Libreville, (GM)- Sénateur du siège unique du département de la Louetsi-Wano (Lébamba), élu sous les couleurs du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM), le parti d’Alexandre Barro Chambrier, l’actuel Vice-président de la République, auquel il dit vouer une profonde admiration, Célestin Boundzanga vient d’effectuer une tournée de compte-rendu parlementaire dans sa circonscription électorale. Des deux cantons à la commune de Lébamba, le parlementaire est allé à la rencontre des populations pour rendre compte de son activité au Sénat, mais aussi pour recueillir leurs préoccupations. Eau potable, routes, télécommunications, développement local, rôle du sénateur, soutien au président de la République et à la Première dame, mais aussi son nouveau surnom de « Mélenchon de la Louetsi-Wano » : le sénateur répond sans détour aux questions de Gabon Minutes dans un entretien exclusif.
Gabon Minute (GM) : Vénérable Sénateur, vous venez d’effectuer une tournée de compte-rendu parlementaire qui vous a conduit dans les deux cantons du département de la Louetsi-Wano ainsi que dans la commune de Lébamba. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche et quel bilan tirez-vous de ces rencontres avec les populations ?
Célestin Boundzanga (CB) : Cette tournée répond d’abord à une exigence simple : je ne conçois pas le mandat parlementaire comme un mandat que l’on exerce uniquement à Libreville. J’ai été élu, certes indirectement, pour représenter les collectivités locales et les populations de la Louetsi-Wano. Il était donc naturel, après cette première session parlementaire de l’année, de revenir vers elles pour expliquer ce que nous avons fait au Sénat, ce que nous avons défendu et, surtout, ce que nous entendons continuer à faire pour notre pays et pour notre département.
Il est vrai que, depuis mon élection, ma présence sur le terrain n’a pas été aussi régulière que je l’aurais souhaité. Mais il faut également rappeler que nous avons eu une session parlementaire particulièrement dense. J’ai dû consacrer beaucoup de temps aux travaux du Sénat, aux commissions et aux séances plénières. Cette tournée était donc aussi une manière de dire aux populations : « Je ne vous ai pas oubliées. J’étais simplement au travail, là où vous m’avez envoyé. »
Quant au bilan de ce périple, je dois dire que j’en sors profondément satisfait, mais surtout reconnaissant. Ma délégation et moi-même avons parcouru les deux cantons, puis la commune. Au total, nous avons donc rencontré les populations de 13 villages et de 10 quartiers.
Mais au-delà des chiffres, ce que je retiens, c’est la chaleur de l’accueil, la qualité des échanges et cette formidable volonté de nos populations de voir leur département avancer, malgré un quotidien parfois difficile. J’ai surtout apprécié le fait que ces échanges ne soient pas uniquement politiques. Les populations nous ont parlé de leurs réalités, de leurs difficultés et de leurs attentes. Elles nous ont notamment interpellés sur la question de l’eau potable, particulièrement à Matamatsengue et à Moukoundou. De toute évidence, je me fais fort d’être un relais insistant de ces préoccupations auprès de qui de droit.
GM : Vous avez évoqué près d’une trentaine de textes examinés et près de 70 prises de parole à votre actif au cours de la session parlementaire écoulée. Quels sont, parmi les textes examinés et les interventions que vous avez portées, ceux qui vous paraissent avoir le plus d’impact sur la vie quotidienne des populations de la Louetsi-Wano ?
CB : Permettez-moi tout d’abord d’éviter un piège : celui qui consisterait à mesurer le travail parlementaire uniquement au nombre de lois adoptées ou au nombre de fois où un sénateur prend la parole. Près de 70 prises de parole, c’est effectivement beaucoup. Mais ce qui compte, ce n’est pas de parler beaucoup. C’est de parler utilement. Et je voudrais ici apporter une précision importante. Je suis élu sous les couleurs d’un parti politique, le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité, le RPM. Mais dès lors que j’ai été élu, je ne suis pas uniquement le sénateur des militants ou des électeurs de mon parti. Je reste l’élu de toutes les filles et de tous les fils du département de la Louetsi-Wano en particulier, et celui de la Nation tout entière en général.
