Libreville, (GM)- A Libreville, la construction du futur siège de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), parti présidentiel, suscite une controverse qui dépasse les seules questions d’acquisition foncière et de financement. Dans une zone où des populations ont été déguerpies au nom de grands projets d’aménagement urbain, certains s’interrogent sur la cohérence entre les justifications avancées hier par les autorités et l’affectation actuelle d’une parcelle à une formation politique. Et pas n’importe laquelle.
Le chantier du futur siège de l’Union démocratique des bâtisseurs, situé à Plaine-Orety, derrière l’Assemblée nationale, est désormais au centre d’un débat qui mêle foncier, justice sociale et crédibilité de la parole publique. Face aux interrogations suscitées par cette construction, le secrétariat général du parti a publié, le 24 octobre 2026, un communiqué destiné à apporter des éclaircissements sur l’origine du terrain et les modalités de financement de l’édifice.
Selon cette communication, le projet de construction du siège avait été annoncé publiquement le 5 juillet 2026, à l’occasion du premier anniversaire de l’UDB. Le parti affirme ensuite avoir saisi les autorités compétentes en vue de l’attribution d’une parcelle située sur le boulevard de la Libération. Il indique également que les ressources nécessaires aux travaux proviendront notamment des cotisations des adhérents, de contributions volontaires et de mécanismes d’ingénierie financière avec des acteurs du secteur.
Ces précisions répondent à une partie des interrogations. Elles ne suffisent cependant pas à dissiper toutes les réserves exprimées dans l’opinion, car la controverse porte aussi sur l’histoire du site et sur la signification politique de son affectation.
Un terrain chargé d’une histoire sociale douloureuse
Pour comprendre la sensibilité du sujet, il faut revenir à l’opération de déguerpissement menée en juin 2025 dans les secteurs de Plaine-Orety et de Derrière l’Assemblée nationale. A cette époque, les autorités justifiaient les démolitions par la nécessité de libérer et d’aménager l’espace pour la réalisation de projets structurants, notamment le boulevard de la Transition, la cité administrative et d’autres infrastructures publiques. L’objectif officiellement affiché était de transformer cette partie de la capitale et de la doter d’équipements répondant aux ambitions de modernisation urbaine du pays.
Mais cette opération a également provoqué des tensions et une vive émotion parmi les populations concernées. Des familles ont perdu leur logement, tandis que les questions relatives aux indemnisations, au relogement et à l’accompagnement des personnes déplacées ont alimenté les critiques.
Dans ce contexte, l’apparition d’un chantier destiné à accueillir le siège du parti présidentiel dans cette même zone ne pouvait manquer de susciter des interrogations. Pour certains observateurs, la question est simple : si des populations ont dû quitter les lieux au nom de l’intérêt général et de la réalisation de grands projets d’aménagement, comment expliquer que cet espace accueille désormais un bâtiment destiné à une formation politique ?
Cette interrogation ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une irrégularité foncière. Elle traduit néanmoins une préoccupation relative à la cohérence de l’action publique et à la manière dont les décisions d’aménagement sont comprises par les citoyens.
La légalité foncière suffit-elle à éteindre la polémique ?
Dans son communiqué, l’UDB rappelle que la zone située derrière l’Assemblée nationale relève du domaine public et qu’elle a été aménagée pour accueillir des projets d’envergure, portés par des structures publiques ou privées. Cet argument appelle toutefois une distinction essentielle : l’appartenance d’un terrain au domaine public, son éventuelle intégration à une opération d’aménagement et les conditions dans lesquelles une parcelle est attribuée à une organisation sont des questions distinctes qui doivent être examinées à partir des documents pertinents.
De même, le fait qu’un projet ait été annoncé publiquement ne répond pas nécessairement à toutes les interrogations portant sur la procédure d’attribution du terrain. La publicité d’un projet et la transparence de ses modalités administratives sont deux exigences complémentaires.
Il ne s’agit donc pas de présumer que l’UDB aurait bénéficié d’un traitement irrégulier. En l’absence de documents permettant de l’établir, une telle conclusion serait prématurée. Il s’agit plutôt de reconnaître que la nature sensible du site impose des explications suffisamment précises pour permettre à l’opinion de comprendre les décisions prises.
La publication de l’acte d’attribution, la clarification de la situation juridique de la parcelle et la présentation de sa destination dans le plan d’aménagement constitueraient, à cet égard, des éléments de réponse utiles.
