Libreville, (GM)- Le Gabon s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa trajectoire économique. À travers un communiqué officiel du ministère de l’Économie et des Finances, le gouvernement gabonais a confirmé sa volonté de mettre en œuvre un programme économique de croissance avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI). Une perspective qui suscite autant d’espoirs que d’interrogations.
La rencontre, le 5 novembre dernier, entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI, marque un signal politique fort. Elle traduit la volonté des autorités de s’inscrire dans une coopération renforcée avec les institutions financières internationales, dans un contexte de contraintes budgétaires persistantes et de fortes attentes sociales.
Pour Libreville, l’objectif affiché est clair : consolider la stabilité macroéconomique, améliorer la gouvernance des finances publiques et relancer une croissance plus inclusive, tout en respectant les engagements communautaires au sein de la CEMAC.
Les avantages attendus
Un programme soutenu par le FMI offre d’abord un gain de crédibilité internationale. Il rassure les bailleurs de fonds, facilite l’accès aux financements extérieurs et peut entraîner un effet de levier auprès de partenaires bilatéraux et multilatéraux, notamment la Banque mondiale.
Sur le plan interne, le FMI apporte un cadre de discipline macroéconomique : meilleure maîtrise des déficits, rationalisation des dépenses publiques, amélioration de la mobilisation des recettes non pétrolières. Dans un pays encore très dépendant des hydrocarbures, tel que le nôtre, cet accompagnement peut contribuer à renforcer la résilience de l’économie face aux chocs externes.
Enfin, les autorités mettent en avant l’alignement du programme sur une vision axée sur la transparence, la gouvernance et l’amélioration des conditions de vie des populations, un discours en phase avec les attentes post-transition.
Les risques
Mais l’histoire des programmes FMI en Afrique centrale invite à la prudence. Derrière les objectifs macroéconomiques se cachent souvent des mesures impopulaires : réduction des subventions, gel ou compression de la masse salariale, réformes fiscales parfois brutales. Dans un contexte de vie chère persistante et de précarité sociale, le risque d’un choc social n’est pas négligeable.
La question de la souveraineté économique se pose également. Si le gouvernement insiste sur un programme « conforme aux ambitions nationales », certains craignent que les conditionnalités du FMI limitent les marges de manœuvre de l’État, notamment en matière de politiques sociales et d’investissements publics stratégiques.
Par ailleurs, l’efficacité d’un tel programme dépendra fortement de la capacité réelle de l’administration à mettre en œuvre les réformes, à lutter contre les pratiques de mauvaise gouvernance et à garantir que les efforts demandés ne pèsent pas exclusivement sur les populations les plus vulnérables.
Un pari délicat mais structurant
Le futur programme entre le Gabon et le FMI apparaît ainsi comme un pari délicat. Bien négocié et intelligemment appliqué, il peut constituer un levier de redressement économique et de transformation structurelle. Mal calibré ou socialement déséquilibré, il pourrait au contraire raviver les tensions sociales et alimenter la défiance envers les institutions. À l’heure où les discussions techniques se poursuivent, un enjeu central demeure : concilier rigueur macroéconomique et justice sociale, afin que la stabilité recherchée ne se fasse pas au détriment du bien-être des Gabonais.
Paul Nkori

