Libreville, (GM)- Comme prévu par le programme officiel annoncé à cet effet, le président de la République française est bien arrivé à Libreville ce dimanche 23 novembre à 17h30, où il a été chaleureusement accueilli au bas de la passerelle de son avion par son homologue gabonais.
Lors de la conférence de presse conjointe avec le président Brice Clotaire Oligui Nguema, Emmanuel Macron a livré un discours court mais riche en signaux politiques. Il s’agissait de sa première prise de parole publique sur le sol gabonais depuis le début de cette visite d’État. Une intervention qui s’inscrit dans la volonté affichée par Paris de redéfinir ses relations avec l’Afrique centrale.
Un vocabulaire soigneusement choisi
Le passage le plus marquant du discours de Macron est sans doute celui où il insiste sur la « juste place » de la France.
Cette expression, qu’il utilise désormais régulièrement dans ses déplacements africains, traduit la stratégie française de se défaire de l’image d’une puissance trop intrusive ou paternaliste.
En parlant d’un “ami qui veut aider à réussir”, Macron opère une double opération : rassurer Libreville sur la volonté française de rester un partenaire stratégique, mais clarifier que ce partenariat doit reposer sur le respect mutuel, notion répétée à plusieurs reprises. Cet effort lexical s’inscrit dans la nouvelle ligne diplomatique française : accompagner sans imposer, soutenir sans diriger.
Un hommage appuyé à la transition gabonaise
Dans son propos, le président français a évoqué explicitement les deux années de transition démocratique, saluant l’ouverture d’une « nouvelle page du Gabon ». Il a reconnu le volontarisme, la vision et la responsabilité du président Oligui Nguema (une appréciation rare dans la bouche d’un chef d’État étranger vis-à-vis d’un régime de transition). Ce choix n’est pas anodin. Il permet à Paris :
* d’encourager la stabilisation politique du Gabon ;
* de montrer son soutien à un processus de normalisation institutionnelle ;
* tout en évitant toute ingérence dans les débats internes sur la durée ou la nature qu’auront été celles de cette transition.
En réalité, Emmanuel Macron a cherché ici l’équilibre délicat entre accompagnement et distance calculée.
Un ancrage sur les priorités sociales : écoles, formation, jeunesse
L’évocation directe des écoles, de la formation et de l’investissement dans la jeunesse a permis au président français de montrer que la coopération franco-gabonaise doit désormais se concentrer sur des secteurs visibles et concrets. Ce choix répond à un impératif diplomatique, à savoir celui d’adapter le partenariat aux attentes d’une population gabonaise jeune, informée et exigeante, qui souhaite que la coopération bilatérale produise des résultats tangibles, loin des grands discours souverainistes.
Un usage politique de l’émotion
Emmanuel Macron a par ailleurs souligné avoir été marqué par « la chaleur de l’accueil » des Gabonais. Cette dimension émotionnelle, souvent présente dans les interventions du président français en Afrique, vise à établir un rapprochement direct avec les populations, au-delà des dirigeants. Dans le contexte gabonais, ce registre affectif rappelle la forte présence historique de la France, mais cherche à la reformuler sous un angle positif, moins institutionnel et davantage humain.

Un message adressé autant aux Gabonais qu’à l’opinion française
En déclarant que la France restera présente « mais à sa juste place », Emmanuel Macron a cherché aussi à répondre aux critiques internes en France sur l’utilité, le coût ou la pertinence de la politique africaine du pays. Ce type de discours répond probablement à un double public : les partenaires africains, que la France veut rassurer, et les électeurs français, sensibles au repositionnement stratégique de Paris.
Un discours-programme pour une nouvelle ère franco-gabonaise
La déclaration de Macron à Libreville n’est pas un simple exercice diplomatique banal. Elle marque la volonté française de se réinventer en Afrique centrale, en mettant fin aux ambiguïtés du passé et en assumant un rôle plus modeste, mais plus clair.
En reconnaissant les efforts de transition du Gabon tout en prônant un partenariat fondé sur l’égalité et le respect, le président français tente d’ouvrir une relation bilatérale moins verticale, davantage orientée vers les résultats et les besoins réels de la société gabonaise.
Reste désormais à voir si les engagements annoncés, notamment en ce qui concerne la formation, la jeunesse et les infrastructures, se traduiront en actions concrètes. C’est sur ce terrain que le chef de l’État français devra être jugé.
SR

