Libreville, (GM)- Un peu moins de quatre mois après son lancement officiel, la Centrale d’achat du Gabon (CEAG) fait encore l’objet de vives critiques de la part de nombreux observateurs, dont l’association SOS Consommateurs.
Dans un communiqué de presse publié ce jeudi 6 août, son président, Christian Richard Abiaghe Ngomo, estime que l’établissement, présenté comme un instrument majeur de lutte contre la vie chère, s’est progressivement éloigné de sa mission initiale.
Des attentes immenses, un bilan jugé décevant
Créée en août 2025 et officiellement lancée le 10 avril 2026, la CEAG avait suscité de fortes attentes auprès des ménages gabonais. Constituée sous la forme d’une société d’économie mixte, dotée d’un capital social d’un milliard de FCFA, elle devait contribuer à réduire durablement le coût d’une cinquantaine de produits de première nécessité grâce à une meilleure organisation des importations et des approvisionnements.
Selon SOS consommateurs, cet espoir a plutôt laissé place à une profonde déception. L’association considère que les marchés itinérants organisés par la CEAG à Akanda, Owendo, Nzeng-Ayong, Sibang et Minvoul, ainsi que celui annoncé à Makokou, ne constituent pas une réponse durable aux difficultés rencontrées quotidiennement par les consommateurs.
L’organisation estime notamment que des opérations commerciales organisées de manière ponctuelle ne correspondent pas aux habitudes de consommation des ménages, qui effectuent leurs achats au jour le jour en fonction de leurs ressources. Elle souligne également que les fréquentes perturbations de l’alimentation électrique rendent difficile la conservation de stocks alimentaires importants dans de nombreux foyers.
Une centrale d’achat devenue opérateur commercial ?
Au-delà de cette critique, SOS Consommateurs s’interroge sur l’évolution même du rôle de la CEAG. L’association rappelle que les missions prévues par les statuts de cette structure consistaient essentiellement à centraliser les commandes, négocier les importations, réguler les approvisionnements et encadrer les opérateurs intervenant sur le marché des produits essentiels.
Or, selon elle, les déclarations récentes de la direction générale traduisent une volonté d’assurer directement l’importation, l’approvisionnement et la commercialisation des produits, ce qui reviendrait à transformer la centrale d’achat en opérateur commercial.
Des interrogations sur la gouvernance et la transparence
Cette évolution soulève, selon le communiqué, plusieurs interrogations relatives à la gouvernance du dispositif. SOS Consommateurs évoque notamment la présence, lors des marchés itinérants, de produits provenant d’un importateur privé qui ne figurerait pas parmi les actionnaires fondateurs de la CEAG. L’association demande que toute la lumière soit faite sur les éventuels avantages économiques, fiscaux ou douaniers accordés à cet opérateur ainsi que sur les conditions de sélection des fournisseurs.
Des effets redoutés sur la concurrence
Le communiqué attire également l’attention sur les conséquences économiques de ce modèle. SOS Consommateurs estime que les petits commerçants sont particulièrement pénalisés par une concurrence bénéficiant de conditions jugées privilégiées, créant ainsi une distorsion susceptible de fragiliser durablement le commerce de proximité.
L’association relève par ailleurs une autre source d’interrogation : la coexistence entre les activités de la CEAG et le dispositif national de lutte contre la vie chère, fondé notamment sur la mercuriale des prix. Elle appelle le Gouvernement à clarifier l’articulation entre ces deux mécanismes afin d’améliorer la lisibilité de la politique publique.
Un audit indépendant réclamé
Face à ces constats, SOS Consommateurs plaide pour la réalisation d’un audit indépendant de la CEAG. Celui-ci devrait, selon elle, évaluer l’impact réel de la centrale sur les prix, les modalités d’approvisionnement, la sélection des fournisseurs, les effets sur la concurrence, ainsi que la qualité et la traçabilité des produits commercialisés.
L’organisation recommande également un recentrage de la CEAG sur sa vocation initiale de centrale d’achat et de régulation des importations, une plus grande transparence dans sa gouvernance ainsi que le renforcement des mécanismes structurels de lutte contre la vie chère.
Une réforme jugée nécessaire pour restaurer la confiance
« La lutte contre la vie chère ne peut se résumer à des foires commerciales ponctuelles. Elle exige une politique publique cohérente, permanente et transparente », conclut le communiqué, dans lequel SOS Consommateurs réaffirme sa volonté de poursuivre son action en faveur de la défense des consommateurs et du pouvoir d’achat des ménages gabonais.
VYL

