Libreville, (GM)- L’information avait fait l’effet d’une onde de choc sur la scène diplomatique africaine. Selon plusieurs indiscrétions relayées dans les milieux politiques et médiatiques, l’Union Africaine aurait rejeté la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations Unies. Le camp de l’ancien président sénégalais dément.
Cette prétendue décision aurait été aggravée par un fait jugé politiquement embarrassant : le Sénégal, pays d’origine du candidat, se serait abstenu, laissant entendre une absence de soutien officiel de Dakar à l’ambition internationale de son ancien chef d’État.
Mais dans un communiqué publié ce 27 mars, le Pôle Communication de Macky Sall a tenu à rétablir ce qu’il qualifie de « réalité procédurale », en affirmant que l’Union africaine n’a pas formellement rejeté la candidature, mais qu’elle n’a pas réussi à adopter une décision de soutien en raison d’un blocage interne.
Une procédure silencieuse rompue par 20 États membres
Selon le communiqué, la Commission de l’Union Africaine a effectivement publié une note verbale datée du 27 mars 2026, indiquant que le projet de décision portant soutien officiel à Macky Sall n’a pas été adopté, en raison de la rupture de la procédure silencieuse par 20 États membres. Le Pôle Communication précise toutefois que ces 20 pays ne constituent pas un bloc uniforme d’opposition.
Sur ces 20 États,14 ont formulé une objection explicite au projet de décision, 6 ont seulement demandé une extension du délai, sans s’opposer formellement à la décision.
Autrement dit, selon l’entourage du candidat, le texte n’a pas été rejeté par vote ou par consensus négatif, mais stoppé par une procédure interrompue.
35 États n’ont exprimé aucune objection
Le communiqué insiste sur un chiffre : l’Union Africaine compte 55 États membres, et 35 États n’ont exprimé ni objection ni demande d’extension. Une manière, pour le camp Macky Sall, de suggérer qu’une majorité d’États africains ne s’est pas opposée à sa candidature, et que l’interprétation d’un rejet global serait exagérée.
Cette précision vise probablement à corriger l’image d’un isolement diplomatique du candidat, telle qu’elle a circulé depuis les premières annonces.
L’Égypte et le Libéria changent de position
Autre élément mis en avant : des évolutions rapides dans les positions de certains États membres. Le Pôle Communication affirme ainsi que la République Arabe d’Égypte, qui avait demandé une extension du délai, a retiré sa demande, et que le Libéria, initialement parmi les États objecteurs, a retiré son objection.
En conséquence, le nombre de pays maintenant une position bloquante serait désormais de 13 États objecteurs et de 5 États demandant une extension.
Ce réajustement est présenté comme une preuve que la situation reste mouvante et que le dossier est loin d’être clos.
« La candidature reste maintenue », assure le camp Sall
Le communiqué rappelle enfin que la candidature de Macky Sall a été déposée et enregistrée régulièrement le 2 mars 2026, et qu’elle demeure valable, malgré l’absence de soutien formel acté par l’Union Africaine. « La candidature reste maintenue », insiste le Pôle Communication, dans une formulation qui semble répondre aux spéculations sur un possible retrait forcé.
Une bataille diplomatique à haut risque
Si l’entourage du candidat tente de rassurer, l’épisode met en lumière les difficultés de l’Union Africaine à produire une position commune sur une candidature stratégique à l’échelle mondiale. L’éventuelle abstention du Sénégal, si elle se confirmait officiellement, pourrait également fragiliser la dynamique de campagne du candidat, en donnant l’impression que même son pays d’origine ne porte pas pleinement son ambition.
Dans une course aussi compétitive que celle du Secrétariat général des Nations Unies, l’absence de soutien unanime de l’Afrique peut peser lourd, tant symboliquement que politiquement, dans les négociations internationales.
Remerciements et message d’apaisement
Dans un ton plus conciliant, le Pôle Communication remercie le Bureau de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine ainsi que les États favorables au projet de décision. Il exprime également son respect envers les pays ayant exercé leur droit d’objection ou demandé un délai supplémentaire.
Enfin, le communiqué souligne le soutien exprimé par l’organisation Cités et gouvernements locaux Unis d’Afrique (CGLUA), à l’issue d’une réunion tenue le 25 mars 2026 à Nouakchott, ainsi que celui de plusieurs personnalités et organisations.
Une candidature encore en course, mais sous tension
En définitive, si l’Union Africaine n’a pas officiellement adopté une décision de soutien, le camp Macky Sall refuse de parler d’un rejet définitif. Pour ses partisans, l’épisode serait davantage un incident de procédure qu’un désaveu politique.
Reste que l’affaire révèle une réalité incontournable : la candidature de l’ancien président sénégalais, bien que maintenue, devra composer avec des résistances africaines internes et des équilibres diplomatiques délicats, au moment même où elle ambitionne de conquérir la plus haute fonction administrative du système onusien.
Paul Nkori

