Libreville, (GM)- Le débat autour de la valeur et de la légitimité des distinctions honorifiques au Gabon connaît un certain regain d’intérêt, à la faveur d’un témoignage du dignitaire Eugène Revangue. Dans une tribune relayée le 1er septembre dernier, pose un regard quelque peu critique sur leur perception actuelle dans l’opinion publique au regard du caractère controversé de quelques récipiendaires.
Dans son propos, l’ancien cadre supérieur rappelle la définition classique des Ordres nationaux, qui représentent les plus hautes distinctions qu’un État décerne à ses citoyens ou à des personnalités étrangères en reconnaissance de services rendus. Au Gabon, on distingue principalement :
L’Étoile équatoriale, la plus haute distinction nationale ; le Mérite gabonais ; et, depuis le 30 août 2023, l’Ordre national de la Libération, créé dans le sillage du coup de la Libération mené par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI).
Eugène Revangue rappelle le processus ancien, formalisé dès 1968, par lequel une demande de décoration passait par une commission de la Chancellerie. Mais dans son propre parcours, il insiste sur le fait de n’avoir jamais sollicité ces distinctions, préférant laisser parler ses actes.
Un parcours personnel marqué par la reconnaissance
Le témoignage de l’auteur illustre comment ces distinctions peuvent couronner une carrière de service public. De chevalier de l’Étoile équatoriale en 1980 à grand officier en août 2025, en passant par son élévation au grade de commandeur lors de sa retraite en 2009, Revangue retrace un parcours marqué par l’inauguration d’infrastructures emblématiques (Hôpital pédiatrique d’Owendo, Fondation Jeanne Ebori, Hôpital Paul Igamba).
Lui a également été décerné, en 2024, le grade de commandeur de l’Ordre national de la Libération, en reconnaissance de son rôle dans la sensibilisation autour du message préventif « Élections = plusieurs morts / Transition = zéro mort ».
Un questionnement sur la valeur des Ordres nationaux
Si la fierté d’arborer ces distinctions reste palpable, l’auteur exprime des réserves : le système gabonais confère-t-il réellement une valeur symbolique et morale à ces Ordres ? Ne risque-t-on pas d’en affaiblir le prestige par des attributions jugées complaisantes ou opportunistes ?
Le propos se fait plus incisif lorsqu’il interroge la pertinence de décerner des médailles de l’Ordre national de la Libération à certains anciens collaborateurs du régime d’Ali Bongo Ondimba, pourtant associés à la longévité d’un système aujourd’hui décrié.
Un avertissement politique
La critique dépasse le cadre honorifique pour toucher à la sphère politique. Revangue estime que l’inclusion de certaines figures de l’ancien pouvoir dans l’entourage du président de la Transition, ou sur les listes électorales, risque de brouiller le message du 30 août 2023 et d’entamer le capital de confiance du peuple envers le chef de l’État.
Il appelle donc à un sursaut d’honnêteté intellectuelle de la part de ces acteurs, qui devraient, selon lui, décliner les honneurs et postes proposés, afin de ne pas « éclabousser » un président présenté comme « à l’écoute de son peuple ».
Entre prestige et défi de crédibilité
À travers ce témoignage, se dessine un paradoxe : les Ordres nationaux restent des instruments de reconnaissance et de prestige, mais leur légitimité repose sur la perception collective de justice, d’équité et de mérite. Si le peuple doute de la sincérité de leur attribution, ces distinctions risquent de perdre leur rôle fédérateur et leur portée morale.
Le texte d’Eugène Revangue soulève ainsi une question centrale : dans un Gabon en quête de refondation, les Ordres nationaux doivent-ils rester de simples symboles, ou devenir de véritables marqueurs d’intégrité, de service et de fidélité à la nation ?
SR

