Relation Gabon-Bénin: Une tempête fulgurante…dans un verre d’eau (éditorial)

Libreville, (GM)- Qu’un État se soucie de ses ressortissants à l’étranger, cela se comprend. C’est même l’un des piliers de la souveraineté et de la responsabilité diplomatique. Mais encore faut-il savoir mesurer ses mots et garder le sens de la proportion. Or, dans la récente polémique entre le Gabon et le Bénin, il faut bien reconnaître que Cotonou a choisi un peu trop vite l’escalade là où une main tendue ou une simple demande d’éclairage aurait suffi.

Un communiqué plus théâtral que diplomatique

Le communiqué du ministère béninois des Affaires étrangères, daté du 14 août dernier, annonçant un recensement et un éventuel rapatriement volontaire de ses ressortissants au Gabon, sonne davantage comme une alerte rouge que comme un simple rappel de vigilance. Plutôt que de rassurer, il a alimenté l’angoisse et laissé croire que le Gabon serait devenu soudainement hostile à toute présence béninoise. Pourtant, sur le terrain, l’incident déclencheur de cette atmosphère diplomatique est incontestablement circonscrit et localisé, relevant d’avantage d’une querelle houleuse, mais épiphénomènale de marché que d’une campagne de persécution organisée.

Une dramatisation aux effets contre-productifs

En exagérant la portée de cet événement, le Bénin a ouvert une brèche inutile : celle d’une suspicion envers Libreville, accusée implicitement de ne pas protéger les étrangers. Or, rien n’indique que le Gabon ait manqué à son devoir régalien de sécurité. Au lieu de calmer le jeu, Cotonou a offert un prétexte à la crispation, transformant une difficulté locale en une polémique diplomatique bilatérale.

De toute évidence, la diplomatie ne saurait être affaire de coups de menton. Elle exige sang-froid, discernement et capacité à trouver des solutions loin des projecteurs. En jouant la carte de l’alarme publique, le Bénin prend le risque de fragiliser la relation historique qui le lie au Gabon et de semer le doute dans l’opinion publique des deux pays. La communauté béninoise, qui vit depuis des décennies au Gabon, avait besoin de protection et de médiation discrète, non d’un communiqué théâtral qui risque de l’exposer davantage.

Un appel à la mesure

La protection des citoyens à l’étranger est une mission sacrée. Mais cette mission ne gagne rien à être surjouée. Le Bénin aurait mieux fait de dialoguer directement avec les autorités gabonaises s’il estimait nécessaire d’en savoir davantage, de renforcer éventuellement son activisme consulaire, ou d’apporter si nécessaire un soutien concret à ceux de ses ressortissants qui se seraient sentis lésés.

En politique internationale, l’excès est rarement une preuve de fermeté : c’est souvent un aveu d’impuissance.

Cette affaire rappelle une vérité simple : dans le concert des nations, il n’y a pas de place pour la dramatisation. Les ressortissants béninois méritaient mieux qu’un communiqué alarmiste. Ils méritaient une diplomatie responsable, calme et efficace. Le choix du contraire ne peut que surprendre et désoler.

Par Simplice Rabaguino

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *