Libreville, (GM)- Une nouvelle tension oppose la direction générale de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa) au Syndicat national des travailleurs de l’Agasa (Synata). En cause : une procédure judiciaire initiée par le syndicat, qui conteste la légalité de la liste d’agents devant prêter serment, et une communication publique du directeur général, Jean Delors Biyogue, affirmant avoir remporté le procès.
Dans un droit de réponse rendu public, le Synata dénonce une présentation « trompeuse » de la décision du tribunal et estime que l’affaire est loin d’être terminée.
Une affaire née autour d’une prestation de serment
Selon les éléments communiqués, le litige porte sur la volonté de la direction générale de faire procéder à l’assermentation d’agents contrôleurs de l’Agasa. Une démarche présentée par la hiérarchie comme un acte de renforcement du fonctionnement de l’agence et de l’efficacité des contrôles.
De son côté, le Synata affirme ne pas s’opposer au principe de l’assermentation, mais à la présence, sur la liste proposée, d’agents qui ne disposeraient pas des qualifications techniques requises par les textes en vigueur, notamment les lois n°15/65 et n°7/77. Le syndicat évoque même le cas d’agents administratifs, y compris issus du service communication, qui seraient appelés à prêter serment en qualité d’Officiers de Police judiciaire, ce qu’il qualifie de « violation flagrante » de la loi.
Une communication publique qui cristallise les tensions
L’élément déclencheur de cette nouvelle passe d’armes est une publication attribuée au directeur général sur les réseaux sociaux. Jean Delors Biyogue y aurait affirmé que « le mal ne triomphera pas » et que l’Agasa aurait « gagné le procès », ajoutant que le tribunal aurait débouté le Synata et condamné le syndicat aux dépens.
Cette sortie a suscité une réaction immédiate du Synata, lequel juge « surprenant » qu’un responsable d’agence publique commente une procédure judiciaire en cours sur les réseaux sociaux, estimant qu’une telle attitude interroge sur « la maturité institutionnelle » de la Direction.
Le Synata conteste l’idée d’une victoire judiciaire
Sur le fond, le syndicat conteste fermement la lecture de la décision faite par le directeur général. Dans son droit de réponse, le sydicat insiste sur une distinction juridique essentielle : être « débouté » signifie que le juge a examiné le fond du dossier et donné tort au demandeur, tandis que l’« incompétence » signifie que le juge refuse de trancher, considérant qu’il n’est pas habilité à juger l’affaire.
Or, selon le synata, le tribunal ne se serait pas prononcé sur le fond mais se serait déclaré incompétent, renvoyant les parties vers le juge du fond. Le Synata estime donc que présenter cette décision comme une victoire est « juridiquement faux » et relève d’une « manipulation grossière ».
Le syndicat affirme par ailleurs que l’ordonnance mentionnerait une « contestation sérieuse », confirmant, selon lui, que le litige reste entier.
Une procédure relancée devant le juge du fond
Le Synata indique avoir saisi formellement le tribunal de Première instance de Libreville en annulation de la liste litigieuse. Autrement dit, l’affaire entrerait désormais dans une nouvelle phase, celle de l’examen du fond du dossier. « Le litige n’est pas clos. Il commence », écrit le syndicat, qui assure attendre « sereinement » la décision de la juridiction compétente, tout en affirmant vouloir s’y conformer.
Deux visions opposées de la légalité et du fonctionnement de l’agence
Derrière cet affrontement judiciaire et médiatique, deux lectures du rôle de l’AGASA semblent s’opposer.
Pour la direction générale, l’assermentation des agents s’inscrirait dans une dynamique de renforcement des capacités de contrôle et d’autorité des services. Une posture qui, selon ses partisans, viserait à consolider l’action publique dans un secteur sensible, celui de la sécurité alimentaire.

Pour le syndicat, le problème n’est pas l’objectif affiché, mais les moyens employés : le syndicat estime qu’une prestation de serment ne peut concerner que des agents répondant strictement aux exigences légales et techniques. Il affirme défendre « la légalité au sein de l’Agasa », et non s’attaquer à l’institution.
Une crispation révélatrice du climat social
Ce nouvel épisode intervient dans un contexte où les relations sociales au sein de l’Agasa ont déjà été marquées par des tensions. Le Synata rappelle notamment une grève survenue en octobre dernier, après laquelle le directeur général aurait lui-même reconnu publiquement la « bonne foi » du syndicat.
Ce rappel suggère qu’au-delà du contentieux juridique, la situation actuelle traduit aussi une dégradation du dialogue social, aggravée par l’usage des réseaux sociaux comme espace de confrontation.
Vers un arbitrage judiciaire décisif
A ce stade, la décision annoncée comme une victoire par la direction générale apparaît, selon la version du Synata, comme une étape procédurale et non un jugement sur le fond. La suite dépendra donc de l’examen du dossier par la juridiction compétente. Le tribunal devra trancher sur un point central : la conformité ou non de la liste d’agents concernés aux exigences légales, ainsi que la légitimité de la démarche engagée par la direction générale.
En attendant, ce dossier illustre une question plus large : comment concilier efficacité administrative, respect strict de la loi et apaisement du dialogue social dans une institution publique dont la mission touche directement à la protection des citoyens.
Paul Nkori

