris, de nombreuses voix estiment que cette réforme ne peut être abordée sous le seul prisme de l’évolution des carrières.

Parmi elles, celle de l’ancien ministre, Pastor Ngoua N’Neme, qui appelle à élargir le débat.

Selon lui, les informations diffusées jusqu’à présent ne permettent pas de savoir si la réforme modifiera également les mécanismes de calcul de la rémunération des agents publics. La question demeure notamment de savoir si la solde continuera de reposer sur le système actuel, articulé autour des indices, de la valeur du point d’indice, du SMIG et des différents accessoires de rémunération.

Priorité au pouvoir d’achat des travailleurs

Pour l’ancien membre du gouvernement, cette interrogation est loin d’être secondaire. Il estime que la priorité devrait être accordée à une réflexion sur le pouvoir d’achat des travailleurs. Dans un contexte marqué par la hausse persistante du coût de la vie, il juge indispensable de revoir la valeur du point d’indice afin de mieux préserver les revenus des agents publics.

Au-delà de la seule fonction publique, Pastor Ngoua N’Neme considère que la question salariale doit désormais figurer parmi les grands chantiers de la Vème République. Il souligne que les difficultés économiques touchent également les salariés du secteur privé, confrontés à une dégradation de leurs conditions de vie et à l’émergence du phénomène des « travailleurs pauvres ».

Une grande conférence sociale pour une réforme globale

C’est pourquoi il plaide pour l’organisation d’une grande conférence sociale nationale réunissant l’État, les organisations syndicales, les employeurs et les autres partenaires concernés. Une telle rencontre permettrait, selon lui, d’aborder de manière globale les questions relatives aux salaires, aux conditions de travail et à la sécurité des travailleurs.

Ancienneté et mérite : vers un modèle complémentaire

S’agissant spécifiquement des avancements, l’ancien ministre défend une approche conciliant les deux mécanismes plutôt que leur opposition. A ses yeux, l’ancienneté, parce qu’elle repose sur un critère objectif, doit continuer à constituer l’un des fondements de la progression de carrière, tout en étant complétée par un dispositif valorisant le mérite.

Reste toutefois une interrogation essentielle : comment définir objectivement le mérite ? Pastor Ngoua N’Neme estime que cette question mérite un travail technique approfondi. Il suggère que des cabinets spécialisés en ressources humaines puissent être sollicités, à l’issue d’appels d’offres, afin de proposer des critères d’évaluation transparents, mesurables et équitables.

Le dialogue social comme condition de réussite

Enfin, l’ancien député insiste sur la méthode. Pour lui, une réforme d’une telle portée ne saurait être conduite sans une véritable concertation avec les partenaires sociaux, dont la représentativité a été récemment confirmée à l’occasion des élections professionnelles.

Associer les syndicats au processus constituerait, selon lui, une opportunité de renforcer le dialogue social et de faire de la démocratie sociale l’un des piliers de la Vème République.

Un débat appelé à se poursuivre

Alors que le gouvernement poursuit ses travaux de révision des textes, le débat reste ouvert. Entre recherche de performance administrative, impératif d’équité et nécessité de préserver le pouvoir d’achat des travailleurs, la réforme de la fonction publique apparaît désormais comme un enjeu qui dépasse largement la seule question des avancements.

Raphael Mouissi

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