Libreville, (GM)- La crise qui secoue l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) est loin de connaître son épilogue. Après plusieurs semaines de tensions alimentées par des accusations de mauvaise gouvernance, le Syndicat national des travailleurs de l’Agasa (Synata) est revenu à la charge à travers un communiqué publié ce 9 juillet 2026.
Le syndicat y conteste vigoureusement les explications fournies par la direction générale relativement à cette controverse, et réclame l’intervention des autorités de tutelle.
Cette nouvelle sortie intervient quelques jours après une conférence de presse organisée par le directeur général, le Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, devant les agents de l’établissement. Au cours de cet exercice, le responsable de l’Agasa s’est employé à répondre point par point aux accusations formulées contre sa gestion, dénonçant une campagne de déstabilisation et défendant la légalité de ses décisions administratives.
Si la direction générale estime avoir apporté les éclaircissements nécessaires, cette démonstration n’a manifestement pas convaincu tous les observateurs. Certains jugent que plusieurs interrogations soulevées depuis le début de la polémique demeurent sans réponses pleinement satisfaisantes, tandis que d’autres considèrent que le directeur général a surtout cherché à reprendre l’initiative sur le terrain de la communication.
Le cœur du différend
Dans son communiqué, le Synata centre son argumentaire sur une décision prise le 3 juillet 2026 par la Direction générale, qui abroge une délégation de compétences accordée dix-huit mois plus tôt au directeur général adjoint. Le syndicat rappelle qu’en janvier 2025, le directeur général avait lui-même confié à son adjoint le suivi des activités administratives et financières de l’Agence afin de renforcer l’efficacité de sa gouvernance. C’est dans ce cadre, affirme le Synata, que le directeur général adjoint avait demandé la restitution des carnets d’ordres de recette et d’encaissement utilisés par les délégations provinciales.
Pour les responsables syndicaux, l’abrogation soudaine de cette délégation, quelques jours seulement après cette demande de restitution, soulève des interrogations. Ils s’interrogent notamment sur les motivations ayant conduit la direction générale à revenir sur un dispositif appliqué pendant près de dix-huit mois sans contestation apparente.
Une controverse sur le contrôle financier
Le second point de friction concerne la réorganisation du circuit de validation des carnets d’ordres de recette et d’encaissement.
Le Synata reproche à la direction générale d’avoir transféré cette compétence de la direction administrative et financière vers la direction de l’inspection et des contrôles sanitaires et phytosanitaires. Selon le syndicat, cette décision contreviendrait aux statuts de l’Agasa, qui attribuent clairement les missions financières à la Direction administrative et financière, tandis que la direction bénéficiaire exerce des missions exclusivement techniques et sanitaires.
Pour le syndicat, cette réorganisation fragiliserait les mécanismes de contrôle interne et pourrait porter atteinte à la transparence de la gestion financière de l’établissement.
Des exigences adressées aux autorités
Au-delà de ses critiques, le syndicat formule plusieurs revendications. Il demande notamment le rétablissement des compétences de la direction administrative et financière en matière d’authentification des documents comptables, des explications sur les carnets d’ordres de recette qui n’auraient pas été restitués, ainsi que l’intervention du Conseil d’administration et des autorités de tutelle afin de vérifier la conformité juridique des décisions contestées.
Le Synata affirme également demeurer attaché au dialogue social tout en se réservant le droit d’engager les procédures légales qu’il jugera nécessaires.
Une affaire suivie de près
Cette nouvelle escalade illustre la profondeur des tensions qui traversent actuellement l’Agasa. Au-delà des divergences entre la direction générale et le Synata, l’affaire soulève des questions plus larges sur la gouvernance des établissements publics, le respect des procédures administratives et les mécanismes de contrôle des finances publiques.
A ce stade, les positions des deux camps demeurent irréconciliables. D’un côté, la direction générale continue de défendre la régularité de ses actes et rejette les accusations portées contre elle. De l’autre, le Synata estime que les décisions récentes constituent une remise en cause des règles de gouvernance prévues par les textes régissant l’Agence.
Dans l’attente d’une éventuelle intervention des autorités de tutelle ou du Conseil d’administration, cette confrontation institutionnelle continue d’alimenter le débat sur la gouvernance de l’Agasa, avec en toile de fond la nécessité de préserver la crédibilité d’un établissement chargé d’une mission essentielle de sécurité alimentaire.
Raphael Mouissi

