Libreville, (GM)- La scène a marqué les esprits. Le mardi 3 mars dernier, lors d’une réunion qu’il a présidée au Palais de la Présidence de la République, à laquelle prenaient part le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, qu’acompagnaient des techniciens des secteurs de l’eau et de l’électricité, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a adopté un ton inhabituellement ferme pour exprimer son exaspération devant la persistance des délestages et du stress hydrique qui affectent une grande partie du pays.
Dans des villes comme Libreville, l’eau se fait rare dans de nombreux quartiers et l’électricité continue d’être distribuée par intermittence, alimentant frustration et incompréhension au sein de la population.
Mais ce qui a le plus frappé les observateurs lors de cette rencontre est sans doute l’évocation, par le chef de l’Etat, citant certains experts de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), de la poussée d’Archimède pour expliquer quelques contraintes techniques liées à la distribution de l’eau.
Quand la science se heurte à la colère sociale
Dans les laboratoires et les amphithéâtres de physique, la poussée d’Archimède est un principe fondamental. Elle explique pourquoi un objet plongé dans un liquide subit une force verticale dirigée vers le haut, proportionnelle au poids du fluide déplacé.
Mais dans les quartiers où les robinets restent désespérément secs, ce principe scientifique peut rapidement apparaître comme une abstraction déconnectée des réalités quotidiennes.
C’est précisément, entre autres, ce décalage qui semble avoir irrité le n°1 gabonais. En évoquant ce type d’argument technique face à une crise aussi sensible, les techniciens ont donné l’impression, peut-être inconsciemment, de se réfugier derrière des arguties scientifique plutôt que d’apporter des solutions immédiates.
La fermeté présidentielle comme signal politique
La réaction du président peut être aussi lue comme un acte de communication politique autant que comme un recadrage administratif. Dans un contexte où les délestages électriques et les pénuries d’eau sont devenus un sujet majeur de mécontentement populaire, il était essentiel pour l’exécutif de montrer qu’il ne se satisfait pas d’explications jugées trop théoriques.
En adoptant ce ton ferme, Brice Clotaire Oligui Nguema envoie un message clair : l’heure n’est plus aux justifications techniques, mais aux résultats concrets.
Une crise aux racines profondes
Cependant, derrière cette séquence politique se cache une réalité plus complexe. Les difficultés de distribution d’eau et d’électricité au Gabon trouvent leur origine dans des infrastructures vieillissantes, une urbanisation rapide et des investissements longtemps insuffisants.
Le réseau exploité par la Société d’énergie et d’eau du Gabon reste soumis à d’importants aléas techniques : stations de pompage saturées, canalisations anciennes, capacité de production électrique insuffisante face à la croissance de la demande.
Autrement dit, si la poussée d’Archimède peut prêter à sourire dans le débat public, elle renvoie malgré tout à une vérité : les problèmes du secteur sont aussi profondément techniques et structurels.
Entre symboles et solutions
Cette rencontre illustre finalement une tension classique dans la gouvernance des services publics. D’un côté, des ingénieurs confrontés à des réalités physiques et techniques parfois complexes ; de l’autre, un pouvoir politique soumis à l’urgence sociale et à l’exigence de résultats.
Entre la logique de la science et celle de la politique, l’équilibre est souvent délicat.
Mais pour les habitants de Libreville comme pour ceux de l’intérieur du pays, la question demeure simple : peu importe les lois de la physique invoquées, ce qui compte est que l’eau coule au robinet et que la lumière reste allumée.
Et c’est précisément sur ce terrain, celui des résultats concrets, que sera jugée, dans les mois à venir, la capacité des autorités et des opérateurs du secteur à transformer la pression politique du moment en amélioration réelle du quotidien.
Simplice Rabaguino

