CEMAC : entre souveraineté et austérité

Libreville, (GM)- Réunis en sommet extraordinaire à Brazzaville, les dirigeants de la zone centrafricaine sonnent l’alarme et exigent des mesures immédiates pour sauver la communauté économique et monétaire.

C’est dans un climat de grave inquiétude que s’est achevée, ce jeudi 22 janvier, la session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’État de la Communauté économique et Monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Face à une situation économique, financière et monétaire jugée critique, les dirigeants des six pays membres (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad) ont décrété une série de mesures drastiques pour un « redressement urgent et vigoureux ».

La réunion, convoquée et présidée par Denis Sassou-Nguesso du Congo, a pris acte d’un rapport alarmant du gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC). Bien que les détails chiffrés n’aient pas été rendus publics, le ton des conclusions est sans équivoque : la zone CEMAC traverse une crise qui nécessite une action coordonnée et ferme.

Un programme d’urgence à court terme

Sous la pression du Fonds Monétaire International (FMI), dont un administrateur participait aux travaux, les chefs d’État ont émis des directives fermes. La priorité immédiate est un assainissement brutal des finances publiques :

  •  Alignement strict sur le FMI : Les États sont sommés d’aligner leurs Lois de Finances sur leurs engagements avec l’institution de Washington et de négocier ou poursuivre activement des programmes d’ajustement.
  •  Transparence forcée : Ils devront publier mensuellement le Tableau des Opérations Financières de l’État (TOFE), une mesure visant à mettre fin à l’opacité comptable.
  •  Rapatriement des capitaux : Une décision forte a été actée : les États et les entreprises du secteur extractif (pétrole, mines) sont contraints de rapatrier dans les banques de la zone leurs avoirs détenus à l’étranger et leurs recettes d’exportation. Cette mesure, si elle est appliquée, viserait à assécher les fuites de capitaux et à renforcer les réserves de change de la BEAC.
  •  Indépendance de la BEAC : La Conférence a réaffirmé la nécessité de préserver l’autonomie de la banque centrale, un gage de crédibilité face aux marchés.

Des réformes structurelles pour le moyen terme

Au-delà de l’urgence, les dirigeants envisagent des réformes plus profondes, notamment :

  •  La réduction du risque souverain : Le secteur bancaire, surexposé aux dettes des États, devra être assaini.
  •  La substitution aux importations : La stratégie communautaire pour produire localement ce qui est importé doit être « accélérée », un aveu de la vulnérabilité de la zone aux chocs extérieurs.
  •  Un rôle accru de la BDEAC : La banque de développement de la région est appelée à financer la « transformation structurelle » des économies, encore très dépendantes des matières premières.

Un mécanisme de surveillance renforcé

Signe de la volonté de passer des paroles aux actes, les chefs d’État ont décidé de muscler le secrétariat du Programme des réformes Économiques et financières (PREF-CEMAC). Celui-ci aura pour mission de mener des évaluations trimestrielles dans chaque pays et devra produire un premier rapport avant les prochaines assemblées de printemps du FMI et de la Banque Mondiale. Il s’agit clairement de créer un gendarme interne pour surveiller la mise en œuvre des mesures.

Une unité de façade ?

Si le communiqué final évoque des travaux dans une « atmosphère de sérénité et d’entente cordiale », l’absence des présidents du Cameroun (Paul Biya) et du Tchad (Mahamat Idriss Deby Itno), représentés par leurs ministres des Finances, interroge sur l’engagement personnel de tous les dirigeants à l’heure des sacrifices annoncés.

Le sommet de Brazzaville marque un tournant. La CEMAC, sous la double contrainte de ses déséquilibres internes et de la pression de ses partenaires financiers, engage une thérapie de choc. La feuille de route est ambitieuse, mêlant rigueur budgétaire, souveraineté monétaire et réformes structurelles. Son succès dépendra désormais de la capacité de chaque État à appliquer ces directives impopulaires, et de la volonté collective de résister aux tentations de repli national. La crédibilité de toute la zone franc en Afrique centrale se joue dans cette mise en œuvre.

Simplice Rabaguino

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