Libreville, (GM)- L’Afrique centrale est confrontée à l’une des plus graves menaces sanitaires de ces dernières années. Dans son rapport de situation publié le 28 juillet 2026, la Commission de la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), avec l’appui du Programme de sécurité sanitaire en Afrique Centrale (HeSP-CEMAC), financé par la Banque mondiale, alerte sur l’évolution extrêmement préoccupante de l’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC).
Si aucun cas n’a encore été confirmé dans les six États membres de la CEMAC, la proximité géographique des foyers épidémiques conduit désormais les experts à classer le risque d’importation comme « très élevé » pour la République centrafricaine et la République du Congo, et « élevé » pour le Cameroun. Cette évaluation place l’ensemble de la sous-région en état d’alerte maximale.
Une épidémie qui progresse à un rythme sans précédent
Déclarée Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) par l’Organisation mondiale de la santé le 17 mai 2026, puis Urgence de santé publique continentale par Africa CDC le lendemain, cette dix-septième flambée d’Ebola enregistrée en RDC est provoquée par la souche Bundibugyo, beaucoup plus rare que la souche Zaïre responsable des précédentes grandes épidémies.
Les chiffres consolidés au 25 juillet traduisent l’ampleur du drame. La RDC totalise désormais 3 200 cas confirmés, dont 1 405 décès, soit un taux de létalité de 43,9 %. La vitesse de propagation impressionne les spécialistes. En seulement cinq jours, entre le 20 et le 25 juillet, 856 nouveaux cas et 475 décès supplémentaires ont été enregistrés. Le seuil symbolique des mille morts a été franchi seulement soixante-sept jours après le déclenchement de l’urgence sanitaire.
Avec un tel bilan, cette flambée est déjà devenue la troisième plus importante épidémie d’Ebola jamais documentée, et pourrait rapidement dépasser celle de 2018-2020 en RDC, qui demeure jusqu’à présent la plus meurtrière du pays.
L’Ituri, épicentre d’une crise hors de contrôle
La province de l’Ituri concentre à elle seule près de 89 % des cas confirmés, soit 2 848 infections. Plus largement, 47 zones de santé réparties dans cinq provinces sont affectées, dont quarante-six connaissent encore une transmission active.
Les indicateurs épidémiologiques témoignent d’une circulation intense du virus. Selon Africa CDC, plus de sept nouveaux cas sur dix apparaissent aujourd’hui en dehors des chaînes de contacts déjà identifiées, signe que la transmission communautaire échappe progressivement aux dispositifs classiques de surveillance.

Cette situation compromet sérieusement les efforts des équipes de riposte, confrontées à des difficultés croissantes pour retracer les contacts et interrompre les chaînes de contamination.
Les soignants paient un lourd tribut
Les professionnels de santé figurent parmi les premières victimes de cette flambée.
En Ituri, 121 agents de santé ont déjà été contaminés, dont 36 sont décédés, illustrant les risques considérables auxquels sont exposés les personnels mobilisés.
A cette pression sanitaire s’ajoute une crise sociale. Deux mouvements de grève successifs liés au non-paiement des primes ont perturbé le fonctionnement des structures sanitaires de Bunia en l’espace d’une semaine, compliquant davantage la prise en charge des malades.
Une souche qui complique considérablement la riposte
Cette épidémie présente une difficulté supplémentaire. Elle est causée par le virus Bundibugyo, contre lequel les principaux outils développés lors des précédentes flambées ne sont pas pleinement efficaces.
Le vaccin Ervebo (rVSV-ZEBOV), qui avait joué un rôle déterminant contre la souche Zaïre, n’offre pas de protection démontrée contre Bundibugyo. L’Organisation mondiale de la santé déconseille donc son utilisation dans ce contexte.
Un premier candidat-vaccin spécifique, ChAdOx1 BDBV, a certes été administré chez l’être humain le 24 juillet dans le cadre d’un essai clinique, tandis que plusieurs études sont actuellement en cours. Toutefois, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n’est encore disponible pour organiser une vaccination de masse.
La CEMAC active son dispositif de prévention
Face à cette menace qui se rapproche dangereusement des frontières communautaires, la Commission de la CEMAC recommande le déploiement rapide d’un plan régional de riposte évalué à 6,09 milliards de francs CFA. Ce dispositif prévoit notamment le renforcement immédiat des contrôles sanitaires aux frontières terrestres, fluviales et aéroportuaires de la République centrafricaine, du Congo et du Cameroun, l’équipement des laboratoires de référence en réactifs PCR adaptés à la détection de la souche Bundibugyo, ainsi que le pré-positionnement d’équipements de protection individuelle et le renforcement de la surveillance épidémiologique dans les zones les plus exposées.
Cette mobilisation intervient alors qu’Africa CDC estime désormais les besoins financiers de la réponse continentale à 1,4 milliard de dollars, signe que la communauté internationale redoute une extension régionale de l’épidémie.
Une vigilance maximale s’impose
Pour l’heure, aucun pays de la CEMAC n’a enregistré de cas confirmé. Mais la rapidité de progression de l’épidémie, l’intensité des échanges transfrontaliers et l’absence de vaccin homologué contre la souche Bundibugyo imposent une vigilance de tous les instants.
La capacité des États de la sous-région à détecter rapidement d’éventuels cas importés, à isoler les patients et à protéger les personnels de santé sera déterminante pour éviter que cette crise congolaise ne se transforme en une urgence sanitaire régionale majeure.
Simplice Rabaguino

