Libreville, (GM)- Saisi par SOS Prisonniers Gabon au sujet d’allégations d’arrestation arbitraire, de séquestration, de traitements cruels, inhumains ou dégradants et de menaces, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, a instruit le procureur de la République d’ouvrir une enquête. Une décision saluée par l’organisation de défense des droits des prisonniers.
L’affaire Jeff Blampain connaît un nouveau développement. Saisie le 6 juillet 2026 par l’intéressé, l’organisation SOS Prisonniers Gabon avait alerté les autorités judiciaires sur des faits qu’elle qualifie de particulièrement graves et susceptibles, s’ils étaient établis, de constituer des atteintes aux droits fondamentaux.
Selon le signalement transmis à l’organisation, Jeff Blampain aurait été interpellé le 27 avril dernier, aux environs de 11 heures, dans les locaux de la Direction de TaxiGab, par des agents de la Direction générale des services spéciaux (DGSS). Il aurait alors été accompagné de son fils, âgé de trois ans.
Près de dix heures de rétention alléguée
D’après le récit de l’intéressé, il aurait été retenu jusqu’à 21 heures avec son enfant, soit pendant près de dix heures. Il affirme avoir été privé d’eau et de nourriture durant cette période, avant d’être soumis à un interrogatoire, sans que les motifs ni le fondement juridique de son interpellation ne lui aient, selon lui, été clairement notifiés.
Jeff Blampain affirme également faire l’objet depuis plusieurs années de faits qu’il assimile à du harcèlement, à des menaces et à des persécutions en raison de ses opinions politiques. Il met notamment en cause certains responsables de son entreprise dans les circonstances ayant précédé son interpellation.
A ce stade, ces accusations demeurent des allégations et leur matérialité devra être établie par l’enquête annoncée par les autorités judiciaires.
SOS Prisonniers Gabon demande que toute la lumière soit faite
Estimant que les faits rapportés justifiaient une intervention des autorités compétentes, SOS Prisonniers Gabon avait sollicité du ministre de la Justice l’ouverture d’une enquête « impartiale, indépendante, diligente et effective ». L’organisation demandait également que les éventuelles responsabilités pénales, administratives ou disciplinaires soient déterminées et que, si nécessaire, des mesures de protection soient prises en faveur de Jeff Blampain, de son enfant et des membres de sa famille.
SOS Prisonniers Gabon fondait notamment sa démarche sur les dispositions de la Constitution gabonaise relatives à la protection de la dignité humaine et à l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que sur les dispositions du Code pénal relatives à l’arrestation ou à la séquestration arbitraire. La présence d’un enfant de trois ans au moment des faits allégués constitue, selon l’organisation, un élément appelant une attention particulière des autorités, notamment au regard des principes de protection de l’enfant.
Le parquet chargé d’enquêter
Le dossier a connu une évolution significative ce 25 août 2026. Dans une réponse adressée à SOS Prisonniers Gabon, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, indique avoir donné des instructions au procureur de la République afin qu’une enquête soit ouverte sur les faits portés à sa connaissance.
Cette décision s’inscrit dans le cadre des pouvoirs reconnus au ministre chargé de la Justice par l’article 17 du Code de procédure pénale, qui lui permet notamment de dénoncer au ministère public les infractions dont il a connaissance et de lui enjoindre, par instructions écrites, d’engager ou de faire engager des poursuites.
L’ouverture de cette enquête ne préjuge toutefois ni de la réalité de l’ensemble des faits dénoncés, ni de la responsabilité des personnes éventuellement mises en cause. Elle doit précisément permettre d’établir les circonstances de l’interpellation, de vérifier les accusations formulées et, le cas échéant, de déterminer les responsabilités.
Une décision saluée par SOS Prisonniers Gabon
Dans une déclaration y relative, SOS Prisonniers Gabon salue la décision du ministre de la Justice et le remercie pour l’attention accordée à sa saisine. Pour l’organisation, cette démarche constitue un signal en faveur du respect de la loi, de l’égalité des citoyens devant la justice et du renforcement de la protection des droits humains.
SOS Prisonniers Gabon appelle désormais le parquet à conduire les investigations avec « diligence, impartialité et rigueur », afin que toute la lumière soit faite sur les faits dénoncés. L’organisation insiste surtout sur la nécessité de ne pas tirer de conclusion avant l’issue de la procédure. « Notre démarche n’est pas de condamner avant de juger, mais de demander que chaque allégation soit sérieusement examinée et que nul ne soit placé au-dessus de la loi », fait valoir SOS Prisonniers Gabon.
L’enquête devra donc désormais déterminer ce qui s’est réellement passé le 27 avril 2026 dans les locaux de TaxiGab et établir, le cas échéant, les responsabilités liées aux faits dénoncés. La vérité devra être établie par l’enquête, et les éventuelles responsabilités par les juridictions compétentes.
Paul Nkori

