Gabon / la Cour des Comptes et les 1700 milliards : c’est quoi la suite ?

Libreville, (GM)- Le départ d’Alex Euv Moutsiangou de la tête de la Cour des comptes, au lendemain de l’annonce retentissante d’un vaste chantier de recouvrement, interroge nécessairement.

Réunie ce mercredi 16 septembre 2026 au Palais présidentiel de Port-Gentil, sous la présidence du chef de l’État et président du Conseil supérieur de la magistrature, cette instance a procédé à plusieurs nominations et affectations au sein de la magistrature. Parmi les décisions annoncées figure le remplacement d’Alex Euv Moutsiangou à la tête de la Cour des comptes par Pamphile Moussavou Ibouanga.

Quelques jours seulement auparavant, l’ancien Premier président de la juridiction financière avait placé au centre du débat public un chiffre pour le moins spectaculaire : près de 1 700 milliards de francs CFA de débets et d’amendes à recouvrer au profit de l’État. Un montant qui ne correspond pas à une créance apparue en 2026, mais au cumul de décisions financières rendues sur plusieurs années. La Cour des comptes avait, à l’occasion de son bilan d’activité, annoncé vouloir renforcer le suivi de l’exécution de ces décisions et le recouvrement des sommes dues.

Un calendrier qui interpelle

Dès lors, une question s’impose : le remplacement d’Alex Euv Moutsiangou est-il lié, de quelque manière que ce soit, à son activisme autour de ce dossier ? La tentation de répondre par l’affirmative est compréhensible. Elle serait toutefois prématurée. En effet, à ce stade, aucun élément officiel ne permet d’établir que le changement de Premier président de la Cour des comptes serait une conséquence de ses prises de parole sur les 1 700 milliards. Le communiqué du Conseil supérieur de la magistrature ne fournit d’ailleurs aucun motif particulier permettant de relier les deux événements.

Mais l’absence de lien officiellement établi n’interdit pas de poser la question. Car il faut reconnaître que la communication d’Alex Euv Moutsiangou avait contribué à sortir le sujet des débets du cercle relativement fermé des spécialistes des finances publiques pour le porter dans l’espace public.

Pour certains, cette exposition médiatique pouvait relever d’une certaine volonté pédagogique, à savoir celle d’expliquer aux citoyens que les décisions d’une juridiction financière ne devraient pas rester théoriques et que les sommes dues à l’État doivent, autant que possible, être effectivement recouvrées.

Pour d’autres, une telle communication pouvait susciter des interrogations sur la manière de présenter des décisions financières anciennes, leurs montants cumulés et leur contexte.

Le véritable enjeu commence maintenant

Au-delà du sort personnel du désormais ancien Premier président, c’est surtout le devenir de ce dossier épineux des 1 700 milliards qui mérite dorénavant une vive attention. Car le chiffre a été rendu public. Il a marqué l’opinion. Il a suscité des interrogations sur la gestion passée des deniers publics et sur l’effectivité des décisions rendues par la justice financière.

La question essentielle n’est donc plus seulement de savoir pourquoi Alex Euv Moutsiangou quitte-t-il la Cour des comptes. Elle est aussi de savoir ce qui va advenir de ces décisions financières dont le recouvrement a été annoncé comme une priorité.

Toutefois, le changement de direction ne devrait logiquement pas signifier l’abandon du chantier. La justice financière étant une institution, et non la propriété de celui ou celle qui la dirige, les procédures et décisions qu’elle produit sont censées survivre aux changements de personnes. C’est précisément sur ce terrain que le nouveau Premier président, Pamphile Moussavou Ibouanga, sera attendu.

Du chiffre à la réalité

Les 1 700 milliards ont produit leur effet médiatique. Mais un montant annoncé n’est pas encore un montant recouvré.

Entre une décision juridictionnelle, son caractère exécutoire, l’identification des débiteurs, les procédures de recouvrement et l’encaissement effectif des sommes, il existe toute une chaîne qu’il faudra désormais suivre avec précision. C’est probablement là que se situe la véritable épreuve de crédibilité pour la juridiction financière.

Le Gabon saura-t-il transformer ce chiffre spectaculaire en résultats budgétaires mesurables ? Combien a déjà été recouvré ? Combien reste effectivement exigible ? Sur quelles périodes portent les décisions ? Combien de débiteurs sont concernés ? Quelles procédures ont été engagées ? Et surtout, quel montant l’État peut-il raisonnablement espérer récupérer ?

Autant de questions auxquelles l’opinion publique est désormais en droit d’attendre des réponses documentées.

Une page tournée, un dossier qui demeure

Alex Euv Moutsiangou quitte donc la présidence de la Cour des comptes et doit rejoindre le Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature comme conseiller. A sa place arrive un magistrat qui connaît déjà la juridiction financière.

Mais la meilleure réponse à notre question ne viendra finalement ni des spéculations ni des commentaires : elle viendra des actes.

Le recouvrement sera-t-il poursuivi ? Les résultats seront-ils régulièrement publiés ? Les décisions anciennes seront-elles effectivement exécutées ?

A la nouvelle direction de la Cour des comptes de dire et montrer ce qu’il en sera.

Paul Nkori

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