Fonction publique gabonaise : entre graves dysfonctionnements et impératif de refondation

Libreville, (GM)- La récente visite inopinée du président Brice Clotaire Oligui Nguema au ministère de la Fonction publique a mis en lumière des réalités que de nombreux usagers et agents dénoncent depuis des années, mais qu’il semble dorénavant urgent de prendre à bras-le-corps.

Au-delà de l’absentéisme des personnels constaté à cette occasion, le mauvais traitement des dossiers et des documents physiques est apparu comme un autre symptôme majeur d’une administration en grande difficulté, voire en déliquescence. Ces constats relancent avec acuité le débat sur la capacité de l’administration publique gabonaise à devenir un véritable levier de développement pour le pays.

Absentéisme et désordre administratif : un double signal d’alarme

Les bureaux vides et les piles de dossiers mal classés, parfois abandonnés et traînant à même le sol, ou retardés sans justification claire, traduisent un déficit de rigueur dans la gestion quotidienne de l’administration. Le mauvais traitement des documents physiques, qui entraînent naturellement pertes, lenteurs et absence de traçabilité, pénalise directement les usagers et alimente un sentiment de méfiance vis-à-vis du service public.

L’absentéisme, quant à lui, affaiblit la continuité du service et renforce l’inefficacité des structures déjà sous pression. Ensemble, ces deux maux donnent l’image d’une administration désorganisée, loin des standards de performance attendus.

Compétences mal exploitées, administration affaiblie

À ces dysfonctionnements s’ajoute la question récurrente de la mauvaise utilisation des compétences. De nombreux agents, parfois hautement qualifiés, sont affectés à des postes ne correspondant ni à leur formation ni à leur expérience, tandis que certains services stratégiques manquent cruellement de profils adaptés. Cette inadéquation nourrit frustration et démotivation, contribuant indirectement à l’absentéisme sus-évoquée et au relâchement professionnel. Une fonction publique qui ne valorise pas ses compétences se prive d’un capital humain essentiel à la conduite des politiques publiques.

Favoritisme et soupçons autour des concours

Autre point sensible : le favoritisme dans le recrutement et les promotions. À tort ou à raison, l’opinion publique et de nombreux agents estiment que le mérite n’est pas toujours le principal critère d’accès à la fonction publique ou d’évolution de carrière. Les accusations de « bidouillages » dans l’organisation de concours d’entrée à certaines grandes écoles réputées, qu’elles soient avérées ou non, fragilisent la crédibilité des institutions de formation et, par ricochet, celle de l’administration tout entière. Ces soupçons entretiennent un climat de défiance et découragent les efforts des candidats les plus méritants.

Quelles pistes pour une administration plus performante ?

Face à l’ampleur de tous ces défis, plusieurs pistes se dégagent. La première concerne la restauration de la discipline administrative. Le contrôle effectif des présences, la responsabilisation des chefs de service et l’application équitable des sanctions sont indispensables pour rétablir la culture du travail et du service public.

La modernisation des procédures constitue un autre levier majeur. La digitalisation de la gestion des dossiers, la dématérialisation progressive des documents et l’instauration de systèmes de suivi et de traçabilité permettraient de réduire les pertes, les lenteurs et les manipulations.

Transparence, mérite et gouvernance partagée

En matière de recrutement et de promotions, la transparence doit devenir la règle primordiale effective. Des concours mieux encadrés, ouverts à l’observation indépendante, et des critères d’évaluation clairement définis contribueraient à restaurer la confiance. La méritocratie, longtemps invoquée, doit enfin se traduire dans les faits.

Par ailleurs, la réforme de la fonction publique ne peut être imposée de manière unilatérale. Elle suppose l’implication de tous les acteurs concernés : pouvoirs publics, responsables administratifs, syndicats, écoles de formation et agents eux-mêmes. Un dialogue social élargi aux questions d’éthique, de performance et de qualité du service public est indispensable.

Un enjeu stratégique pour le développement du Gabon

La fonction publique gabonaise, par son rôle central dans la mise en œuvre des politiques publiques, peut et doit devenir un puissant levier de développement. Mais cela suppose une refondation profonde, fondée sur la rigueur, la transparence et la valorisation du capital humain. L’alerte lancée par la récente visite inopinée du n°1 gabonais et les sanctions individuelles qui en ont découlé ne doivent pas rester sans suite. Elles doivent être le point de départ d’une réforme durable, capable de redonner à l’administration gabonaise son efficacité, sa crédibilité et sa place au service du développement de notre pays.

Simplice Rabaguino

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