Procès des Bongo-Valentin et consorts : un verdict déterminant pour la lutte contre la corruption au Gabon ?

Libreville, (GM)- Il était environ 6h00 du matin, ce mardi 18 novembre, lorsque la Cour criminelle spéciale, par la voix de Maixent Essa Assoumou, son président, a livré son verdict dans l’affaire concernant Sylvia Bongo Ondimba, son fils Nourredin Bongo-Valentin et plusieurs anciens collaborateurs du Palais présidentiel. Une clôture à l’aube qui reflète l’intensité d’une procédure hors norme, suivie de près par l’opinion publique et scrutée jusque dans les chancelleries étrangères.

Au cœur du dossier : des accusations de détournements massifs de fonds publics, d’abus de fonction et de manipulation des structures les plus sensibles de l’État. Un procès inédit par son ampleur, mais surtout par l’identité des principaux accusés : les membres de l’ex-famille présidentielle.

Un verdict hautement symbolique

Les peines prononcées, dont certaines particulièrement lourdes, marquent un tournant dans la séquence judiciaire ouverte après la chute de l’ancien régime, le 30 août 2023. Le tribunal a voulu frapper fort, en envoyant un message clair : l’impunité d’hier n’a plus cours.

Mais derrière la solennité du verdict se cache une question plus large :

  • la justice gabonaise inaugure-t-elle réellement une nouvelle ère, ou s’agit-il d’un symbole circonstanciel lié au contexte politique actuel ?

Pour nombre d’observateurs, le procès Bongo-Valentin restera comme un moment de bascule. Mais sa portée dépendra désormais de ce qui suivra : d’éventuelles nouvelles procédures, la volonté persistante d’aller au bout des dossiers, et la capacité de la justice à maintenir son indépendance.

Un test de crédibilité pour la V ème République naissante

Pour les autorités en place, ce jugement représente bien plus qu’une simple décision de justice : c’est un engagement politique mis à l’épreuve. Depuis plusieurs mois, la lutte contre la corruption est brandie comme un pilier de la refondation.

Le verdict tombe donc comme une preuve attendue, mais également comme un engagement à tenir. Désormais, l’opinion attend d’autres actions telles que :

  • des enquêtes approfondies dans d’autres administrations ;
  • une transparence accrue dans la gouvernance publique ;
  • et surtout la fin réelle d’une impunité que d’aucuns estiment encore persistante.

Car un seul grand procès ne saurait suffir à réformer un système.

Sanctions dissuasives : un frein réel ou un effet d’annonce ?

Les peines prononcées suffiront-elles à décourager de futurs auteurs de détournements ? C’est la question essentielle qui traverse toute la société gabonaise.

Les éléments identifiés comme étant faveur d’un effet dissuasif sont notamment :

  • La forte médiatisation du procès qui aurait créé une onde de choc dans les administrations ;
  • La condamnation de personnalités de premier plan qui rappelle que désormais, “personne n’est intouchable” ;
  • L’impact psychologique évident dû au fait que l’ancien système, longtemps perçu comme hermétique à la justice, semble enfin fissuré.

Mais des limites demeurent. Il s’agit de :

  • La dissuasion dont l’efficacité ne saurait être avérée que si la probabilité d’être poursuivi reste élevée et constante ;
  • L’absence ou l’insuffisance de mécanismes de contrôle renforcés, avec pour corollaire une tentation intacte chez certains potentiels détourneurs.

Sans oublier que beaucoup redoutent que ces sanctions soient perçues comme un cas exceptionnel plutôt que comme une règle appelée à durer. En clair : les peines sont un signal fort, mais encore insuffisant pour assainir durablement les pratiques.

Un après-procès décisif

Experts, magistrats et société civile s’accordent sur un point : la lutte contre la corruption ne peut résulter d’un seul procès, même historique. Elle exige une refonte structurelle assise sur les points suivants :

  • audits indépendants réguliers,
  • traçabilité des dépenses publiques,
  • procédures de passation des marchés plus transparentes,
  • et un renforcement de l’autonomie du pouvoir judiciaire.

Sans ces réformes, la portée de ce verdict pourrait s’éroder rapidement.

Un tournant, mais pas un aboutissement

Le procès Sylvia Bongo – Nourredin Bongo-Valentin restera, quoi qu’il arrive, comme une étape majeure dans l’histoire politique et judiciaire du Gabon. Mais il n’en représente que le premier chapitre.

La question désormais est simple : Ce verdict ouvre-t-il un cycle durable de reddition des comptes, ou restera-t-il comme un cas isolé ?

Le pays attend des actes. La justice, elle, vient d’envoyer un signal fort. Le reste dépendra de la cohérence des institutions et de la volonté politique d’aller jusqu’au bout de la promesse de rupture.

Simplice Rabaguino

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