Libreville, (GM)- C’est désormais légalement acté : le Gabon franchit une nouvelle étape dans la promotion de son identité culturelle au sein des institutions publiques. Le décret n°0215/PR du 06 mai 2026, instituant le port obligatoire de la tenue africaine tous les vendredis ouvrables dans l’ensemble de l’administration publique gabonaise, vient d’être publié au journal officiel.
Porté par le ministère de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement Culturel et des Arts, chargé de la Vie associative, ce texte vient encadrer de manière précise une pratique déjà répandue dans certains services de l’État.
Une obligation nationale dans tous les services publics
Selon l’article 2 du décret, la mesure concerne tous les agents publics civils, et s’applique durant les heures de service, dans tous les locaux affectés au fonctionnement des services publics. L’objectif affiché est clair : renforcer l’enracinement culturel et la valorisation du patrimoine vestimentaire national et africain au sein des institutions.
Le décret s’appuie notamment sur plusieurs textes fondamentaux, dont la Constitution, le statut général de la Fonction publique, ainsi que le Code de déontologie de la Fonction publique. Il complète également le décret de 2010 déjà relatif à la tenue vestimentaire dans l’administration.
Qu’est-ce qu’une tenue africaine selon le décret ?
Le texte définit la tenue africaine comme toute tenue confectionnée à partir de tissus africains (pagne, raphia, tissus traditionnels) ou inspirée du patrimoine vestimentaire gabonais et africain.
Pour les hommes, sont notamment cités :
- le pantalon en tissu uni avec chemise en pagne africain, sans cravate ;
- la veste de type abacost en pagne ;
- l’ensemble traditionnel en pagne ou en raphia ;
- le boubou long.
Pour les femmes, le décret mentionne :
- la grande robe en pagne ;
- l’ensemble pagne-corsage ;
- le pagne d’apparat accompagné d’un foulard ou accessoire traditionnel ;
- la robe en tissu africain traditionnel.
Le texte insiste toutefois sur une exigence centrale : la tenue doit être décente, conforme aux impératifs du service public, et compatible avec les exigences d’hygiène, de sécurité et de dignité administrative.
Des exceptions prévues pour certaines administrations
L’article 4 exclut explicitement de cette obligation :
- les forces de défense et de sécurité ;
- les personnels soumis à un uniforme ou à une tenue professionnelle spécifique.
Ainsi, les administrations militaires ou certains corps techniques continueront de fonctionner selon leurs normes vestimentaires habituelles.
Un contrôle hiérarchique et des sanctions possibles
Le respect du décret sera assuré par les responsables hiérarchiques : chefs de service, directeurs, directeurs généraux, et toute autorité investie d’un pouvoir d’encadrement administratif.
L’article 5 prévoit qu’un agent refusant de se conformer à la règle pourra se voir refuser l’accès aux services, sans préjudice de sanctions disciplinaires prévues par les textes en vigueur. Une disposition qui souligne la volonté des autorités d’imposer une application stricte.
Une mesure symbolique dans un contexte de valorisation culturelle
Au-delà de l’aspect administratif, cette décision apparaît comme une mesure hautement symbolique. En institutionnalisant le port de la tenue africaine dans les services publics, les autorités gabonaises entendent renforcer la visibilité des traditions nationales et encourager l’appropriation culturelle dans la vie professionnelle.
Le décret a été signé à Libreville le 06 mai 2026, contresigné notamment par plusieurs membres du Gouvernement, dont le ministre de la Jeunesse et des Sports Paul Ulrich Kessany, la ministre des Affaires étrangères Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbeneny, ainsi que la ministre de la Fonction publique Laurence Mengue Me Nzoghe épouse Ndong.
Une application immédiate
Le décret précise enfin qu’il sera publié selon la procédure d’urgence, signe d’une mise en œuvre rapide dans les administrations concernées. Il abroge par ailleurs toutes dispositions antérieures contraires.
Depuis vendredi dernier et lors des prochains vendredis ouvrables, les agents publics civils gabonais devront donc se conformer à cette nouvelle exigence vestimentaire, qui s’inscrit dans une dynamique de promotion du patrimoine africain au cœur même de l’État.
Paul Nkori

