Éditorial/Nouvelle Assemblée nationale : l’heure de vérité pour la 5ᵉ République gabonaise

Libreville, (GM)- La nouvelle Assemblée nationale vient à peine de s’installer que déjà, une question s’impose dans la conscience collective : sera-t-elle enfin l’institution parlementaire attendue par le peuple depuis si longtemps ? Autrement dit, sera-t-elle un rempart, une boussole, un moteur, ou simplement la continuité maquillée d’un système décrié qui n’a que trop duré ?

Sous la présidence de Michel Régis Onanga Ndiaye, député d’Omboué et ancien ministre des Affaires Étrangères, la Chambre basse débute son mandat avec une majorité écrasante de députés de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Une force politique créée et animée par le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema himself. Mais cette force peut devenir sa faiblesse.

Car une majorité confortable peut vite basculer dans la facilité, voire la complaisance. Et le Gabon, aujourd’hui, n’a plus le luxe de se satisfaire d’un Parlement docile, voire godillot.

La légitimité ne se décrète pas, elle se conquiert

La 5ᵉ République est assurément un vaste chantier. Elle ne survivra pas aux incertitudes si le Parlement n’incarne pas la rupture promise dès 2023 par le président de la République actuel. Les citoyens attendent une preuve, un geste, un signal fort que la politique peut encore servir l’intérêt général. Or, reconquérir la confiance d’un peuple qui a trop souvent été trahi exige plus qu’un cérémonial d’ouverture aux formules rhétoriques retentissantes. Il faut changer les pratiques, ouvrir les portes, débattre au grand jour, assumer et tirer profit des contradictions. La République nouvelle n’a pas besoin d’une Assemblée sage. Elle a besoin d’une Assemblée courageuse.

La majorité UDB devra oser penser contre elle-même

Avec une telle domination, le risque est clair : devenir un simple amplificateur ou une caisse de résonance de l’exécutif.

Pourtant, c’est précisément dans ces moments d’hégémonie qu’un Parlement doit prouver qu’il existe, qu’il pense, qu’il contrôle. Un hémicycle sans tension démocratique est un hémicycle stérile.

Un Parlement qui ne questionne jamais le pouvoir, le renforce… mais ne sert pas le pays, encore moins le peuple dont il est le représentant direct. L’UDB, si elle veut être l’architecte du renouveau, devra accepter le débat, la contradiction, parfois même le doute… y compris en son sein. Michel Régis Onanga Ndiaye devra être plus qu’un président d’Assemblée : il devra en être le garant de l’indépendance, même dans la loyauté.

Le Gabon ne veut plus de lois cosmétiques

La première législature de la Cinquième République ne sera jugée que sur une chose : les résultats. Le pays ne cherche plus des lois qui sonnent bien, mais des lois qui fonctionnent. Celles qui rompent avec les arrangements d’hier, qui assainissent les finances publiques, qui réforment la justice, qui protège les richesses nationales, qui redonnent du pouvoir aux territoires. Il faudra légiférer vite, mais surtout légiférer juste. Le pays ne pardonnera ni l’improvisation, ni la précipitation, ni les réformes inachevées.

Rendre des comptes : le nouveau devoir politique

Le Parlement doit redevenir un espace vivant, où l’on interpelle, où l’on exige la transparence, où l’on parle vrai.

Ce n’est pas un luxe démocratique : c’est une obligation morale après des décennies d’opacité et trop souvent de langue de bois. La crédibilité de la 5ᵉ République dépendra de cette capacité à ouvrir les fenêtres, à laisser entrer l’air, à accepter que la contradiction n’est pas une menace, mais une nécessité. Un pays où l’on débat réellement est un pays qui avance. Un pays où l’on se tait par confort est un pays qui recule.

Le moment décisif

La nouvelle Assemblée nationale n’a pas qu’un rôle institutionnel. Elle a un rôle historique. Elle peut être le lieu où s’invente enfin une gouvernance moderne, exigeante, responsable, ou celui où l’on enterre, encore une fois, les promesses d’un renouveau politique.

Le choix appartient désormais à ceux qui vont y siéger au perchoir et sur les bancs.

Mais il déterminera bien plus que leur bilan : il déterminera la crédibilité même de la vision de Brice Clotaire Oligui Nguema. La 5ᵉ République commence en réalité maintenant. Elle ne peut pas commencer par un renoncement.

Par Paul Nkori

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