Libreville, (GM)- A quelques semaines de la rentrée universitaire 2026-2027, le Syndicat national des enseignants-chercheurs et chercheurs, section Université Omar Bongo (SNEC-UOB), vient de dresser un tableau particulièrement préoccupant de la situation de la principale université du pays. Dans un communiqué rendu public le 11 août dernier, le syndicat appelle à une réforme structurelle de l’UOB, tant sur le plan des capacités d’accueil que sur celui de son modèle économique.
L’Université Omar Bongo serait-elle au bord de la rupture ? C’est en tout cas le diagnostic sans détour posé par le SNEC-UOB. Dans un communiqué de presse daté de quelques jours, le syndicat estime que l’institution fait face à un « effet de ciseaux » combinant pression démographique, insuffisance des infrastructures, difficultés budgétaires et contraintes managériales.
Selon les chiffres avancés par le syndicat, l’UOB accueille actuellement quelque 18 000 étudiants pour seulement 8 000 places assises disponibles, soit un taux d’occupation évalué à 225 %. Une situation déjà critique qui pourrait, selon le SNEC-UOB, considérablement s’aggraver dès la prochaine rentrée.
Une explosion annoncée des effectifs
Le syndicat anticipe en effet l’arrivée de 15 000 nouveaux bacheliers issus de la session 2025-2026, sur un total annoncé de 28 000 admis. A cela pourrait s’ajouter le retour d’une partie importante des étudiants gabonais actuellement inscrits en France, dans le contexte de l’augmentation des frais de scolarité appliqués aux étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur français. Le SNEC-UOB estime ainsi que les effectifs de l’UOB pourraient dépasser les 30 000 étudiants, portant la pression sur les infrastructures à un niveau jugé insoutenable.
A cette équation démographique s’ajoute, selon le syndicat, une stagnation préoccupante des infrastructures. « Aucun nouveau bâtiment n’est sorti de terre sur ce campus depuis 1995 », déplore-t-il, évoquant trente années de stagnation immobilière.
Le recours massif à l’enseignement à distance ne constituerait pas, dans l’état actuel des choses, une solution immédiatement opérationnelle. Le SNEC-UOB évoque à cet égard une fracture numérique qui empêcherait, selon lui, un véritable basculement vers l’enseignement hybride ou à distance.
Un accord sur la dette pédagogique
Avant d’aborder cette situation structurelle, le SNEC-UOB revient toutefois sur la question de la dette pédagogique correspondant à l’année universitaire 2022-2023. Le syndicat avait précédemment menacé de boycotter la rentrée universitaire si cette dette n’était pas intégralement apurée. Une sortie de crise a finalement été trouvée avec le rectorat de l’UOB. Un protocole d’accord signé le 7 août 2026 prévoit l’apurement des 464,937 millions de FCFA sur trois exercices budgétaires.
Le calendrier retenu prévoit un règlement de 40 % en 2027, 30 % en 2028 et les 30 % restants en 2029. Pour le SNEC-UOB, cet accord illustre l’intérêt du dialogue social, le syndicat reprenant à son compte la formule selon laquelle « les hommes qui se parlent ne se battent pas ».
Le syndicat s’oppose à la fin de l’avancement automatique
Le communiqué ne porte cependant pas uniquement sur l’avenir de l’UOB. Le SNEC-UOB prend également position sur le projet de réforme de la loi 8/91 portant statut général des fonctionnaires. Tout en reconnaissant au projet « de nombreuses avancées significatives », le syndicat rejette fermement la suppression de l’avancement automatique, qu’il considère comme un mécanisme garantissant l’équité entre agents publics.
Le SNEC-UOB redoute qu’un système reposant exclusivement sur le mérite ne soit vulnérable aux pratiques de favoritisme. Il invoque notamment son expérience de la Prime d’incitation à la performance (PIP) et cite, parmi les risques, le « tribalisme », « l’ethnisme », « le clientélisme », « la fratrie », « le favoritisme » et « le copinage ». Le syndicat demande donc directement au chef de l’État d’intervenir afin que cette disposition soit retirée du projet de loi.
Deux piliers pour sauver l’UOB
Face à la crise annoncée, le SNEC-UOB ne se limite pas au constat. Il propose un plan d’action articulé autour de deux piliers : l’augmentation des capacités d’accueil et la création de nouvelles ressources financières propres.
