Task Force CNAMGS : peut-on demander à une caisse en difficulté de financer elle-même son propre redressement ?

Libreville, (GM)- Comme nous l’indiquions déjà dans un précédent article, la réforme de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) constitue aujourd’hui une urgence nationale. Mais une question demeure : à quel prix, compte tenu de nos investigations faisant état de perdiem prévus s’élevant à plusieurs millions de FCFA que devrait payer la Caisse pour la Task Force mise en place pour réfléchir à son avenir ?

Confrontée à des tensions financières, à des difficultés de paiement et à des interrogations persistantes sur la viabilité de son modèle, la CNAMGS fait face à un défi majeur : se réformer pour garantir sa pérennité. Dans ce contexte, la mise en place d’une Task Force gouvernementale apparaît comme une initiative nécessaire. Encore faut-il que les moyens mobilisés pour conduire cette réforme soient cohérents avec l’objectif recherché.

Selon plusieurs informations, dont la confirmation officielle reste attendue, le fonctionnement de cette Task Force pourrait nécessiter des dépenses importantes de la part de l’institution, notamment celles dédiées au paiement de perdiems aux participants. Des montants de plusieurs dizaines de millions de FCFA sont évoqués.

Si ces éléments venaient à être confirmés, ils poseraient une interrogation essentielle : une institution confrontée à des difficultés financières peut-elle supporter elle-même le coût d’un dispositif censé précisément l’aider à retrouver son équilibre ?

Interrogé par notre rédaction, un spécialiste du sujet estime que la question n’est pas de contester la nécessité d’une réflexion approfondie sur l’avenir de la CNAMGS, mais de s’interroger sur la cohérence économique d’une démarche qui pourrait, paradoxalement, ajouter une nouvelle charge financière à une structure déjà fragilisée.

Une réforme indispensable face à une équation financière complexe

Les difficultés actuelles de la CNAMGS ne semblent plus relever d’un simple désajustement ponctuel. Elles interrogent plus largement le modèle de financement de l’institution, la gouvernance mise en place et surtout le respect des engagements financiers des différents contributeurs.

Parmi les préoccupations majeures figure notamment la question des contributions attendues de l’État, à la fois en tant qu’employeur et en tant que garant de la solidarité nationale. Selon plusieurs sources proches du dossier, des écarts existeraient entre les montants théoriquement dus à la Caisse et les sommes effectivement reversées, contribuant ainsi à fragiliser davantage ses équilibres financiers.

Dans ces conditions, la première mission de la Task Force devrait logiquement être d’établir un diagnostic sans complaisance. Cela implique la réalisation d’un audit approfondi de la gestion des dernières années afin d’identifier clairement les causes des déséquilibres, les éventuelles insuffisances et les responsabilités dans la situation actuelle. Car aucune réforme durable ne peut être construite sur un diagnostic superficiel.

La gouvernance, un enjeu central de la crise

Au-delà de la seule question financière, la composition même de la Task Force suscite également des interrogations, comme nous le soulignons également dans un autre article portant sur la même problématique.

Pour plusieurs observateurs, la réflexion sur l’avenir de la CNAMGS ne saurait effectivement être menée uniquement par les administrations publiques concernées et les responsables internes de l’institution. Elle devrait associer l’ensemble des parties prenantes : partenaires sociaux, organisations syndicales, représentants des employeurs et bénéficiaires du système. « La CNAMGS concerne tous les contributeurs et tous les assurés. Sa réforme doit donc être collective », estime à ce propos un acteur syndical proche du dossier.

Selon plusieurs avis recueillis, le problème ne résiderait pas nécessairement dans les textes qui encadrent la Caisse, ceux-ci étant inspirés des standards de la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES), mais davantage dans leur application effective, le respect des obligations financières et les mécanismes de gouvernance.

Des déséquilibres persistants entre les différents fonds

Autre sujet de préoccupation : la situation financière contrastée des différents fonds gérés par la CNAMGS.

D’après plusieurs sources, le fonds dédié au secteur privé présenterait aujourd’hui une situation relativement plus stable, notamment grâce à une meilleure régularité des contributions des employeurs et des salariés concernés.

A l’inverse, les fonds destinés aux Gabonais économiquement faibles et aux agents publics connaîtraient davantage de tensions, en raison notamment des difficultés liées au financement public.

Certaines voix estiment même que l’équilibre actuel du système repose en partie sur la contribution du secteur privé. Une dépendance qui pourrait devenir problématique si, à terme, la pression sur les mécanismes publics de prise en charge venait à s’accentuer.

Une Task Force attendue sur les résultats, pas sur les dépenses

La création de cette Task Force représente une occasion de refonder la CNAMGS sur des bases plus solides. Mais elle ne doit pas devenir un simple cadre supplémentaire de réunions, de rapports et de dépenses.

L’enjeu est désormais clair : passer d’une logique de concertation administrative à une véritable transformation structurelle. Cela suppose d’établir les responsabilités, de sécuriser les financements, d’améliorer la gouvernance et de restaurer la confiance des contributeurs comme des bénéficiaires.

La CNAMGS n’a pas seulement besoin d’une Task Force. Elle a besoin d’une véritable thérapie financière. Une thérapie dont le coût ne doit pas aggraver le mal qu’elle est censée soigner.

Simplice Rabaguino

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