Justice / condamnation de Sylvia et Noureddin Bongo : des milliards volatilisés par l’action criminelle d’un clan ligué contre le Gabon

Libreville, (GM)- Dans la nuit du 11 au 12 novembre 2025, la Cour criminelle spéciale gabonaise a rendu son verdict dans l’affaire Sylvia Bongo Ondimba et Nourredin Bongo-Valentin. L’ancienne première dame du Gabon et son fils ont été condamnés à vingt ans de réclusion criminelle pour détournement massif de fonds publics, blanchiment et association de malfaiteurs. Quid de l’impact de ces crimes économiques sur l’état de développement du Gabon ?

Pour bon nombre d’observateurs, ce procès est symbolique d’une ère où pouvoir politique suprême et richesses de l’État se seraient confondus. Autant dire qu’il s’agit-là d’un scandale hors-norme dans un pays où il manque presque de tout.

4 400 milliards de francs CFA : un chiffre vertigineux

Selon le jugement prononcé à la suite de ces assises riches en révélations, Sylvia et Noureddin Bongo sont solidairement condamnés à rembourser 4 400 milliards de francs CFA à l’État gabonais.

Ce montant, s’il se confirmait après un éventuel appel, représente près de 35 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Ce qui met en exergue un ordre de grandeur stupéfiant pour une affaire de corruption nationale.

À titre de comparaison, cette somme équivaut à plusieurs années du budget combiné de l’Éducation, de la Santé et des Travaux publics. Elle pourrait financer des centaines d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures routières à travers le pays.

Un manque à gagner colossal pour la nation

L’argent détourné, selon les enquêteurs, aurait dû contribuer à la modernisation du Gabon. À l’échelle macroéconomique, 4 400 milliards de francs CFA auraient pu permettre de moderniser les infrastructures, construire des routes ou des ponts et renforcer le réseau ferroviaire national. En outre, ils auraient permis de financer durablement la santé publique, c’est-à-dire bâtir et équiper les hôpitaux, former le personnel médical, améliorer les soins primaires par exemple. Investir dans l’éducation, à travers la rénovation des établissements scolaires, la rémunération correcte des enseignants et la création des centres universitaires régionaux. Soutenir la diversification économique, développer l’agriculture, l’agro-industrie et les filières de transformation du bois et des minerais auraient pu être des actions assurées par des fonds d’une telle ampleur.

Autant d’opportunités perdues qui se traduisent aujourd’hui par un retard structurel dans le développement humain et social du pays.

Les effets d’un système longtemps verrouillé

L’affaire Bongo illustre, selon plusieurs observateurs, la dérive d’un système où l’État a été capturé par une élite politico-familiale. Pendant plus d’une décennie, de vastes flux financiers auraient transité par des circuits parallèles, échappant aux contrôles publics et alimentant des dépenses privées fastueuses, parfois dissimulées à l’étranger. Les conséquences sont visibles : érosion des services publics, fuite des investissements étrangers, inégalités sociales croissantes. Malgré la richesse pétrolière du Gabon, près d’un tiers de la population vit encore sous le seuil de pauvreté.

Un verdict lourd mais un combat loin d’être terminé

Cette condamnation rendue par contumace, en l’absence des accusés, marque un tournant symbolique dans la volonté du régime de transition du général Brice Oligui Nguema de lutter contre la corruption.

Mais la question essentielle demeure : ces milliards seront-ils réellement récupérés ?

En effet, nombre de biens de la famille Bongo seraient dissimulés dans des structures opaques ou placés à l’étranger, rendant le recouvrement long et complexe. Des procédures internationales pourraient être nécessaires pour espérer restituer ne serait-ce qu’une partie de la fortune détournée.

Un enjeu national : transformer la justice en moteur de développement

Au-delà du scandale, ce procès pose un enjeu crucial : faire de la justice un moteur du développement.

Pour que la condamnation ait un impact réel, deux conditions s’imposent :

* La récupération effective des fonds et leur affectation transparente à des projets publics prioritaires ;

* Des réformes structurelles durables, afin d’éviter que la corruption ne se reconstitue sous d’autres formes.

Sans ces garde-fous, la justice risque de rester un symbole politique plutôt qu’un levier de reconstruction nationale.

Un symbole pour le Gabon nouveau

Le « procès du clan Bongo » dépasse la simple sanction pénale : il cristallise le désir de rupture d’une société lassée par un demi-siècle de pouvoir héréditaire.

Si les promesses de transparence et de restitution se concrétisent, le Gabon pourrait inaugurer une ère nouvelle, où la richesse nationale servirait enfin le bien commun. Mais si les milliards évaporés demeurent hors d’atteinte, cette affaire ne restera qu’un épisode de plus, dans la longue histoire des occasions perdues qui caractérise tant notre pays.

Simplicde Rabaguino

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