CAN 2025 : le miroir cruel de la faillite du football gabonais (Éditorial)

Libreville, (GM)- Le football gabonais n’est plus seulement en crise. Il est en déliquescence avancée. Ce qui se joue aujourd’hui sous nos yeux n’est ni une mauvaise passe, ni une malchance conjoncturelle, mais l’aboutissement logique d’années de renoncement, de médiocrité organisée et d’irresponsabilité chronique. Toute chose qui fait du sport-roi dans notre pays, jadis ciment de l’unité nationale, une caricature de lui-même.

Les résultats calamiteux des Panthères du Gabon à la CAN 2025 au Maroc ne sont que la partie émergée d’un iceberg pourri jusqu’à la quille. Le terrain ne trahit jamais : il est un révélateur. Il révèle l’absence de championnat, l’indigence de la formation locale, l’inconsistance des clubs et la faillite morale d’une élite footballistique incapable de penser l’avenir au-delà de ses intérêts immédiats.

Le tableau est si sombre qu’il a encore fallu une récente interpellation directe du président Brice Clotaire Oligui Nguema à l’endroit de tout ce beau monde pour rappeler la gravité du moment : un coup de poing sur la table, des « mesures fortes » annoncées, mais encore floues. Preuve, s’il en fallait une, que la maison brûle depuis longtemps pendant que les responsables regardaient ailleurs, occupés à organiser colloques, séminaires et conclaves aux conclusions aussi mirobolantes qu’inutiles.

Pas de championnat digne de ce nom. Pas de calendrier fiable. Pas de visibilité pour les joueurs. Mais une prolifération de rapports, de commissions et de discours autosatisfaits. Le football gabonais est devenu un théâtre d’ombres où l’on parle réforme pendant que le système se vide de sa substance.

À cette faillite structurelle s’ajoute une cupidité presque obscène. L’argent, rare ou abondant, disparaît sans jamais produire d’effets durables. Subventions gérées de manière opaque, primes mal réparties, etc. Le football sert moins à former qu’à se servir. Et lorsque les résultats ne suivent pas, on convoque la victimisation, l’alibi identitaire ou la fatalité.

Le constat est brutal : le Gabon ne forme plus. Il recrute à l’extérieur ce qu’il est incapable de produire à l’intérieur. La présence massive de joueurs binationaux en équipe nationale n’est pas un problème en soi ; elle est le symptôme d’un abandon. Abandon des écoles de football, abandon du sport scolaire, abandon des quartiers et des villages comme viviers naturels du talent gabonais.

Les clubs, autrefois vitrines de la compétitivité nationale, ne sont plus que des coquilles vides. Sans projet, sans base économique, sans encadrement technique sérieux. Leur glorieux passé est invoqué comme un talisman, incapable de masquer l’indigence du présent.

Face à ce désastre, il ne sert plus à rien de feindre la surprise. Le temps des demi-mesures est révolu. La seule issue crédible passe par une rupture nette : assainissement sans complaisance des instances, audits indépendants, fin des carrières éternelles à la tête du football et reconstruction méthodique de la formation de base. Mieux, il faut réapprendre à faire simple : un championnat régulier, des infrastructures fonctionnelles, des formateurs compétents, des clubs responsables. Rien de révolutionnaire. Juste du sérieux.

Le football gabonais n’est pas victime d’un complot. Il est victime de ses propres fossoyeurs. Tant que ceux-ci continueront à parler plus fort qu’ils n’agissent, le naufrage se poursuivra. Et le silence des tribunes deviendra, à terme, le verdict le plus sévère de l’histoire.

Prenons-y garde !

Nelson Kali

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