Emmanuel Macron à Libreville : vers une nouvelle dynamique de coopération franco-gabonaise au service du développement

Libreville, (GM) Lors de la conférence de presse conjointe tenue dimanche 23 novembre à Libreville, le président Brice Clotaire Oligui Nguema, a livré un discours dense, où économie, souveraineté judiciaire et diplomatie ont été articulées pour dessiner les priorités du Gabon dans sa phase actuelle de reconstruction.

Une intervention qui, sous une apparente cordialité, envoie néanmoins plusieurs signaux politiques forts à la fois à Paris, aux bailleurs internationaux et à l’opinion nationale.

La remise en ordre des finances publiques comme priorité

En ouvrant son propos par un état des lieux économique, Oligui Nguema a souhaité afficher une gouvernance « responsable » en rupture avec le passé. Le chef de l’État a égrené les réformes engagées dans l’assainissement des finances publiques, la restructuration de la dette intérieure et le rétablissement de la confiance économique.

L’élément marquant est la volonté affirmée d’étendre ce processus à la dette extérieure, notamment via un partenariat renforcé avec le FMI. Le président révèle avoir demandé une assistance technique et une restructuration de la dette extérieure, laissant entrevoir la possibilité d’un futur programme formel avec le Fonds.

Cela s’inscrit dans une stratégie de transparence économique, mais traduit aussi la gravité de la situation budgétaire. En évoquant une « dette abyssale » héritée du régime d’Ali Bongo, Oligui Nguema cherche à légitimer un recours accru aux institutions financières internationales, tout en imputant clairement la responsabilité à l’ancien régime.

Dénoncer le passé et légitimer le présent

Le président gabonais n’a pas évité le terrain politique. Ses accusations directes contre Ali Bongo Ondimba, Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin marquent un durcissement rhétorique. Leur gestion de la dette est qualifiée d’« irresponsable et opaque », tandis que leur fuite et leur refus de comparaître devant la justice gabonaise sont publiquement rappelés.

Cette mise en cause, dans le contexte du moment, sert plusieurs objectifs :

  • Renforcer la légitimité morale du régime en place, présenté comme réparateur après une ère de prédation.
  • Préparer l’opinion à d’éventuelles décisions économiques difficiles, notamment dans le cadre d’un futur programme du FMI.
  • Faire pression sur les partenaires étrangers, en particulier sur la France, pour favoriser les coopérations judiciaires.

La coopération judiciaire, un message adressé à Paris

La séquence la plus stratégique du discours réside dans l’appel lancé à Emmanuel Macron. Oligui Nguema a demandé explicitement que la coopération franco-gabonaise permette l’exécution des décisions de justice et la restitution des avoirs détournés. En d’autres termes, il s’agit d’un rappel diplomatique : une partie des fonds supposément détournés pourrait se situer dans des juridictions étrangères, notamment en Europe. La France est ainsi invitée à se montrer proactive. Ce message fait écho à une attente forte de l’opinion gabonaise : voir les responsables présumés de la corruption répondre de leurs actes et récupérer les biens mal acquis.

Un ton chaleureux mais calculé envers Paris

Malgré ces demandes exigeantes, le discours s’est voulu cordial. Oligui Nguema a répété sa volonté de renforcer la relation bilatérale, qualifiée de « sans nuage ». En ce sens, il a multiplié les marqueurs symboliques :

  • accueil chaleureux de Macron,
  • insistance sur l’amitié entre les deux pays,
  • affirmation personnelle : « J’aime mon pays comme vous aimez la France. »

Ce registre affectif visait à montrer que le Gabon n’est pas dans une logique de rupture contrairement à d’autres États de la sous-région, mais dans une relation reconfigurée, équilibrée et fondée sur le respect…

VYL

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