De la même manière, au Sénat, je n’interviens pas uniquement sur les problèmes liés à mon département. Je suis un parlementaire de la République gabonaise. Je dois donc m’intéresser aux préoccupations de chaque territoire de notre pays.
Au cours de cette première session, j’ai essayé de porter une parole qui soit à la fois celle d’un législateur et celle d’un représentant des territoires et donc des populations qui y vivent. Les travaux de cette session ont été particulièrement importants parce qu’ils nous ont permis d’examiner des textes qui touchent directement à l’organisation de notre pays, à son fonctionnement institutionnel, à son développement économique et social.
Mais lorsque je reviens à Lébamba, à Memba, à Bongolo ou à Nzoundou, les populations ne me demandent pas combien de textes nous avons adoptés. Elles me demandent : « Qu’est-ce que cela va changer pour nous ? » C’est là toute la difficulté, mais aussi toute la noblesse du travail parlementaire…
Une loi n’a véritablement de sens que lorsqu’elle finit par produire des effets dans la vie quotidienne des citoyens. C’est pourquoi je souhaite que mon action au Sénat soit toujours guidée par cette question : en quoi ce que je fais à Libreville peut-il être utile à la femme, à l’homme, au jeune ou à la famille de la Louetsi-Wano, mais aussi à tous les Gabonais, quel que soit leur lieu de résidence ?
J’ai essayé de répondre à cette interrogation à travers mon travail sur plusieurs textes, notamment ceux relatifs à la réforme de la Médiature de la République, au foncier, à la nationalité ou encore aux réseaux sociaux. C’est cette approche que je compte poursuivre durant les prochaines sessions de la présente mandature.
GM : Votre tournée a également permis aux populations de faire remonter certaines préoccupations, notamment en matière d’accès à l’eau potable, au réseau téléphonique GSM et aux infrastructures routières. Quelles sont aujourd’hui, selon vous, les urgences auxquelles l’État doit répondre dans la Louetsi-Wano et comment comptez-vous, en tant que sénateur, porter ces préoccupations au Parlement et auprès du Gouvernement ?
CB : L’eau, par exemple, est une urgence parce qu’elle touche à la dignité même de la personne humaine. On peut parler de grandes infrastructures, de croissance économique ou de développement industriel. Mais lorsque, dans un village, une famille éprouve encore des difficultés à avoir accès à de l’eau potable, il faut avoir l’humilité de reconnaître qu’il reste beaucoup à faire. Mon rôle sera donc de porter ces constats auprès des institutions compétentes, d’interpeller lorsque cela sera nécessaire, mais aussi de travailler avec les autorités locales et les administrations concernées.
Je voudrais d’ailleurs saisir cette occasion pour saluer et remercier très sincèrement Madame Zita Oligui Nguema, Première Dame de la République, ainsi que son illustre époux, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour l’attention qu’ils accordent aux populations de la Louetsi-Wano et pour les réalisations déjà engagées ou accomplies au bénéfice de nos populations.
Je considère que nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître ce qui est fait, tout en continuant à demander ce qui reste à faire. Remercier le Chef de l’État et la Première Dame pour leurs actions ne signifie pas renoncer autres attentes. Au contraire, cela nous oblige à leur présenter avec davantage de précision les besoins qui demeurent.
L’eau potable est évidemment une priorité. Mais elle n’est pas la seule. Il y a également les infrastructures, les routes, la santé, l’éducation, l’activité économique, l’énergie, les télécommunications et les perspectives offertes à notre jeunesse.
Toutefois, soyons clairs : ma responsabilité en tant que sénateur est de représenter, de légiférer, de contrôler l’action publique et de faire entendre la voix du territoire qu’est la Louetsi-Wano, via ses habitants. C’est d’abord dans ce cadre que j’entends exercer pleinement mon mandat.
GM : Certaines voix discordantes, au niveau local, estiment que le rôle d’un sénateur n’est pas d’aller à la rencontre des populations pour leur rendre compte de son activité parlementaire. Que leur répondez-vous ?
CB : Je respecte naturellement les opinions divergentes. En démocratie, personne ne devrait considérer la contradiction comme une offense.
Mais je crois qu’il faut distinguer ce que la loi impose de ce que l’éthique du mandat commande. Je ne prétends pas que le sénateur soit juridiquement tenu d’organiser une tournée comme celle que je viens d’effectuer. En revanche, je considère qu’un élu qui représente un territoire doit avoir le souci de rester en contact avec ceux qu’il représente.
