Gabon / Poisson hors de prix : l’État face à l’urgence sociale des “mamans poissons”

Libreville, (GM)- Ce lundi 19 janvier 2026 à Libreville, derrière l’échangeur de Lalala, la détresse est sortie de l’ombre. Fatiguées, en colère, au bord de l’asphyxie économique, les « mamans poissons » de Mont-Bouët et de Venez-Voir ont décidé de parler.

Ces femmes, maillon essentiel de l’alimentation populaire, dénoncent une flambée incontrôlée des prix du Bonito et du maquereau, deux produits de première nécessité désormais inaccessibles à une grande partie des ménages.

Il ne s’agit ni d’une rumeur ni d’une agitation passagère. Les chiffres sont là, implacables. En 2012, le carton de Bonito de 10 kg coûtait 8 000 FCFA. Fin 2025, il se négocie entre 20 000 et 25 000 FCFA. Une hausse de plus de 200 %, sans plafonnement, sans mécanisme de stabilisation, sans communication publique claire. Le maquereau dit « vrai » suit la même pente : le carton de 20 kg est passé de 25 000 à 60 000 FCFA, excluant de fait ce produit des marchés populaires.

Un marché livré à lui-même

Au cœur de la crise, une réalité saute aux yeux : l’absence de régulation effective. Dans un pays où le poisson constitue l’une des principales sources de protéines animales, l’État n’a mis en place ni système de contrôle des prix, ni dispositif d’amortissement des chocs, ni cadre transparent de formation des coûts. Le marché du poisson importé fonctionne ainsi en quasi roue libre, au détriment des petits commerçants et des consommateurs.

Vue des poissons PH/DR

Les « mamans poissons » dénoncent également une défaillance du contrôle public sur la qualité des produits mis en circulation. Quantités fluctuantes, poissons fragilisés par la chaîne logistique, pertes importantes au fumage : autant de signaux qui interrogent l’efficacité des services de contrôle aux frontières et dans les circuits de distribution.

« À 22 000 FCFA le carton, on trouve parfois moins de 18 poissons. Après le fumage, il en reste dix vendables », explique Colette, porte-parole du collectif.

Quand l’inaction publique aggrave la crise ?

Le calcul économique est sans appel. Entre l’achat, le transport, la transformation et les frais annexes, le coût réel d’un carton avoisine désormais 29 000 FCFA. Pour survivre, les revendeuses devraient vendre chaque poisson à plus de 1 200 FCFA  un seuil incompatible avec le pouvoir d’achat moyen. Les tensions se déplacent alors sur les marchés : incompréhension des clientes, accusations de spéculation, conflits quotidiens. Pourtant, les commerçantes ne font que répercuter un système qu’elles ne maîtrisent pas.

Face à cette situation, le silence des pouvoirs publics interroge. Où sont les services de régulation des prix ? Où sont les mécanismes de concertation entre l’administration, les importateurs et les revendeuses ? Où est la politique nationale de sécurisation des denrées de base ?

Une responsabilité politique engagée

Après une semaine de mobilisation ignorée, les « mamans poissons » ne demandent plus des promesses : elles exigent des actes. Elles appellent à une intervention directe de l’État : encadrement des prix, renforcement des contrôles de qualité, transparence sur la chaîne d’approvisionnement et mise en place de mécanismes de protection des acteurs les plus vulnérables.

Car au-delà du poisson, c’est une question de gouvernance qui se pose. Laisser des produits de première nécessité devenir des biens de luxe, c’est accepter l’aggravation de la précarité alimentaire. C’est aussi exposer le secteur à des tensions sociales évitables. À Lalala, ce lundi, un avertissement a été lancé. Il appartient désormais à l’État de prouver qu’il en a mesuré la portée.

VYL

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