Le financement du siège, une autre question de transparence
Le communiqué du secrétariat général évoque trois sources de financement : les cotisations des adhérents, les contributions volontaires et l’ingénierie financière avec des acteurs du secteur. Ces indications permettent de connaître les mécanismes de financement annoncés par le parti. Elles ne renseignent cependant pas, à elles seules, sur le coût global de la construction, la répartition des contributions, les engagements financiers éventuellement contractés ni les modalités de leur remboursement.
Il convient ici de rappeler qu’un parti politique peut légitimement chercher à se doter d’un siège adapté à ses besoins administratifs et organisationnels. La construction d’un tel édifice n’est pas, par principe, incompatible avec les règles d’un État de droit.
La question de la transparence se pose néanmoins avec une acuité particulière lorsque le projet concerne une formation politique au pouvoir et un terrain dont l’histoire récente est marquée par une opération de déguerpissement contestée. Il importe alors de distinguer clairement les ressources propres du parti, les éventuels concours de partenaires privés et toute intervention publique susceptible d’avoir une incidence sur le coût ou les conditions de réalisation du projet.
L’objectif n’est pas de mettre en cause, sans preuve, l’origine des fonds mobilisés, mais de faire en sorte que les explications fournies puissent être comprises et, lorsque cela est nécessaire, vérifiées.
Au-delà du chantier, une question de justice sociale
La polémique autour du siège de l’UDB révèle surtout un décalage possible entre la logique administrative des opérations d’aménagement et la perception qu’en ont les populations concernées. Pour les autorités, un déguerpissement peut s’inscrire dans un programme d’urbanisation, de construction d’infrastructures ou de réorganisation du territoire. Pour les personnes qui perdent leur habitation, il représente une rupture brutale dans leur existence, avec des conséquences matérielles, familiales et sociales parfois durables. C’est précisément cette différence de perspective qui rend la question du siège politiquement sensible.
Lorsqu’un espace est libéré au nom de projets structurants, les citoyens sont en droit de s’interroger sur la destination effective des terrains, sur le respect des engagements pris et sur la manière dont les bénéfices de l’aménagement sont répartis.
Un parti politique n’a pas vocation à être privé de la possibilité de construire son siège au seul motif qu’il s’agit d’une formation politique. Mais il ne saurait davantage considérer que les interrogations liées à l’histoire du terrain sont sans objet dès lors qu’il affirme avoir obtenu une parcelle auprès des autorités compétentes.
La confiance publique se construit aussi par la capacité des institutions et des organisations concernées à expliquer leurs décisions, particulièrement lorsque celles-ci touchent à des questions aussi sensibles que le logement, la propriété et l’usage du foncier.
Des réponses attendues pour sortir de la controverse
A ce stade, plusieurs questions mériteraient donc des réponses précises : quelle est la situation juridique exacte de la parcelle attribuée à l’UDB ? Quelle était sa destination dans le plan d’aménagement initial ? Quels critères ont présidé à son attribution ? Enfin, quel bilan peut être présenté concernant les indemnisations, le relogement et l’accompagnement des populations déguerpies dans cette zone ? Ces interrogations ne préjugent ni d’une faute ni d’une irrégularité. Elles relèvent d’une exigence de clarification rendue nécessaire par la sensibilité du dossier.
La direction de l’UDB a apporté des éléments sur l’annonce du projet, l’acquisition du terrain et les sources de financement envisagées. Le débat public invite désormais à aller plus loin, en distinguant les déclarations du parti des éléments administratifs et financiers susceptibles d’en confirmer la portée.
Au fond, la question n’est pas de savoir si un parti présidentiel peut disposer d’un siège digne de son organisation. Elle est de comprendre comment l’utilisation d’un espace libéré au nom de l’intérêt général s’articule avec les objectifs d’aménagement annoncés et les attentes des populations qui ont dû quitter les lieux.
Car une politique de modernisation urbaine ne se mesure pas uniquement aux bâtiments qui s’élèvent ou aux boulevards qui se construisent. Elle se juge également à la considération accordée aux citoyens déplacés, à la transparence des décisions et à la capacité des pouvoirs publics à maintenir la cohérence entre les objectifs affichés et les réalisations effectives.
A Plaine-Orety, le futur siège de l’UDB est ainsi devenu bien plus qu’un projet immobilier : il constitue un révélateur des attentes de transparence, de justice sociale et de cohérence qui accompagnent toute transformation urbaine d’envergure.
VYL

