Libreville, (GM)- Le classement du Gabon au troisième rang des pays les plus dangereux au monde pour voyager seul, publié par le comparateur américain d’assurances voyage Squaremouth, suscite une vive réaction des autorités en charge du tourisme.
Dans une analyse détaillée publiée sur sa page Facebook, la présidente du Conseil d’administration de l’Agence gabonaise de développement et de promotion du tourisme et de l’hôtellerie (AGATOUR), Estelle Flore Angangou, dénonce un « titre sensationnel » susceptible de porter gravement atteinte aux efforts engagés pour promouvoir la destination Gabon.
Selon cette étude de Squaremouth, le Gabon obtient un indice global de risque de 8,51 sur 10, se classant derrière le Venezuela et la Colombie. Un résultat qui a surpris les responsables gabonais, d’autant que le pays est positionné devant plusieurs destinations souvent associées à une criminalité plus élevée, comme le Pérou, la Bolivie, l’Équateur, la Jamaïque ou encore l’Afrique du Sud.
Une méthodologie contestée
Pour Estelle Flore Angangou, la présentation de ce classement entretient une confusion entre dangerosité et faiblesses du système de santé. Elle souligne que le principal facteur ayant pénalisé le Gabon est l’accès aux soins, avec un score particulièrement faible lié notamment au nombre limité de lits d’hôpital par habitant.
« Assimiler cette réalité sanitaire à une insécurité généralisée est trompeur », estime-t-elle, rappelant que le classement repose sur plusieurs critères combinés, parmi lesquels la criminalité, la stabilité, les catastrophes naturelles, la connectivité mobile et les infrastructures de santé.
La responsable d’Agatour s’interroge également sur le choix du calendrier de publication de cette étude, intervenue alors que le gouvernement multiplie les initiatives pour renforcer l’attractivité touristique du pays.
Des réformes pour faire du tourisme un levier économique
Ces derniers mois, le ministère du Tourisme durable et de l’Artisanat a lancé plusieurs projets structurants destinés à repositionner le Gabon sur le marché international. Parmi eux figurent la troisième édition de la Caravane touristique, organisée du 17 juillet au 6 septembre 2026, la présentation de la Stratégie nationale du tourisme durable et de la dynamisation de l’artisanat, ainsi que la publication du Guide officiel de voyage du Gabon 2026 et du Guide de l’investissement touristique, destinés à attirer investisseurs et visiteurs.
Ces actions s’inscrivent dans la politique de diversification économique portée par le président de la République, qui fait du tourisme et de l’artisanat deux secteurs appelés à contribuer davantage à la croissance et à la création d’emplois.
Le Gabon met en avant ses atouts
Les autorités rappellent que le Gabon demeure l’une des destinations écotouristiques les plus riches d’Afrique, avec plus de 80 % de son territoire recouvert de forêt, 13 parcs nationaux, une biodiversité exceptionnelle et près de 900 kilomètres de façade atlantique.
Afin de renforcer la sécurité des visiteurs, une Brigade touristique a notamment été déployée dans le cadre de la Caravane touristique. Les voyageurs sont également encouragés à faire appel à des agences agréées et à des guides professionnels pour leurs déplacements, notamment dans les parcs nationaux.
Reconnaître les défis sanitaires sans dénaturer la réalité
Sans nier les insuffisances du système de santé, Estelle Flore Angangou rappelle que plusieurs réformes sont actuellement engagées : adoption d’un nouveau Code de la santé, acquisition d’équipements biomédicaux, modernisation des infrastructures hospitalières, gratuité des soins d’urgence durant les premières 24 heures, audits des grands établissements sanitaires et poursuite de la digitalisation du système de santé.
Pour la présidente du Conseil d’administration d’Agatour, ces difficultés ne sauraient suffire à qualifier le Gabon de « troisième pays le plus dangereux au monde ».
Une image touristique en jeu
Au-delà de la polémique, les responsables du tourisme estiment qu’un tel classement risque d’influencer les décisions des voyageurs et des compagnies d’assurance, au détriment d’une destination qui cherche à renforcer sa visibilité internationale.
Tout en reconnaissant que le risque zéro n’existe dans aucun pays, Agatour plaide pour une lecture plus nuancée des indicateurs internationaux et insiste sur le fait que les principales réserves formulées par Squaremouth concernent avant tout les capacités du système de santé, et non une situation de violence ou d’insécurité généralisée.
Pour les autorités gabonaises, la promotion du « Dernier Éden » africain passe désormais autant par la valorisation de ses richesses naturelles que par une communication capable de corriger les perceptions jugées injustes sur la destination.
VYL

