Libreville, (GM)- Alors que le SARS-CoV-2 continue d’évoluer et de produire des variants de plus en plus résistants, la recherche médicale mondiale se concentre désormais sur une urgence complémentaire à la vaccination : développer des traitements efficaces, sûrs et mieux tolérés.
C’est dans ce contexte qu’une étude menée à l’Université du Sud du Texas (Houston) par la doctorante gabonaise Brett Lavigna Affiwa Tapoyo met en lumière un candidat pharmacologique prometteur : OJT003.
Ce composé, déjà connu pour son activité contre la souche initiale du virus, vient d’être évalué contre le variant Omicron, avec des résultats jugés encourageants.
Un besoin pressant de nouvelles thérapies
L’émergence de variants comme Omicron a montré les limites de certaines stratégies basées uniquement sur l’immunité vaccinale. Si les vaccins restent essentiels pour réduire les formes graves, la circulation persistante du virus souligne l’importance de traitements capables de limiter les effets de l’infection, notamment chez les personnes vulnérables.
L’ambition portée par les chercheurs est claire : concevoir un médicament efficace contre le COVID-19 sans provoquer d’effets secondaires sévères, contrairement à certains traitements déjà disponibles sur le marché américain.
Une approche ciblant le récepteur humain ACE2
Contrairement aux médicaments qui attaquent directement le virus, OJT003 adopte une stratégie différente. Il cible le récepteur ACE2 humain (hACE2), une protéine située à la surface des cellules et utilisée par le SARS-CoV-2 comme porte d’entrée.
En s’attachant à cette cible, OJT003 pourrait empêcher ou perturber l’interaction entre le virus et les cellules humaines, réduisant ainsi les dommages cellulaires.
Des travaux antérieurs avaient déjà montré que ce composé diminuait les effets cytopathiques (ECP), c’est-à-dire les dégâts observés sur les cellules infectées, avec le virus de type sauvage.
OJT003 efficace contre Omicron en laboratoire
Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont testé OJT003 contre le variant Omicron. Les résultats expérimentaux sont significatifs :
le composé réduit efficacement les effets cytopathiques provoqués par Omicron, confirmant qu’il conserve une activité malgré les mutations importantes de ce variant.
Cette première validation a conduit l’équipe à approfondir l’analyse afin de comprendre précisément le mécanisme moléculaire du composé.
Des simulations avancées pour comprendre le mécanisme d’action
Pour explorer l’interaction entre OJT003 et les structures clés impliquées dans l’infection, les chercheurs ont utilisé des méthodes de biologie computationnelle.
Des simulations d’amarrage moléculaire (docking) et de dynamique moléculaire sur 50 nanosecondes ont été réalisées avec le logiciel Amber 14, en comparant deux configurations :
- la souche type sauvage (WT)
- le variant Omicron (OM)
Les analyses se sont concentrées sur deux éléments majeurs :
- le site exopeptidase du récepteur hACE2
- le domaine de liaison au récepteur (RBD) de la protéine Spike.
Le telmisartan, un médicament connu, a été utilisé comme référence afin de comparer la force de liaison des complexes étudiés.
Une affinité réduite pour Omicron, mais une stabilité remarquable
Les calculs MM/GBSA, utilisés pour estimer la force de liaison entre molécules, ont révélé que le telmisartan se liait plus fortement que OJT003 aux cibles analysées.
Les valeurs énergétiques observées indiquent :
- WT_Telmisartan : −18,35 kcal/mol
- OM_Telmisartan : −15,50 kcal/mol
- OM_OJT003 : −7,24 kcal/mol
Ces résultats montrent que la liaison d’OJT003 est plus faible, surtout avec Omicron, probablement à cause des mutations qui modifient la structure du virus.
Cependant, un point important nuance cette conclusion : malgré une affinité plus faible, les analyses structurales ont montré que les complexes formés par OJT003 restent globalement stables.

Les systèmes étudiés ont conservé un bon équilibre structural, même si les complexes Omicron ont présenté une flexibilité plus importante, suggérant une déstabilisation induite par les mutations.
Vers un mécanisme d’action différent du simple blocage Spike–ACE2
L’un des apports majeurs de l’étude est l’hypothèse d’un mécanisme alternatif. Les chercheurs estiment que OJT003 pourrait agir autrement que par un simple blocage direct de l’interaction entre Spike et ACE2.
Autrement dit, même si la molécule ne se fixe pas très fortement au variant Omicron, elle pourrait malgré tout réduire les effets cytopathiques en influençant d’autres paramètres biologiques liés à l’infection.
Cette hypothèse permet d’expliquer la cohérence entre les simulations informatiques et les résultats expérimentaux.
Une recherche orientée vers un futur médicament
Au-delà des résultats théoriques, le projet s’inscrit dans une démarche pharmaceutique complète visant à aboutir à un traitement concret. Selon la doctorante Brett Lavigna Afiwa Tapoyo, le travail repose sur deux axes :
- comprendre en profondeur le mécanisme d’action d’OJT003 par des outils de pharmacologie et de modélisation,
- développer des formulations pharmaceutiques adaptées pour permettre des études précliniques.
L’objectif est de respecter toutes les étapes nécessaires avant une éventuelle utilisation humaine : tests sur modèles animaux, validation de la sécurité et de l’efficacité, puis essais cliniques encadrés.
Les prochaines étapes : formulation et essais précliniques
Les chercheurs soulignent que l’étape suivante est décisive : transformer ce candidat pharmacologique en produit utilisable, en élaborant des formulations adaptées et stables.
Avant toute application chez l’humain, les essais devront suivre un processus rigoureux :
- tests précliniques sur animaux dans un cadre éthique,
- obtention de résultats solides et reproductibles,
- évaluation des effets secondaires,
- puis, seulement, lancement d’essais cliniques.
Une piste sérieuse dans la lutte contre les variants
Malgré la complexité des mutations d’Omicron, cette étude apporte un signal important : OJT003 reste actif en laboratoire et forme des complexes structuraux stables, ce qui renforce son intérêt comme candidat thérapeutique.
Dans un contexte où le virus continue d’évoluer, ces résultats ouvrent la voie à une approche différente : au lieu de chercher uniquement à bloquer l’entrée du virus, il pourrait être possible de réduire son impact sur les cellules et limiter les dégâts biologiques.
Paul Nkori

