Venezuela : quand la violation du droit international devient un fait banal (Tribune)

Libreville, (GM)- L’attaque militaire du Venezuela par les États-Unis, suivie de l’exfiltration forcée de Nicolas Maduro, constitue l’un des actes les plus graves commis ces dernières années contre l’ordre juridique international.

Quelles que soient les appréciations que l’on porte sur le régime vénézuélien ou sur la personnalité de son dirigeant, un principe fondamental est ici piétiné : celui de la souveraineté des États et du respect du droit international.

Or, au lieu de provoquer l’indignation unanime que commande une telle transgression, cet événement semble avoir été accueilli, dans le monde occidental, par une forme de résignation gênée, voire de complaisance tacite ou ouvertement assumée. Quelques condamnations timorées ont bien émergé çà et là, souvent noyées dans des communiqués diplomatiques prudents et ambigus. Mais aucune réaction à la hauteur de la gravité de l’acte n’a réellement marqué les capitales occidentales. Pire encore, le silence relatif ou l’embarras calculé de certaines chancelleries sonne comme une caution implicite.

Cette attitude trouve un écho prépondérant et troublant dans la ligne éditoriale de nombreux médias occidentaux. Loin de traiter cet événement comme une rupture dangereuse de l’ordre international, nombre d’analyses l’évoquent avec une étonnante légèreté, parfois sous l’angle de l’“efficacité”, de la “nécessité politique” ou de la “fin d’un régime contesté”. Comme si l’usage unilatéral de la force et l’enlèvement de facto d’un chef d’État relevaient désormais de la normalité géopolitique, dès lors qu’ils servent les intérêts des puissants.

Cette banalisation est profondément inquiétante. Elle révèle un double standard devenu structurel : le droit international est invoqué avec vigueur lorsqu’il s’agit de condamner les actes des États jugés hostiles ou périphériques, mais il devient soudainement flexible, interprétable, voire accessoire lorsque ses violations émanent de grandes puissances ou de leurs alliés. Ce relativisme juridique mine la crédibilité même de l’ordre international et nourrit un sentiment d’injustice durable, notamment dans les pays du Sud.

Car le précédent est lourd de conséquences. Si l’exfiltration d’un président en exercice peut être présentée comme un simple fait divers géopolitique, qu’est-ce qui empêchera demain qu’un État dit “faible” subisse le même sort ? Quelle protection réelle offre encore le droit international aux nations qui ne disposent ni de la puissance militaire ni du poids diplomatique nécessaires pour dissuader de telles actions ?

En réalité, c’est moins le sort personnel de Nicolas Maduro qui devrait préoccuper la communauté internationale que l’érosion accélérée des règles censées réguler les relations entre États. En acceptant, par le silence ou la minimisation médiatique, qu’un tel acte se produise sans conséquences sérieuses, le monde occidental envoie un message dangereux : la force prime désormais sur le droit, à condition qu’elle soit exercée par les “bons” acteurs.

L’histoire a pourtant montré que lorsque le droit international devient à géométrie variable, ce sont toujours les plus vulnérables qui en paient le prix. Normaliser l’exception, c’est préparer le terrain au chaos. Et feindre de l’ignorer, c’est en devenir complice.

Raphaël Mouissi-Ntoko

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