Vie des partis/PDG : bicéphalisme persistant…et entretenu ?

Libreville, (GM)- Depuis la période de Transition, le Parti démocratique gabonais (PDG) peine à sortir d’une crise interne profonde, marquée par un bicéphalisme persistant qui fragilise davantage cette formation politique déjà éprouvée par la perte du pouvoir. À dessein ?

Dans cette guéguerre, deux tendances s’affrontent ouvertement : l’une, fidèle à l’ancien président Ali Bongo Ondimba, conduite par Ali Akbar Onanga ; l’autre, dirigée par Blaise Louembe, qui revendique un retour aux fondamentaux idéologiques et politiques hérités d’Omar Bongo Ondimba, fondateur du parti.

Malgré plusieurs tentatives de médiation visant à restaurer la cohésion au sein de l’ex-parti unique dont celle du président congolais Denis Sassou Nguesso, largement relayée par la presse à l’époque la fracture demeure intacte. Elle continue en effet de se manifester au grand jour, à travers des prises de position publiques concurrentes sur les grandes questions nationales.

La crise sociale comme révélateur d’une division assumée

Les récents développements liés à la crise sociale, notamment la grève des enseignants qui paralyse une partie du système éducatif, ont agi comme des piqûres de rappel brutales de cette division. En l’espace de quelques jours, les deux « factions » rivales du PDG se sont exprimées sur le sujet, proposant des lectures radicalement opposées de la situation.

D’un côté, un discours mettant en cause la gestion actuelle du pays et se posant en défenseur des revendications sociales. De l’autre, une posture plus nuancée à l’égard du mouvement de grève, appelant à la responsabilité et à la préservation de la stabilité nationale. Ces divergences ne relèvent plus de simples nuances idéologiques : elles traduisent l’absence totale d’une ligne politique commune et d’une autorité reconnue unique reconnue par les deux groupes.

Une confusion dommageable pour le débat public

Cette cacophonie n’est pas sans conséquences. Pour l’opinion publique, elle entretient une confusion préjudiciable à la lisibilité du débat politique. Le PDG, qui demeure un acteur historique majeur de la vie politique gabonaise, apparaît incapable de parler d’une seule voix sur des enjeux cruciaux touchant directement les citoyens.

Pour les militants et sympathisants, cette situation nourrit le désarroi et l’usure. Entre fidélité à des figures du passé et quête d’un nouveau cap, beaucoup se retrouvent pris au piège d’un affrontement interne sans horizon clair. À terme, le risque est réel de voir le PDG se déliter durablement, au profit soit d’une fragmentation interne irréversible, soit d’un affaiblissement politique prolongé.

Un enjeu de stabilité

Dans le contexte actuel qui se veut orienter vers la reconstruction institutionnelle, la persistance de ce bicéphalisme pose un problème plus large que celui d’un simple conflit partisan. Un grand parti en désordre, s’exprimant de manière contradictoire sur des crises sensibles, peut involontairement contribuer à la polarisation du débat social et politique.

La V ème République naissante appelle pourtant à la clarté, à la responsabilité et à la cohérence des acteurs politiques.

Laisser perdurer une telle situation, c’est accepter qu’un acteur central de l’histoire politique du pays évolue dans une zone grise, au risque d’alimenter de nouvelles tensions et de fragiliser l’espace public.

Interpeller les autorités : le temps de la clarification

Il devient dès lors légitime d’interpeller les autorités compétentes sur la nécessité de mettre fin à ce flou artistique qui n’a que trop duré. Il ne s’agit nullement de s’ingérer dans la vie interne d’un parti politique, mais de rappeler que le respect des règles, la clarté des représentations et la stabilité du jeu politique relèvent de l’intérêt général.

À défaut d’une clarification interne courageuse et assumée par le PDG lui-même, les institutions en charge de l’encadrement de la vie politique doivent prendre leurs responsabilités afin d’éviter que cette dualité ne se transforme en facteur de désordre politique permanent.

La nouvelle ère politique gabonaise ne peut se permettre le luxe de l’ambiguïté prolongée. Le PDG est aujourd’hui face à un choix historique : se réorganiser, se clarifier et assumer une ligne lisible, ou s’enfoncer davantage dans une division qui affaiblit non seulement le parti, mais aussi la qualité du débat démocratique national.

Simplice Rabaguino

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