Corruption au Gabon : nous n’avons plus le luxe de fermer les yeux ! (Éditorial)

Libreville, (GM)- Rumeur ou fait avéré, le supposé détournement de 10 milliards de Fcfa au ministère du Tourisme semble une nouvelle goutte d’eau de trop dans le verre amer de la mauvaise gouvernance au Gabon.

Encore sous le choc des révélations fracassantes auxquelles a donné lieu le procès de Sylvia Bongo et consorts, cette opinion nationale ne peut qu’être marquée par l’exaspération, voire une sorte de désespérance, face au phénomène persistant de la corruption et du gaspillage financier dans notre pays. Toute chose d’autant plus prégnante et pesante que le président de la République, lui-même, a dû dernièrement taper encore plus fort du poing sur la table à ce sujet.

Une anomalie normalisée

Évoluant presque en roue libre, la corruption au Gabon n’est plus une simple anomalie administrative. Elle est devenue un système, un langage, une manière de vivre presque incontournable, presque normalisée. Pourtant, il n’y a rien de normal à voir, dans un pays, des richesses nationales se volatiliser tandis que de centaines de milliers de citoyens attendent un logement décent, un hôpital fonctionnel, une école équipée.

Il n’y a rien de normal à voir l’impunité vraisemblablement continuer de prospérer, malgré quelques procès ou arrestations spectaculaires, alors que la pauvreté s’étend et se répand quasiment sans la moindre embûche. Il n’y a surtout rien de normal à continuer d’accepter une telle descente aux enfers comme une fatalité au pays du « on va encore faire comment ? » ou du « j’ai combien dedans ? ».

Un pays riche appauvri par ses propres enfants-prédateurs

Le Gabon possède tout pour réussir : ressources naturelles abondantes, position stratégique, population jeune et talentueuse. Mais chaque année, une part immense de ces opportunités disparaît dans les méandres opaques de la corruption qui fait manquer des opportunités au pays et interdit à une jeunesse de plus en plus exigeante de rêver.

Ce ne sont pas seulement des chiffres qui s’évaporent. Ce sont des routes qui ne se construisent pas, des hôpitaux qui restent des coquilles vides, des écoles où des élèves écrivent encore sur leurs genoux faute de tables. La corruption coûte plus que de l’argent. Elle coûte du temps, de la dignité et, trop souvent, de l’avenir. Elle coûte des destinées sacrifiées sur l’autel d’ambitions égoïstes et incendiaires. Elle coûte même des cerveaux contraints à l’exil pour trouver herbe potentiellement plus verte ailleurs.

L’impunité, mère de tous les abus

Le vrai moteur de la corruption n’est pas seulement la cupidité : c’est l’impunité.

Tant que les puissants pourront piller sans craindre de reddition des comptes, tant que certaines affaires disparaîtront dans les tiroirs, tant que les sanctions seront sélectives, le message restera clair : au Gabon, tout est permis pour ceux qui se trouvent au bon endroit. Mais un pays ne peut pas se construire sur de telles inégalités devant la loi.

Les Gabonais ont changé. Leur patience aussi

Il serait naïf de croire que les citoyens ne voient rien, ne comprennent rien, n’attendent rien.

Le peuple gabonais observe, juge et se fatigue. La colère est silencieuse, mais elle est réelle. Elle grandit.

La jeunesse, notamment, tolère de moins en moins tout système politique qui lui confisquerait son avenir. Elle aspire à une gouvernance digne, à une justice qui ne s’incline devant personne, à un État où la réussite ne se mesure pas au degré de proximité avec les réseaux d’influence.

La rupture doit être totale ou elle ne sera pas

La lutte contre la corruption ne peut plus être un slogan récité lors des discours officiels. Il faut une rupture franche, méthodique, durable caractérisée par :

* Des institutions judiciaires indépendantes, animées par des magistrats objectifs et plus professionnels.

* La transparence totale des dépenses publiques.

* La fin des marchés attribués dans l’ombre.

* Des sanctions exemplaires, sans considération du rang ou de l’appartenance.

* Une protection réelle des lanceurs d’alerte et des journalistes.

C’est à ce prix et seulement à ce prix que la confiance pourra renaître.

La corruption n’est pas une tradition

Ce n’est pas une culture. Ce n’est pas une manière gabonaise de fonctionner. C’est un parasite, et comme tout parasite, seule une volonté forte permet de l’extirper.

Le Gabon ne pourra amorcer un développement authentique que s’il accentue ses efforts pour annihiler ce fléau.

La corruption n’est pas un héritage : c’est une entrave. L’heure n’est plus aux constats. Elle n’est plus aux promesses. L’heure est à l’action et surtout à l’intransigeance contre tous ces prédateurs de nos finances publiques !

Par Simplice Rabaguino

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