Le Sénat est une chambre des collectivités et des territoires. Les sénateurs sont élus par des conseillers municipaux et départementaux. Mais par qui ces derniers sont-ils élus, si ce n’est par les populations ? Dès lors, je trouverais paradoxal que le représentant d’un territoire puisse se satisfaire d’exercer son mandat loin de ce territoire et de ses populations. Je ne suis pas allé à la rencontre des populations pour faire un show politique ou pour organiser une simple opération de communication. Je suis allé leur dire ce que nous avons fait, mais aussi écouter ce qu’elles vivent et recueillir leurs attentes.
Elles méritent cet effort de la part de tout élu conscient de son rôle. D’ailleurs, je crois que la meilleure réponse à cette critique est très simple : qu’on me dise ce qu’il y a de mauvais à ce qu’un élu rende compte de son travail à ceux qu’il représente. En attendant, je préfère être jugé sur les résultats de cette démarche que sur les procès d’intention qu’elle peut susciter.
Je souhaite même que cette pratique devienne banale. Nos concitoyens ont le droit de savoir ce que font leurs représentants. La redevabilité ne devrait jamais être perçue comme une faiblesse du mandat politique. Elle doit en être une exigence cardinale.
GM : A chacune de vos étapes, vous avez appelé les populations à soutenir et à prier pour le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, estimant notamment que son action produit des effets importants dans la Louetsi-Wano. Qu’est-ce qui fonde cette conviction et quels changements concrets observez-vous aujourd’hui dans le département depuis le 30 août 2023 ?
CB : Mon soutien au Président de la République n’est ni un soutien de circonstance ni une posture destinée à plaire. Je regarde ce qui s’est passé dans notre pays depuis le 30 août 2023 et je regarde particulièrement ce qui touche notre département. Je considère que la période actuelle a ouvert une nouvelle espérance pour beaucoup de Gabonais. Des chantiers ont été engagés, des territoires longtemps éloignés des centres de décision sont progressivement pris en considération et il existe aujourd’hui une volonté affichée de rééquilibrer le développement du pays.
Est-ce que tout est réglé pour autant ? Bien entendu que non. Et celui qui vous dira le contraire ne vous dit pas la vérité. Il reste énormément à faire.
Mais entre reconnaître ce qui a été entrepris et prétendre que rien n’a changé, il faut avoir l’honnêteté de regarder les faits. C’est aussi pour cela que j’ai appelé nos populations à prier pour le Chef de l’État.
Je voudrais également et encore une fois associer à cette reconnaissance Madame Zita Oligui Nguema, Première Dame du Gabon. Elle a, elle aussi, apporté son attention à plusieurs problématiques qui touchent nos populations. Je tiens donc à lui exprimer publiquement ma gratitude, comme je l’exprime au Président de la République. Lorsqu’une action est menée au bénéfice des populations de la Louetsi-Wano, nous devons savoir la reconnaître et en remercier ceux qui en sont à l’initiative.
Quand je dis : « Prions tous pour le Président Oligui, car il aime profondément son pays, notre pays, le Gabon », je ne demande pas aux Gabonais de renoncer à leur esprit critique.
Je leur demande de souhaiter la réussite de celui qui exerce aujourd’hui la plus haute responsabilité de l’État. Parce que si le Président réussit, c’est le Gabon qui gagne.
Et lorsque j’ai dit, et je le redis, que s’il avait succédé immédiatement à Omar Bongo en 2009, le Gabon serait probablement aujourd’hui parmi les pays les plus avancés d’Afrique, c’était une manière de dire que je mesure le potentiel que je vois en lui et dans sa vision.
Contrairement à son prédécesseur, Brice Clotaire Oligui Nguema aime profondément le Gabon, notre pays. Je le dis avec d’autant plus de conviction que, pour moi, aimer son pays ne se proclame pas seulement. Cela se démontre par la volonté de le transformer. Et le Chef de l’État démontre cet amour patriotique chaque jour que Dieu fait.
