Libreville, (GM)- À peine élu président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, pourtant gabonais de père et de mère, se retrouve au cœur d’un débat aussi stérile que révélateur : celui de ses supposées origines étrangères.
Des insinuations et certitudes malveillantes, jamais étayées, circulent notamment sur les réseaux sociaux, laissant entendre que sa filiation, ses racines ou même sa “gabonicité” seraient douteuses. Un récit fumeux, mais suffisamment amplifié pour obliger à tirer la sonnette d’alarme.
Un débat sans fondement, mais chargé de calculs politiques
Ce procès d’intention n’a rien d’innocent. Il survient au moment précis où la toute première législature de l’Assemblée nationale de la Ve République entame un nouveau cycle institutionnel censé rompre avec les pratiques anciennes. En ciblant l’homme, certains cherchent à affaiblir l’institution. Le soupçon sur les origines est alors un instrument facile : il ne nécessite aucune preuve, seulement un climat de méfiance.
Or, rien, absolument rien, ne permet aujourd’hui de remettre en question l’identité gabonaise de Michel Régis Onanga Ndiaye. Aucun document, aucune enquête sérieuse, aucun témoignage crédible ne vient appuyer les rumeurs circulantes. Nous sommes dans l’ère du on-dit, où la rumeur sert d’arme politique.
Un symptôme inquiétant : la montée du réflexe identitaire
Le Gabon n’échappe pas à la tentation de l’exaltation de la « pureté identitaire » qui traverse nombre de pays africains. De plus en plus, lorsque émerge une personnalité publique ou un dirigeant, des voix s’élèvent pour questionner son nom, son patronyme, sa phonétique ou ses alliances familiales. Cette obsession des origines nourrit un climat délétère, réducteur, et profondément anti-démocratique.
L’idée selon laquelle un patronyme “non typiquement gabonais”, ou associé à telle ou telle communauté, suffirait à semer le doute sur la nationalité d’un responsable politique relève d’une vision étriquée du pays. Le Gabon est une nation plurielle, faite de métissages, d’histoires familiales complexes, et de trajectoires personnelles diversifiées. Faire de l’ethnicité ou de la provenance un critère de légitimité politique est une impasse.
La manœuvre politique derrière les rumeurs
Le plus troublant est que ces attaques interviennent après l’élection de Michel Régis Onanga Ndiaye à la tête d’une assemblée parlementaire largement dominée par l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Certains stratèges savent que déstabiliser le président du Parlement, c’est fragiliser l’ensemble du dispositif institutionnel et politique, voire le président de la République lui-même.
Les critiques formulées sur les compétences du promu, sur le fonctionnement de l’Assemblée ou sur ses orientations politiques, seraient plus légitimes dans un débat démocratique portant essentiellement sur les idées. Mais contourner ce terrain pour porter l’attaque sur la nationalité ou les origines est un procédé douteux, relevant davantage de la déstabilisation personnelle que de l’analyse politique.
Un appel à élever le niveau du débat public
Cette polémique, qui repose davantage sur des arrière-pensées que sur des faits, pose une question fondamentale : voulons-nous bâtir une République où la compétence prime, ou une République où l’appartenance supposée devient une arme politique ?
Les défis qui attendent la Vème République sont immenses : refonte institutionnelle, consolidation des réformes, modernisation de la gouvernance, restauration de la confiance citoyenne. Se laisser distraire par des débats identitaires infondés n’est qu’un frein supplémentaire. Michel Régis Onanga Ndiaye peut et doit être critiqué sur ses propositions, ses actes et sa direction politique. Mais l’attaquer sur ses origines, réelles ou fantasmées, est un contresens démocratique. L’heure est venue de recentrer le débat sur la gouvernance, les réformes et les résultats concrets, loin des querelles stériles et des procès en sorcellerie de toutes sortes.
Paul Nkori

