Libreville, (GM)- À quelques semaines de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, le débat s’intensifie dans certains cercles spécialisés autour des capacités réelles du Gabon à exister dans une compétition où chaque nation arrive armée de certitudes, d’ambitions et de ressources. Pour nos Panthères, le défi se présente sous un double prisme : celui de la performance sportive immédiate et celui d’un contexte structurel qui conditionne, presque subtilement mais mécaniquement, leurs marges de progression.
Au regard de ce constat, il importe de s’essayer à une analyse froide, débarrassée des illusions patriotiques comme des discours fatalistes, pour comprendre où en est le Gabon, ce qu’il peut espérer, et ce que cette CAN peut révéler.
Le paradoxe d’un football à la fois fort en talents et faible en structure
Le Gabon évolue dans une situation singulière : il possède des joueurs de qualité, un potentiel technique individuel supérieur à la moyenne continentale, mais il souffre d’un appareil footballistique fragile. Le championnat national connaît des interruptions récurrentes, la formation est morcelée, et les scandales institutionnels liés au sport-roi ont laissé des séquelles profondes.
Ce paradoxe crée un effet de ciseau se caractérisant comme suit : l’individu est fort mais l’environnement est faible.
Dans les compétitions internationales, ce type de déséquilibre réduit considérablement la constance d’une équipe. Le Gabon n’est jamais totalement hors-jeu, mais rarement au niveau optimal.
Un groupe F impitoyable : un test de vérité
Le tirage place le Gabon dans un groupe de haute intensité dans lequel il face à la Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Mozambique. Les deux premiers sont des références historiques et contemporaines du football africain (dotés de la puissance physique, de la profondeur de banc et d’automatismes collectifs.
À l’analyse, cela signifie deux choses :
- Le Gabon doit cibler un match pivot : celui contre le Mozambique, obligatoire pour espérer un classement favorable.
- Les rencontres face à la Côte d’Ivoire et au Cameroun relèveront moins de la gestion que de la performance exceptionnelle.
La probabilité brute d’une qualification n’est pas nulle (notamment grâce au système des meilleurs troisièmes) mais elle impose, mathématiquement et tactiquement, un parcours presque sans faute.
La sélection gabonaise : un cycle de transition aux effets ambigus
Avec un sélectionneur local, Thierry Mouyouma, le Gabon entame un cycle de transition où l’on cherche à stabiliser l’équipe après des années d’instabilité sportive et institutionnelle. Ce choix comporte deux volets :
Atouts:
- Un coach qui comprend intimement les réalités locales.
- Une capacité à unifier un vestiaire marqué par les turbulences.
- Une approche tactique qui peut être plus pragmatique que spectaculaire.
Limiter les dégâts ou construire :
Le risque réside dans le mélange inhérent à toute transition : insuffisance de repères, hésitations dans le projet de jeu, et manque de profondeur tactique face à des cadors rodés à ce type d’échéance.
Les faiblesses non sportives : le poids invisible qui ralentit les performances
Aucune analyse sérieuse sur le football gabonais ne peut ignorer les facteurs extra-sportifs que sont :
- un déficit de gouvernance fédérale ;
- des scandales qui ont abîmé la confiance collective ;
- une politique sportive peu structurée ;
- un investissement instable dans la formation.
Ces éléments ne se voient pas dans un match… mais ils se paient à chaque duel.
Nelson Kali

