Libreville, (GM) — La débâcle des Panthères du Gabon à la CAN 2025 au Maroc restera comme l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire du football national. Trois matchs, trois défaites lourdes, une élimination sans âme ni révolte : un scénario inédit depuis la campagne de 1994 en Tunisie, à l’époque où le Gabon découvrait à peine les exigences du très haut niveau africain.
Trente ans plus tard, l’excuse de l’apprentissage n’est plus recevable. Cette contre-performance retentissante met à nu une crise structurelle profonde, longtemps dissimulée sous le vernis de qualifications occasionnelles et de discours autosatisfaits.
Face à ce naufrage sportif, le gouvernement gabonais a choisi la voie de la fermeté : suspension ou dissolution du staff technique national et appel explicite aux responsables de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) à « prendre toutes leurs responsabilités ».
Ces décisions, inhabituelles par leur vigueur, ont aussitôt provoqué une onde de choc dans l’opinion. D’un côté, certains dénoncent une ingérence de l’État dans les affaires du football, brandissant le spectre d’une éventuelle suspension par la FIFA. De l’autre, une frange de plus en plus large de l’opinion publique estime au contraire que l’État est pleinement fondé à agir, au regard des investissements publics colossaux consentis pour l’équipe nationale.
Car la question centrale est bien celle-ci : peut-on exiger de l’État qu’il finance, sans droit de regard ni exigence de résultats, une structure devenue synonyme d’échecs répétés ? L’argument de l’autonomie fédérale, brandi comme un paravent, ne saurait justifier l’absence de reddition de comptes. L’argent public appelle la responsabilité publique.
Plus troublant encore, des voix s’élèvent pour dénoncer l’existence d’un système opaque de gestion, voire de prédation et de captation des ressources liées à l’équipe nationale. Si ces accusations doivent évidemment être établies par les voies appropriées, elles renforcent néanmoins l’idée qu’un statu quo serait non seulement irresponsable, mais complice.
Dans ce contexte, l’intervention de l’État apparaît moins comme une ingérence que comme un acte de salubrité publique. Il ne s’agit pas de gouverner le football à la place de ses instances, mais de provoquer un sursaut, d’imposer une remise à plat, et de rappeler que l’échec n’est pas une fatalité acceptable lorsqu’il est financé par le contribuable.
La nomination de Paul Kessany au poste de ministre des Sports est, à cet égard, perçue comme un signal encourageant. Connaisseur du milieu sportif et réputé pour sa rigueur, il incarne pour beaucoup l’espoir d’une gouvernance plus exigeante, plus transparente et tournée vers la reconstruction plutôt que la complaisance.
Le football gabonais n’a pas besoin de boucs émissaires, mais de courage politique et de lucidité collective. La fermeté affichée par les autorités pourrait bien constituer l’électrochoc indispensable pour sortir d’un coma sportif qui n’a que trop duré. Encore faut-il que cette volonté se traduise par des réformes profondes, durables et courageuses. À défaut, la Berezina marocaine n’aura été qu’un naufrage de plus.
Paul Nkori