GM : Votre tournée vous a également valu un nouveau surnom : « Le Mélenchon de la Louetsi-Wano ». Certains l’expliquent par votre maîtrise de la rhétorique nzebi, votre capacité à haranguer les foules et, plus largement, par ce côté tribun que vous avez révélé au fil de vos rencontres avec les populations. Comment accueillez-vous ce nouveau sobriquet ?
CB : (Sourire.) Je prends ce surnom avec beaucoup d’humour et, surtout, avec beaucoup de recul. Jean-Luc Mélenchon est une personnalité politique française connue pour son talent oratoire, sa capacité à mobiliser les foules et sa maîtrise de la rhétorique politique. Si certains ont trouvé une ressemblance dans ma manière de m’adresser aux populations, je peux difficilement considérer cela comme une insulte.
Mais je voudrais surtout retenir une chose : si l’on me surnomme ainsi parce que je parle aux populations dans leur langue, parce que je cherche les mots qui leur parlent, parce que je veux que mon message soit compris et parce que je n’ai pas peur de prendre la parole devant une foule, alors je l’assume volontiers. La langue nzebi n’est pas pour moi un simple instrument de communication. C’est aussi une manière de transmettre une émotion, une histoire, une identité et parfois une vérité avec une force que le français ne permet pas toujours d’atteindre.
Maintenant, je ne voudrais pas que l’on réduise mon travail à mon supposé talent oratoire. Un sénateur ne doit pas être simplement un bon tribun. Il doit aussi être un travailleur, un législateur acharné, un homme de dossiers et un représentant sérieux de son territoire.
Parler aux populations est important. Mais après les mots viennent les actes. Donc, si mes compatriotes veulent m’appeler « Le Mélenchon de la Louetsi-Wano », je leur laisse volontiers ce surnom. Mais je leur demande surtout de me juger sur ce que je ferai de la confiance qu’ils m’ont accordée et continuent encore de m’accorder.
GM : Après cette tournée, quelle feuille de route vous fixez-vous pour la suite de votre mandat ? Et surtout, quelle Louetsi-Wano souhaitez-vous contribuer à bâtir à l’issue de votre mandat de sénateur ?
CB : Je voudrais d’abord que cette tournée ne soit pas un événement sans lendemain. Le plus facile, c’était de venir, de parler, de repartir et de publier quelques photographies. Le plus difficile commence maintenant. Et ce plus difficile, c’est transformer ce que nous avons entendu en actions.
Ma première priorité sera donc d’assurer le suivi des préoccupations exprimées par les populations. Je veux également renforcer mon travail parlementaire sur les questions qui concernent directement les territoires. Le Sénat doit être une véritable chambre des collectivités et des territoires. Cela signifie que la voix de la Louetsi-Wano doit y être entendue avec force, mais aussi avec responsabilité.
Mais je veux insister sur un point : je ne suis pas au Sénat uniquement pour parler de la Louetsi-Wano. J’y suis pour contribuer, avec les autres sénateurs, à la marche de la Nation. Je suis l’élu de mon département, mais je suis également un représentant de la République. Les problèmes de l’Ogooué-Ivindo, du Woleu-Ntem, de la Ngounié, de l’Ogooué-Maritime, du Haut-Ogooué, de l’Estuaire ou de tout autre territoire gabonais ne me sont donc pas étrangers. La solidarité nationale doit nous conduire à regarder le Gabon dans son ensemble.
Je veux également continuer à travailler à l’unité de notre département. Nous sommes une petite communauté, mais nous avons un potentiel considérable. Si nous passons notre temps à nous diviser, à nous opposer les uns aux autres ou à régler des comptes personnels, nous perdons l’essentiel. La Louetsi-Wano ne doit pas être une addition de villages, de quartiers ou de clans. Elle doit devenir une communauté de destin.
Je rêve d’une Louetsi-Wano mieux désenclavée, mieux équipée, avec un accès plus équitable à l’eau potable, aux soins, à l’éducation et aux opportunités économiques. Je rêve surtout d’un département dans lequel un jeune de Lébamba, de Bongolo ou de Moukoundou puisse regarder son avenir avec confiance, sans être obligé de considérer Libreville comme son unique horizon.
C’est le sens de mon mandat. C’est aussi le sens de mon engagement.
Notre devoir, désormais, est de faire en sorte que la dynamique engagée produise encore davantage de résultats.
Fin