Le premier volet prévoit notamment l’achèvement rapide d’un bâtiment pédagogico-administratif financé, selon le syndicat, à hauteur de 3 milliards de FCFA par une dotation présidentielle et dont les travaux seraient à l’arrêt depuis plusieurs mois. Le SNEC-UOB réclame un audit financier afin de déterminer les raisons de ce retard et les responsabilités éventuelles. Il demande que le bâtiment soit achevé dès septembre 2026, ce qui permettrait, selon ses estimations, de créer 800 places supplémentaires. Le syndicat souhaite également la construction des deux amphithéâtres de 500 places initialement prévus.
A ces investissements physiques devrait s’ajouter un « Plan Marshall numérique » comprenant le déploiement de la fibre optique, la généralisation du Wi-Fi et la création d’une véritable plateforme d’e-learning.
Vers une autonomie financière accrue ?
Le second pilier proposé par le SNEC-UOB touche directement au financement de l’université. Le syndicat estime que l’UOB ne peut plus dépendre exclusivement des ressources du Trésor public et propose de lui permettre d’ouvrir un compte dans une banque commerciale afin de recevoir notamment des financements internationaux et des contributions issues du mécénat. Il suggère également une révision des frais d’inscription, qui seraient portés à une fourchette comprise entre 50 000 et 100 000 FCFA, en référence au plancher CEMAC évoqué dans le communiqué.
Sur la base hypothétique de 30 000 étudiants et d’une moyenne de 70 000 FCFA par étudiant, le SNEC-UOB estime que les droits d’inscription pourraient générer 2,1 milliards de FCFA de recettes.
Mais le syndicat conditionne cette augmentation à une transparence renforcée. Il propose notamment que les recettes soient intégralement retracées à travers un compte d’affectation spéciale géré par le Conseil d’administration.
Il suggère par ailleurs une répartition des ressources à hauteur de 75 % pour les infrastructures, les amphithéâtres et les laboratoires, et de 25 % pour le fonctionnement.
Pour éviter que la hausse des frais ne pèse excessivement sur les familles modestes, le SNEC-UOB préconise parallèlement la mise en place de bourses fondées sur des critères sociaux et le développement de filières d’excellence financées directement par de grandes entreprises.
Faire de l’UOB un producteur de ressources
Le syndicat veut également transformer l’expertise universitaire en source de revenus.
Il propose que l’État confie davantage d’études, d’audits et d’analyses d’impact à l’UOB plutôt qu’à des cabinets privés, notamment étrangers. Une convention-cadre entre l’État et l’université permettrait, selon lui, de mieux valoriser les compétences des enseignants-chercheurs.
Autre proposition : la création d’une régie commerciale autonome, chargée notamment de valoriser le patrimoine foncier et immobilier de l’université par la location d’espaces et la perception de redevances auprès des commerces privés implantés sur le campus. Le syndicat estime toutefois nécessaire de clarifier au préalable la question de la propriété entre le Centre national des œuvres universitaires et l’UOB.
Les bénéfices de cette régie seraient, selon le projet présenté, entièrement affectés au paiement régulier des vacations pédagogiques et à l’acquisition de matériel didactique.
Une demande de dialogue avec le gouvernement
Au-delà des revendications et propositions techniques, le SNEC-UOB adresse finalement un appel au gouvernement. Le syndicat demande l’ouverture d’une table de négociation avec l’ensemble des partenaires sociaux de l’enseignement supérieur, et plus particulièrement avec ceux de l’Université Omar Bongo.
Pour le SNEC-UOB, la situation actuelle impose de dépasser les réponses ponctuelles. Le syndicat plaide pour une refonte budgétaire et institutionnelle fondée sur la transparence, la valorisation du capital humain et une plus grande autonomie financière.
A quelques semaines de la rentrée universitaire, le message est donc clair : l’UOB ne pourrait plus se contenter d’expédients pour absorber une croissance continue de ses effectifs.
Reste désormais une question essentielle : les pouvoirs publics transformeront-ils ces alertes et propositions syndicales en un véritable plan de redressement de l’université ?
C’est tout l’enjeu de la rentrée 2026-2027.
Raphael Mouissy

