Libreville, (GM)- Le professeur titulaire des Sciences du langage se dit favorable à une éventuelle fusion avec un autre département et plaide surtout pour une transformation de l’offre universitaire
Le débat sur l’avenir de certaines formations dispensées à l’Université Omar Bongo (UOB) pourrait prendre une nouvelle dimension. Dans un message adressé à ses collègues du département des Sciences du langage, le Professeur titulaire Daniel Franck Idiata prend position en faveur d’une éventuelle réorganisation de la structure universitaire, allant jusqu’à se déclarer favorable à une possible fusion de son département avec celui des Littératures africaines.
Cette prise de position intervient alors que plusieurs enseignants auraient fait part de leur inquiétude concernant une éventuelle réforme évoquée au niveau de la gouvernance de l’UOB. Selon les informations rapportées au professeur Idiata, le directeur du département aurait indiqué, lors d’une réunion départementale tenue récemment, que le recteur envisagerait une décision allant dans ce sens.
Le principal intéressé prend toutefois soin de préciser qu’il s’exprime sous réserve de la confirmation officielle de ce projet.
« Osons la réforme »
Pour Daniel Franck Idiata, l’éventuelle fusion ne doit pas être abordée uniquement sous l’angle de la défense des structures existantes. Elle devrait plutôt être replacée dans une réflexion plus large sur l’avenir de l’université gabonaise et l’adéquation entre les formations proposées et les besoins du marché du travail.
Le professeur relève notamment la diminution des effectifs étudiants dans certaines filières, l’inadéquation entre certaines formations et les besoins de l’emploi ainsi que l’augmentation du nombre de diplômés confrontés à des difficultés d’insertion professionnelle. Une situation qui, selon lui, impose à la communauté universitaire de « s’interroger collectivement sur l’avenir de nos formations ».
Cette réflexion dépasse d’ailleurs le seul cadre des Sciences du langage. Le professeur interroge plus largement le fonctionnement de la Faculté des Lettres et Sciences humaines, notamment face à l’afflux d’étudiants dans des disciplines comme la psychologie, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie ou encore les sciences du langage.
Pour autant, Daniel Franck Idiata refuse de voir dans cette analyse une remise en cause de la valeur scientifique de ces disciplines.
Préserver les disciplines, repenser leur articulation
Le professeur défend au contraire l’idée selon laquelle les sciences humaines demeurent indispensables à la compréhension de l’homme, des sociétés, des cultures et des langues. Le problème résiderait davantage, selon lui, dans leur organisation actuelle et dans les modalités de professionnalisation offertes aux étudiants.
Depuis l’adoption du système Licence-Master-Doctorat (LMD), Daniel Franck Idiata dit ainsi soutenir une évolution progressive d’un modèle universitaire essentiellement organisé autour des départements vers une architecture reposant davantage sur des parcours de formation diversifiés, flexibles et orientés vers les compétences. Dans cette logique, l’étudiant pourrait construire un parcours combinant plusieurs domaines disciplinaires en fonction de son projet personnel et professionnel.
Un étudiant issu des Sciences du langage pourrait, par exemple, compléter sa formation par des enseignements en droit ou en économie. Une telle approche permettrait, selon le professeur, de développer des profils plus polyvalents et susceptibles de répondre à une plus grande diversité de besoins professionnels.
Il ne s’agirait donc pas de supprimer les disciplines, mais de favoriser leur complémentarité.
Vers une université davantage connectée aux besoins du pays ?
Derrière la question d’une éventuelle fusion départementale se dessine ainsi une interrogation beaucoup plus vaste : quelle université pour le Gabon de demain ? Pour Daniel Franck Idiata, l’enseignement supérieur doit être davantage articulé aux réalités économiques, sociales et culturelles du pays.
Il appelle, dans cette perspective, à fournir au gouvernement des analyses et des outils d’aide à la décision susceptibles d’accompagner une réforme plus profonde du système universitaire. L’enjeu serait notamment de mieux articuler les savoirs académiques, les compétences professionnelles et les besoins du développement national.
Cette réflexion prend également une dimension politique puisque le professeur estime que la mise en œuvre du projet de société du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, suppose une adaptation des curricula des universités, des établissements d’enseignement supérieur et des structures de formation professionnelle aux réalités du pays.
Une position favorable, mais sous condition
En définitive, Daniel Franck Idiata affirme son soutien à la perspective évoquée par le Professeur Jean-Jacques Tony Ekomie, tout en posant une condition essentielle : que le projet soit effectivement envisagé par les autorités universitaires et qu’il fasse l’objet d’une concertation approfondie avec les différentes parties prenantes.
Au-delà de la seule question d’une fusion entre départements, son message pose donc une question de fond : faut-il continuer à organiser l’université principalement autour de frontières disciplinaires héritées, ou faut-il progressivement construire des parcours plus interdisciplinaires, plus flexibles et davantage connectés aux réalités de l’emploi ?
Pour le professeur titulaire des Sciences du langage, le choix semble devoir être celui de la transformation. « Osons la réforme. Osons nous départir de certaines habitudes devenues inadaptées. Osons engager la mutation de notre Université avec lucidité, responsabilité et ambition », exhorte-il.
Le débat est désormais posé.
Paul Nkori

