Libreville, (GM)- Le Gabon se trouve à un tournant décisif. Alors que la croissance reste encore largement dépendante du pétrole et de quelques matières premières, le pays doit simultanément faire face à une dette publique élevée et à une économie peu diversifiée. Un défi qui s’annonce crucial, tant pour la stabilité macroéconomique que pour la création d’emplois.
Selon les analyses du FMI et de la Banque mondiale, la dette publique gabonaise demeure une source de fragilité. Les deux institutions soulignent des risques de soutenabilité à moyen terme, accentués par des tensions de trésorerie récurrentes. Le récent rapport du groupe d’information financière et économique Bloomberg enfonce le clou en allant même jusqu’à prédire le scénario catastrophe d’un Gabon en cessation de paiement.
Pour soulager la pression immédiate, les autorités ont entrepris plusieurs opérations de gestion du passif, notamment le reprofilage de titres domestiques auprès des banques locales. L’objectif visé est d’étaler les échéances et regagner de l’oxygène budgétaire. Mais la transparence sur les arriérés et les engagements futurs reste un impératif, une condition essentielle pour regagner durablement la confiance des créanciers et partenaires.
Une économie toujours très concentrée
Malgré des efforts de réformes entrepris le passé, l’économie gabonaise demeure exposée aux fluctuations internationales. Plus de 90 % des exportations reposent encore sur le pétrole, le manganèse et le bois. Il s’agit-là d’une structure qui limite la création d’emplois et empêche le développement d’un tissu industriel solide.
« Tant que le pays n’aura pas diversifié ses moteurs de croissance, les finances publiques resteront sous tension », résume à ce propos un économiste de la sous-région interrogé sur le sujet.
Les pistes de consolidation budgétaire
Pour stabiliser sa trajectoire financière, le Gabon mise sur plusieurs leviers.
D’abord, un meilleur pilotage des dépenses publiques, avec l’adoption d’un cadre budgétaire pluriannuel pour sélectionner des investissements à fort rendement économique et social. Ensuite, une réforme fiscale destinée à élargir l’assiette, moderniser la collecte et réduire les niches qui profitent peu à l’économie réelle.
La modernisation de la facture électronique, le renforcement de la gestion des grands contribuables et une meilleure lutte contre l’évasion fiscale figurent parmi les mesures adoptées ou envisagées. À cela s’ajoute le recours à des partenariats public-privé pour financer des infrastructures productives.
Vers une diversification plus soutenue
Sur le plan économique, le gouvernement veut désormais miser sur une diversification « réelle et soutenable ». Aussi, plusieurs actions et secteurs apparaissent-ils stratégiques en ce sens, à savoir :
L’agro-industrie et la transformation locale
L’agro-transformation se présente comme un levier majeur pour créer de la valeur et des emplois. L’installation de zones industrielles agro-alimentaires, à proximité des infrastructures, doit favoriser la transformation locale des productions agricoles et forestières.
La montée en gamme du bois et des mines
Dans la filière bois, l’enjeu est de passer d’une exportation brute à des produits à haute valeur ajoutée. Dans les mines, la transformation locale du manganèse ou d’autres minerais est encouragée, via un cadre fiscal incitatif mais conditionné au contenu local.
Le tourisme durable
Grâce à sa biodiversité et à ses parcs nationaux, le Gabon veut développer un tourisme durable créateur d’emplois non délocalisables. Des investissements dans les infrastructures d’accueil et la formation sont envisagés.
La transition énergétique et l’économie verte
La multiplication de projets d’énergie renouvelable (hydroélectricité, solaire) devrait constituer un autre axe pour réduire les coûts de production, attirer des industries et capter des revenus via les crédits carbone.
Les PME, le numérique et les services
Le soutien aux PME, via des fonds d’amorçage et un accès facilité au crédit, ainsi que le développement d’écosystèmes numériques régionaux, sont considérés comme essentiels pour structurer une nouvelle économie de services.
Des conditions transversales indispensables
Les experts insistent toutefois sur trois prérequis : un renforcement de la gouvernance, un effort massif sur la formation et la santé, et un développement des infrastructures logistiques. Sans ces éléments, la diversification risque de rester un simple vœu pieux.
Un calendrier stratégique en quatre phases
Le plan proposé par plusieurs analystes repose sur un séquencement clair :
* 0 à 6 mois : reprofilage de la dette, transparence sur les arriérés et restauration du dialogue avec les institutions internationales.
* 6 à 18 mois : adoption d’un budget pluriannuel, réforme fiscale progressive et lancement des premiers PPP.
* 18 à 36 mois : mise en place des programmes industriels et d’agro-transformation.
* 3 à 5 ans : émergence de clusters industriels et montée en puissance du tourisme durable.
Des risques à maîtriser
La capacité administrative limitée, les chocs sur les prix des matières premières et les tensions sociales sont identifiés comme des menaces. Pour les réduire, les spécialistes recommandent un soutien technique international accru, la constitution de réserves anti-cycliques et une concertation régulière avec les acteurs locaux.
Un défi immense, mais une fenêtre d’opportunité
Avec ses ressources naturelles, sa position géographique et sa démographie relativement faible, le Gabon dispose d’atouts pour réussir. Mais experts et partenaires s’accordent : seule une combinaison de discipline budgétaire, de réformes structurelles et d’une stratégie industrielle claire permettra au pays de franchir un cap décisif.
SR

