Libreville, (GM)- La visite d’État de deux jours effectuée par Emmanuel Macron au Gabon a marqué une étape importante dans les relations entre les deux pays.
Dans un contexte de recomposition diplomatique en Afrique centrale, cette séquence aura livré plusieurs enseignements majeurs, tant sur le positionnement de la France que sur les ambitions du « Nouveau Gabon » porté par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Un geste politique fort : la France reconnaît la nouvelle ère gabonaise
L’un des signaux les plus marquants est la reconnaissance, de facto et sans ambiguïté, du régime issu de la transition post-Ali Bongo. En saluant un pays « engagé dans un tournant », Emmanuel Macron a officiellement adhéré à la nouvelle configuration politique gabonaise.
Dans une Afrique centrale où les partenariats hérités de la Françafrique sont de plus en plus contestés, ce geste vise à repositionner Paris comme un allié pragmatique, capable de composer avec les nouvelles dynamiques de souveraineté nationale.
Un partenariat redéfini : des accords plus économiques que militaires
Le volet économique au premier plan :
La modernisation du Transgabonais, devenue l’un des principaux chantiers annoncés, illustre la volonté de réorienter la coopération vers les infrastructures et la transformation locale des ressources.
Pour Libreville, l’enjeu est clair : sortir progressivement de l’économie de rente, réduire la dépendance aux exportations brutes et renforcer les capacités industrielles nationales.
Un nouveau cadre sécuritaire :
Sans renier la coopération militaire historique, Paris et Libreville ont redimensionné leur approche. Place à une présence française plus discrète, axée sur la formation, l’expertise et la protection des ressources naturelles. La création annoncée d’un centre de formation environnementale et anti-braconnage illustre cette évolution vers un modèle de « sécurité durable ».
Culture et jeunesse :
En inaugurant la rénovation de l’Institut Français du Gabon et en annonçant de nouveaux programmes de mobilité pour les étudiants gabonais, Macron a clairement affiché l’ambition de renforcer les liens humains et culturels, pierre angulaire de l’influence française. Le message est assumé : investir dans la jeunesse gabonaise, c’est investir dans l’avenir du partenariat.
Des attentes fortes et des questions qui demeurent
Si les engagements pris semblent ambitieux, plusieurs observateurs soulignent que le véritable défi reste leur mise en œuvre. Les grands projets d’infrastructures ont souvent été annoncés dans le passé sans jamais concrétisés. Cette fois, Libreville affirme vouloir s’appuyer sur une gouvernance plus efficace et une meilleure transparence. Mais le chemin reste long.
Par ailleurs, malgré la volonté affichée d’instaurer une coopération « respectueuse et égalitaire », les perceptions populaires restent contrastées. Pour certains, la visite de Macron illustre encore l’influence persistante de Paris. Pour d’autres, elle marque au contraire un basculement vers un partenariat modernisé.
Un voyage stratégique pour les deux capitales
En fin de compte, cette visite aura servi deux objectifs complémentaires :
Pour le Gabon : légitimer la nouvelle ère politique, attirer des investissements structurants et réaffirmer son rôle de pôle stable en Afrique centrale.
Pour la France : préserver un lien historique, redéfinir sa présence sur le continent et montrer qu’elle reste un partenaire incontournable, malgré la concurrence croissante d’autres puissances.
En définitive, la visite d’Emmanuel Macron au Gabon n’a pas seulement été un simple exercice diplomatique. Elle symbolise une recomposition profonde du partenariat franco-gabonais, car plus économique, plus écologique, plus culturel, mais aussi plus attentif aux sensibilités souverainistes.
Il reste désormais à savoir si ces annonces se transformeront en réalisations palpables. Là est tout l’enjeu.
Paul Nkori

