Différend territorial entre le Gabon et la Guinée équatoriale : ce qui a été signé à Addis-Abeba… et ce qui ne l’a pas été

Libreville, (GM)- La signature, ce mardi 28 juillet 2026, d’un Accord d’engagement conjoint entre le Gabon et la Guinée équatoriale, sous l’égide de l’Union africaine (UA), constitue une nouvelle étape dans le règlement du différend territorial qui a opposé les deux États devant la Cour internationale de Justice (CIJ).

Au-delà de sa portée juridique, cet acte revêt une forte dimension diplomatique et politique. Il traduit la volonté commune de Libreville et de Malabo de faire de l’exécution d’une décision de justice internationale un processus concerté plutôt qu’une source de nouvelles tensions.

Un accord d’application, pas une renégociation de l’arrêt

L’un des principaux enseignements de cet accord est qu’il ne remet nullement en cause l’arrêt rendu par la Cour internationale de Justice le 19 mai 2025. Celui-ci demeure définitif et obligatoire pour les deux États.

Le texte signé à Addis-Abeba n’a donc pas pour objet de renégocier la décision de la CIJ, encore moins de modifier les droits reconnus à l’une ou l’autre des parties. Il établit un cadre destiné à organiser sa mise en œuvre de manière progressive, ordonnée et pacifique, conformément au droit international.

Cette distinction est essentielle. Une partie de la polémique suscitée par l’annonce de cette signature est née d’une confusion entre le contenu de la décision de justice et les modalités pratiques de son exécution. En réalité, l’accord constitue un mécanisme d’application et non un nouvel arbitrage.

Une mise en œuvre qui ne se limite pas à l’île de Mbanié

Contrairement à une perception largement répandue, les conséquences de l’arrêt de la CIJ ne concernent pas uniquement les îles de Mbanié, Cocotiers et Conga, ni les espaces maritimes qui leur sont associés. Elles s’étendent également à la frontière terrestre entre le Gabon et la Guinée équatoriale.

Dans son arrêt du 19 mai 2025, la Cour a retenu comme fondement juridique le traité franco-espagnol du 27 juin 1900, qui fixe la délimitation des possessions coloniales françaises et espagnoles dans cette partie de l’Afrique centrale. En conséquence, la mise en œuvre de la décision implique également que les deux États procèdent, d’un commun accord, aux opérations techniques nécessaires à la matérialisation de cette frontière sur le terrain, lorsque cela s’avère nécessaire.

L’accord signé à Addis-Abeba offre précisément un cadre politique et diplomatique permettant d’aborder ces différentes questions de manière coordonnée. Il ne s’agit donc pas uniquement de tirer les conséquences de la décision concernant les territoires insulaires. Il également question d’organiser l’ensemble des mesures découlant de l’arrêt, y compris celles relatives à la délimitation terrestre conformément aux dispositions du traité de 1900.

La diplomatie africaine en soutien du droit international

L’Union africaine n’est pas intervenue comme une juridiction parallèle. Son rôle a consisté à accompagner les deux États dans la phase post-contentieuse afin de faciliter un dialogue permanent et d’éviter que l’exécution de l’arrêt ne ravive les tensions.

La nomination de l’ambassadeur Albert Shingiro comme envoyé spécial, les consultations conduites sous son autorité ainsi que la réunion de haut niveau du 14 février 2026 entre les présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo illustrent cette diplomatie de facilitation.

L’UA cherche ainsi à démontrer que les différends entre États africains peuvent être réglés non seulement devant les juridictions internationales, mais également dans un esprit de coopération politique une fois la décision rendue.

Le choix du dialogue plutôt que de la confrontation

Les déclarations prononcées lors de la cérémonie convergent vers une même idée qui est celle de privilégier la paix.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a présenté cet accord comme l’expression du dialogue, de la coopération et du bon voisinage. Le représentant gabonais, Dieudonné Aba’a Owono, y voit un acte de confiance mutuelle susceptible de contribuer à la stabilité de l’Afrique centrale.

Le ministre équato-guinéen Simeon Oyono Esono Angue a, pour sa part, insisté sur la responsabilité historique des deux pays de démontrer qu’une décision juridictionnelle internationale peut être appliquée avec sérénité et bonne foi.

Enfin, le président du Conseil exécutif de l’Union africaine, Édouard Bizimana, a qualifié cette démarche de démonstration de maturité politique, en opposant le dialogue au recours à la force.

Une leçon pour le débat public

Au-delà de la diplomatie, cette séquence rappelle l’importance de distinguer les faits des interprétations. La publication d’informations incomplètes ou mal comprises a rapidement alimenté des commentaires affirmant que le Gabon aurait accepté une renégociation de la décision de la CIJ, voire consenti à de nouvelles concessions territoriales. Or, le communiqué officiel de l’Union africaine indique clairement que l’accord vise exclusivement la mise en œuvre de l’arrêt du 19 mai 2025. Cette mise en œuvre englobe l’ensemble des conséquences juridiques de la décision, qu’elles concernent les espaces insulaires, les espaces maritimes ou la délimitation de la frontière terrestre conformément au traité franco-espagnol de 1900.

Une avancée diplomatique à confirmer sur le terrain

La signature de l’accord ne marque pas l’aboutissement définitif du processus, mais l’ouverture d’une nouvelle phase, en l’occurrence celle de l’exécution effective des engagements pris par les deux États.

Le véritable test résidera désormais dans la capacité du Gabon et de la Guinée équatoriale à traduire cet engagement politique en mesures concrètes, qu’il s’agisse de la délimitation des frontières, des opérations techniques de démarcation, de la coopération entre les administrations concernées ou de la préservation d’un climat de confiance réciproque.

En saluant cette avancée, l’Union africaine réaffirme sa conviction que le règlement pacifique des différends demeure l’un des piliers de la stabilité du continent. Pour Libreville comme pour Malabo, l’enjeu dépasse désormais le seul contentieux territorial. Il s’agit de démontrer qu’en Afrique, le respect du droit international et le dialogue diplomatique peuvent durablement l’emporter sur la logique de confrontation.

Raphael Mouissi

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